Tailler dans le vif

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Par Camille Dufétel
mercredi 11 février 2015
Tailler dans le vif
Explorer la culture cinématographique ? Réfléchir aux enjeux éthiques de la santé publique ? Analyser les problèmes scientifiques abordés en psychologie ? Observer les nouveaux développements en droit du travail ? Étudier le phénomène criminel ? Faites donc ! Mais plus succinctement, s’il-vous-plaît. On vous propose même un nouveau sujet de réflexion si vous voulez : l’austérité. Ça vous dit vaguement quelque chose ? J’ironise bien sûr, parce que depuis le temps, on peut dire qu’elle et vous entretenez presque une relation suivie.

Enfin, n’exagérons pas non plus. Vous n’avez pas le monopole des coupes. Celles-ci concernent tous les départements de l’Université, à proportion égale. Le 28 janvier dernier, Le Devoir annonçait un plan de coupe dans les charges de cours à la Faculté des arts et des sciences impliquant la suppression graduelle de 250 cours sur deux ans.

Une information rectifiée par le doyen de la Faculté, M. Gérard Boismenu, qui a indiqué à Quartier Libre qu’il s’agissait en réalité d’un total de 200 charges de cours sabrées. Celles-ci concernent les trois secteurs de la Faculté des arts et des sciences, y compris les sciences dites « dures ».

Seulement, ces suppressions concernent 26 départements et écoles de l’UdeM, me direz-vous, dont plus des deux tiers englobent les domaines des sciences humaines et sociales, des lettres et de la psychologie. Les Départements d’études anglaises, de littérature comparée, et de littératures et de langues modernes ne formeront bientôt plus qu’une seule et même entité, compressions obligent, m’indiquerez-vous également. Certes, vous ne figurez sans doute pas parmi les chouchous de la classe. Pauvres penseurs !

Dans un monde où l’innovation règnerait en maître et où l’instantanéité deviendrait un fardeau, les choses seraient peut-être un peu différentes. Mais l’année 2015 semble avoir hérité du côté terre à terre de ses prédécesseures. Former des penseurs, pour quoi faire concrètement ? Former des médecins, voici un « vrai métier » dont nous avons besoin au Québec ! Ce qui est évidemment le cas. Mais ce qui pousse peut-être les universités, un peu partout dans la province, à couper dans ce qu’elles estiment passer finalement au second plan.

Un peu cliché tout ça ? Surtout dépassé, oui. Ce début 2015 ne nous promet peut-être rien de novateur en termes de répartition des restrictions budgétaires au sein des universités, mais pendant ce temps, Montréal fait quant à elle son petit bonhomme de chemin. Et devient, plus que jamais, une métropole culturelle qui apprécie la création.

Une métropole qui apprécie ceux qui, au-delà d’être des leaders, savent surtout gérer avec tact les rapports humains au sein d’une équipe. Parce que le bon sens n’est pas toujours inné quand il est question d’exercer un quelconque pouvoir sur d’autres êtres humains. Une métropole qui encourage également la vulgarisation scientifique par exemple, afin de partager à un large public de nouvelles découvertes.

Le 5 février dernier, Quartier Libre publiait sur son site Web un article concernant un diplômé de l’UdeM titulaire depuis 27 ans d’une maîtrise en histoire de l’art, Stéphane Aquin. Celui-ci vient d’être nommé conservateur en chef d’un des cinq plus grands musées nationaux d’art moderne et contemporain au monde, le Hirshhorn Museum à Washington. Est-il possible de faire plus concret ?

L’idée selon laquelle les sciences humaines et sociales seraient mal vues par l’entreprise ne fait plus partie de notre réalité. Seulement, nous sommes confrontés aujourd’hui à une période de compressions budgétaires qui devrait peut-être, au-delà des frustrations, laisser la place au compromis. Ne vaut-il pas mieux, dans un tel contexte, prioriser la qualité de l’enseignement plutôt que l’aspect quantitatif des charges de cours ?

La création a toujours prouvé qu’elle savait malgré tout et, à travers l’Histoire, s’exprimer sous la contrainte. Même si les coupes sont inacceptables, celles-ci ne nous laissent plus le choix.