Chih-Chien Wang et son portrait de la mémoire

Chih-Chien Wang et son portrait de la mémoire

Du 20 mars au 30 mai 2026, la Galerie de l’Université de Montréal (UdeM) présente l’exposition de l’artiste taïwano-montréalais Chih-Chien Wang « Archéologie de l’infime ». Grâce à une mise en scène des photographies I Want to Be Reminded, A Helper et The Act of Forgetting, celle-ci invite à une fouille dans les mémoires. Réalisées entre 2014-2015, ces œuvres, d’abord présentées individuellement, sont ici réunies sous le regard de l’artiste et du commissaire de l’exposition et directeur de la Galerie de l’UdeM, Laurent Vernet.  

Quartier Libre (Q. L.) : Comment est née l’idée de cette exposition ? 

Chih-Chien Wang (C.-C. W) : Un peu avant 2014, j’étais très occupé. J’étais professeur à l’Université Concordia et je participais à plusieurs expositions. Mes studios étaient à la Fonderie Darling et je voulais m’y refaire un espace pour créer et réfléchir. Avec mon assistant, on s’y est mis. Il y avait un tas de boîtes qui traînaient, des vieilles affaires que je voulais jeter, mais il a refusé. À la place, on a commencé à discuter de leur importance. On a ensuite noté ces échanges, qui sont devenus des textes, puis on a invité des personnes à les rejouer.  

Plus tard, avec trois petites caméras, on a enregistré celles qui étaient les plus investies dans le processus. Elles performaient ces dialogues à la frontière entre fiction et réalité. D’une certaine manière, le projet visait à dresser un portrait de la mémoire.

Q. L. : Que représente la mémoire dans votre travail ? 

C.-C. W. : C’est difficile à dire. Il y a un passé derrière l’histoire de chacun, quelque chose qu’on laisse derrière soi. Par moments, des éléments de ce passé refont surface, trouvent de nouvelles connexions et prennent un nouveau sens. 

Je pense que la mémoire fonctionne comme un réseau. Ce que j’ai constaté en travaillant ce projet, c’est qu’elle se transforme constamment, rien n’est figé. Elle peut être racontée différemment. J’ai aussi réalisé que peu importe nos différents parcours de vie, nous pouvons nous reconnaître dans la mémoire des autres grâce à ces points de contact. C’est comme ça que la mémoire devient collective. 

Q. L. : Pourquoi intégrer une dimension participative à ce projet ? 

C.-C. W. : Je voulais inviter les gens à s’investir et à interagir entre eux. L’idée était de créer quelque chose de collectif et de montrer que la mémoire est évolutive. 

Les objets présentés datent de 2014. J’encourage les visiteurs à les manipuler, à les disposer sur les palettes, puis à laisser un mot pour partager leurs réflexions. 

Q. L. : Pourquoi avoir choisi la vidéo comme technique ?

C.-C. W. : À Taïwan, j’étais documentariste. À cette période, pour s’informer, il fallait regarder la télévision ou lire les journaux. Le documentaire occupait une place importante. 

Je trouve que la présence d’une caméra dans le quotidien a un certain pouvoir. Elle permet d’observer comment quelqu’un devient interprète. Face à elle, on commence à jouer un rôle. Cela crée une liberté particulière où l’on navigue entre fiction et réalité

Q. L. : Comment espérez-vous que le public interagisse avec l’exposition ? 

C.-C. W. : La galerie peut être un bon lieu pour faire une pause et prendre le temps de penser. J’ai le sentiment que c’est un espace qui agit comme un portail, où l’on peut venir et s’ouvrir à autre chose. 

Il y a aussi une dimension générationnelle. C’est l’occasion pour la communauté étudiante de rencontrer des personnes qui avaient sensiblement le même âge lors de ces discussions et de parler de nos réalités quotidiennes. 

Q. L. : Après la mémoire, quel territoire artistique attire votre attention ? 

C.-C. W. : J’y réfléchis encore, mais j’aimerais discuter du futur maintenant. J’ai besoin de me lancer dans ce processus, de prendre le temps d’en discuter. J’ai déjà commencé à l’aborder, notamment en discutant avec mon fils.

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