À l’Assemblée nationale, la jeunesse est peu représentée, puisqu’aucun·e député·e n’a moins de 35 ans. Plusieurs jeunes essaient pourtant d’y remédier en se présentant comme candidat·e·s lors des élections provinciales. Face à cet effort, Quartier Libre s’est intéressé aux jeunes étudiant·e·s qui font le choix audacieux de faire campagne entre deux cours.
La crédibilité des jeunes
Lorsqu’elle est interrogée sur son âge, la candidate de Québec solidaire (QS) dans Mont-Royal-Outremont, Marianne Locas-Ouimet, demeure convaincue que l’âge n’est qu’un nombre. « Je n’ai pas besoin d’avoir été avocate pendant dix ans pour savoir de quoi je parle et pour voir où sont les enjeux, » affirme-t-elle.
L’étudiante de troisième année au baccalauréat en droit pense d’ailleurs que sa jeunesse peut jouer en sa faveur, en lui donnant une perspective différente. Elle se désole toutefois que son âge joue un aussi grand rôle dans sa campagne électorale.
« Quand je parle aux gens, soit ils veulent voter pour moi parce que je suis jeune, soit ils ne veulent pas voter pour moi parce que je suis jeune. »
Marianne Locas-Ouimet, candidate de Québec solidaire
Pour le candidat de 27 ans du Parti libéral du Québec (PLQ) dans Camille-Laurin, Earl Corales, l’obstacle principal lors de la campagne est la réaction des citoyen·ne·s face à sa jeunesse. « Simplement être jeune, ça porte un certain stigma, explique-t-il. Quand tu te présentes en tant que candidat au monde, c’est la première chose qu’ils disent : “Ah, tu es tellement jeune.” »
L’étudiant en sciences politiques à l’Université McGill n’est pourtant pas un amateur à la joute politique. Il a notamment été l’attaché de presse du chef du PLQ, Charles Milliard, lors de sa deuxième course à la chefferie. Malgré son expérience, il se désole que son âge porte atteinte à sa crédibilité auprès des citoyen·ne·s. « C’est un obstacle quand tu approches du monde et que la première chose qu’ils voient, c’est ta jeunesse, regrette-t-il. Ils se ferment à toi, parce qu’ils pensent que tu ne sais rien. »
Un équilibre fragile
Alors que certain·e·s candidat·e·s étudiant·e·s, dont M. Corales, prennent une pause de leurs études durant la campagne électorale, le candidat de 20 ans du Parti québécois (PQ) dans Lafontaine, Joyd Rolkins-Daréus, doit concilier ses études et la campagne. L’étudiant de deuxième année au baccalauréat en ergothérapie à l’Université de Montréal considère que son plus gros obstacle lors de sa campagne électorale, « c’est le temps ».
Il explique que les candidat·e·s plus âgé·e·s « peuvent se permettre de prendre congé ou juste de modifier leurs heures pour pouvoir s’impliquer à temps plein, » alors que lui ne peut pas se permettre de mettre ses études en pause.
La candidate solidaire Mme Locas-Ouimet est d’ailleurs dans le même bateau. Durant la campagne, elle suit six cours à l’Université, en plus d’avoir un emploi dans un cabinet d’avocats en défense des droits de la personne. Face à un horaire aussi chargé, la candidate concède que parfois, elle a trop de choses à gérer. « C’est stressant et des fois, j’ai un peu la boule au ventre, confie-t-elle. Où est l’équilibre ? Il n’y en a pas vraiment, je mentirais si je disais que j’ai le temps de me relaxer et de prendre soin de ma santé mentale. »
Outre le stress d’une campagne électorale, M. Rolkins-Daréus rappelle aussi que la réalité financière est différente pour les candidat·e·s étudiant·e·s. Selon lui, « le manque de liberté économique » fait en sorte qu’il est désavantagé, puisqu’une portion du budget électoral vient des dépenses personnelles des candidat·e·s, et il n’a pas les moyens de dépenser autant d’argent sur sa campagne que ses adversaires.
Être une jeune femme en politique
Si les défis de faire campagne en étudiant sont déjà notables, les jeunes femmes qui se lancent en politique doivent faire face à tout un autre éventail d’obstacles. La candidate du PLQ dans Chambly, Sarah Belbey, explique qu’en tant que femme, « idéalement, c’est mieux de ne pas être seule », lorsqu’elle fait du porte-à-porte pour sa campagne.
Elle dénonce les remarques qu’elle reçoit d’hommes, notamment sur son physique, alors qu’elle se présente en politique parce qu’elle veut amener du changement. « D’un côté, ça peut avoir l’air gentil, mais c’est frustrant qu’on doive toujours qualifier une femme en politique par son physique », déplore-t-elle.
Mme Locas Ouimet dénonce le même problème et mentionne les commentaires déplacés que des hommes lui font lorsqu’elle fait du porte-à-porte, qui peuvent la mettre mal à l’aise. Elle donne l’exemple d’hommes qui lui décrivent son sourire dans ses pancartes électorales comme « coquin ».
Interrogée sur la raison pour laquelle les femmes sont moins nombreuses en politique, l’étudiante en droit cite aussi les messages haineux qu’elles peuvent recevoir sur les réseaux sociaux. « Je peux comprendre que ça prend un coup sur la santé mentale d’une femme », affirme-t-elle, illustrant ses propos par les menaces de mort que recevait l’ancienne mairesse de Montréal, Valérie Plante.
Pourquoi la politique ?
Malgré ces obstacles auxquels font face les femmes qui se lancent en politique, la candidate solidaire est catégorique sur son désir de se tourner vers ce domaine, pour donner une voix aux jeunes. « Je vais me réessayer autant de fois qu’il le faudra pour être élue, assure-t-elle. L’Assemblée nationale doit représenter l’ensemble de la population. Or, les jeunes n’y sont pas représentés ». Elle avoue même à Quartier Libre que son rêve est d’un jour être cheffe d’un parti politique.
Pour le candidat libéral M. Corales, la politique est simplement une façon parmi tant d’autres de « servir ses co-citoyens et co-citoyennes ». Il s’est d’ailleurs présenté dans une circonscription difficile à remporter, puisque le candidat favori de Camille-Laurin n’est nul autre que le chef du PQ et député sortant, Paul St-Pierre Plamondon.
À l’instar de Mme Locas-Ouimet, le candidat libéral souhaite porter la voix des jeunes. « C’est possible pour notre génération de s’impliquer et d’avoir une voix forte, soutient-il. Notre avenir compte aussi, et c’est mieux de faire valoir nos préoccupations maintenant que de s’obliger à se rattraper quand c’est notre temps de se présenter en politique. »
