Soupçons de capacitisme au dernier congrès annuel : FAÉCUM
Les bureaux de la FAÉCUM au pavillon Jean-Brillant. © Samuel Girard

FAÉCUM : Soupçons de capacitisme au dernier congrès annuel

Un mois après le rejet d’une candidate au poste de coordination aux affaires externes, le dernier congrès de la Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal (FAÉCUM) continue de faire des vagues. Des soupçons de capacitisme (discrimination fondée sur le handicap) et des accusations de campagne de salissage divisent les associations étudiantes.

L’élection au poste de coordination aux affaires externes avait semé l’émoi lors du 68e congrès annuel de la FAÉCUM des 28 et 29 mars derniers, lorsque l’assemblée avait voté majoritairement contre la candidature de Gabrielle Manzano St-François.

Cette décision rare de rejeter une candidature sans concurrence avait alors été vivement critiquée, notamment en raison du refus d’une séance plénière et d’allégations d’une campagne de salissage en coulisses. 

Malgré la réticence de plusieurs groupes étudiants à s’exprimer sur ce vote, des représentant·e·s d’associations ont accepté de parler à Quartier Libre, sous couvert d’anonymat, par crainte de représailles politiques de la part d’autres associations étudiantes.

Soupçons de capacitisme

Selon une association étudiante anonyme, la raison du refus de nommer Gabrielle est claire. « On est convaincu que c’est de la discrimination et du capacitisme », affirme l’un·e de ses représentant·e·s. Les représentant·e·s affirment que le choix de la chaise était lié à la neurodivergence et au handicap physique de la candidate.

« Notre problématique, avec le dernier congrès, c’est que le vote se passait entre une personne très compétente et une chaise, poursuit l’étudiant·e représentant l’association. C’était ça, nos deux choix, et les gens ont préféré la chaise à une personne super compétente. J’ai un problème avec ça. »

D’autres représentant·e·s d’associations évoquent les mêmes soupçons. « Je pense que c’est du capacitisme et que les associations se sont organisées ensemble pour voter contre Gabrielle, et qu’elles ne se sont pas assumées, affirme l’un·e de ces derniers·ère·s.. C’est ça le plus grave avant tout. Tu as le droit de voter contre quelqu’un, mais dans ce cas, assume tes idées et soit prêt à en discuter avec les autres personnes ! »

Selon l’une des associations, d’autres candidat·e·s moins qualifié·e·s ont pourtant été élu·e·s, et Gabrielle aurait fait face à des questions plus exigeantes, notamment sur les sources de sa plateforme. 

L’étudiant de première année au baccalauréat en physique Adrien Gaumond, qui avait posé une question au nom de l’Association des étudiants et étudiantes en physique de l’Université de Montréal (PHYSUM), affirme désormais la regretter. Il révèle s’être excusé auprès de la candidate et reconnaît que son intervention a pu avoir une incidence. « Si c’est le cas, évidemment, je le regrette », avoue-t-il.

Pourtant, si certaines personnes parlent de capacitisme, d’autres affirment que la décision de la chaise n’avait pas de rapport avec le handicap de Gabrielle, mais plutôt avec ses réponses aux questions. « Je n’ai pas entendu de commentaires par rapport à du capacitisme ou à une condition neurologique ou physique quelconque, assure la présidente par intérim de l’Association générale des étudiants et des étudiantes en éducation de l’Université de Montréal (AGÉÉÉ) Laurence Marier. Ce que j’ai surtout entendu, c’était des gens qui ont été déçus par les réponses de la personne candidate. »

Malgré la frustration du dernier congrès causée par les discussions de couloir et le refus de la séance plénière, elle pense que le vote a été démocratique. « Si la majorité de l’assemblée avait voulu une plénière, on l’aurait eue », précise-t-elle.

Limiter les discussions de couloir

En réponse à la controverse, la FAÉCUM a adopté des mesures pour limiter les discussions de couloir au cours du nouveau congrès organisé le 28 avril dernier, notamment en restreignant les sorties avant le vote. Ces initiatives ont été bien accueillies par plusieurs participant·e·s, dont des représentant·e·s d’associations étudiantes et la nouvelle coordonnatrice aux affaires externes élue, Sandrine Leblanc. « C’est bien que la FAÉCUM ait revu le processus électoral, estime-t-elle. Je pense qu’effectivement, il y a des choses à travailler. »

Pour sa part, Gabrielle estime encore que des discussions de couloir ont influencé le vote et, sans trancher sur le capacitisme, confie qu’elle « aimerait à l’avenir qu’il y ait une réflexion sur la discrimination dans le processus électoral, et le fait d’être de bonne foi, notamment lors des questions. »

Le congrès du 28 avril s’est déroulé sans embûches et moins de questions ont été posées par rapport à celui tenu le mois précédent. L’assemblée a élu l’étudiant finissant au baccalauréat en biochimie et médecine moléculaire, Anaël Sah, aux affaires académiques, et l’étudiante de deuxième année au baccalauréat en enseignement en adaptation scolaire, Sandrine Leblanc, aux affaires externes, le poste pour lequel Gabrielle Manzano St-François était candidate. Ces nominations permettent à la FAÉCUM de retrouver un bureau exécutif complet pour la première fois depuis l’année universitaire 2022-2023.

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