Canicules inégalées, feux de forêt omniprésents, pluies diluviennes et inondations récurrentes, les événements météorologiques extrêmes et leurs images se multiplient. Pourtant, la question des enjeux environnementaux se pose peu dans la campagne électorale québécoise.
La campagne électorale québécoise venant de se terminer, certains constats s’imposent. Parmi eux, l’absence de discussions sur l’environnement. Sur l’ensemble des partis politiques principaux, seuls Québec solidaire (QS), qui présente le sujet sur ses affiches et dans ses cinq engagements phares sur son site Internet, et le Parti québécois (PQ) ont accordé une place à l’environnement dans le cadre de leur campagne électorale. QS et le PQ ont ainsi chacun présenté un plan environnemental et climatique comprenant un bouquet de mesures qu’ils mettraient en œuvre s’ils étaient élus. Toutefois, cet enjeu est resté marginal durant la campagne, tant dans les propositions des autres partis que dans la couverture médiatique.
Lors de l’émission Cinq chefs, une élection, diffusée le 9 septembre dernier sur Radio-Canada, les deux seules questions posées aux chef·fes de partis (Christine Fréchette pour la Coalition Avenir Québec [CAQ] et Éric Duhaime pour le Parti conservateur du Québec [PCQ]) portaient sur une possibilité de relancer l’exploitation d’énergies fossiles. Pour faire connaître les positions des partis sur l’enjeu environnemental, l’émission Feu vert a organisé un débat, au pied levé, avec les représentant·e·s des partis, portant strictement sur cette thématique. Toutefois, aucun·e chef·fe de parti n’était présent, ce qui souligne la place secondaire que ces dernier·ère·s accordent à cet enjeu.
L’environnement contre l’économie ?
Le professeur titulaire au Département de science politique de l’Université Laval et spécialiste en politique québécoise Marc André Bodet explique le peu d’attention portée à l’environnement par la « tendance à différencier l’économie et l’impact des changements climatiques ». Les partis politiques tendent à cadrer les propositions environnementales comme étant « des freins à l’économie ». Ils les présentent comme un jeu à somme nulle, à savoir qu’il faudrait choisir entre l’environnement et l’économie.
Cette dichotomie n’a pourtant rien d’une fatalité. En 2022, la CAQ, qui a disposait du plus grand nombre de député·e·s élu·e·s, avait pris de nombreux engagements électoraux en matière de la transition énergétique, comparables à ceux axés autour de l’économie (Polimètre, 2022). QS, le PQ et le Parti libéral du Québec (PLQ) avaient également plusieurs propositions structurantes sur la protection de l’environnement et la lutte contre les changements climatiques.
Or, la plus récente campagne électorale s’est concentrée sur deux thématiques : le conflit commercial avec les États-Unis et le coût de la vie. L’environnement y est le parent pauvre, laissé de côté au profit d’une ouverture à des projets d’énergies fossiles. Le PCQ propose de relancer l’exploitation du gaz de schiste et du gaz naturel liquéfié, alors que la CAQ, sans s’y engager formellement, n’a pas fermé la porte à cette possibilité.
Pour le professeur agrégé au Département de science politique de l’Université Laval et spécialiste des politiques climatiques Alexandre Gajevic Sayegh, miser sur de nouvelles infrastructures d’énergies fossiles est « simplement une mauvaise lecture de la conjoncture économique qui s’en vient, et c’est une manière rétrograde de concevoir notre sécurité énergétique future ». Il argue que les chef·fes de partis devraient « faire preuve de leadership politique » et proposer des projets structurants qui renforceraient à la fois la sécurité énergétique, mais aussi économique.
L’absence de l’environnement dans le débat électoral est d’autant plus paradoxale qu’il touche directement le coût de la vie. Les événements météorologiques extrêmes se multiplient et ont un prix bien réel. En plus du coût nécessaire pour se remettre de ces catastrophes, adapter les infrastructures aux changements climatiques est nécessaire.
La jeunesse paiera la facture
L’étudiante de deuxième année à la maîtrise en environnement et développement durable à l’Université de Montréal et membre de l’Association étudiante des cycles supérieurs en environnement et développement durable de l’Université de Montréal Anne-Sophie Viens insiste sur le fait que l’environnement doit demeurer une priorité au même titre que l’économie, car « quand on ne s’occupe pas de l’environnement, on le paie et on va continuer à le payer ». Les changements climatiques alourdissent déjà la facture que les partis promettent d’alléger, et ce, sans que ces derniers fassent des propositions d’actions.
« Les partis politiques devraient impliquer davantage la jeunesse, car c’est notre génération qui va vivre les plus gros impacts des changements climatiques », ajoute Mme Viens. Pourtant, le Québec vient de traverser 39 jours de campagne électorale sans donner la priorité à l’environnement, un enjeu dont les conséquences seront principalement vécues par les jeunes. Les canicules, les feux de forêt et les inondations, qui sont de plus en plus fréquents et intenses, rappellent que l’environnement et l’économie sont liés.
