Les élections provinciales auront lieu le 6 octobre 2026, et les partis politiques entament la préparation pour atteindre un maximum d’électeur·rice·s. Pourtant, le vote étudiant n’a pas toujours été une priorité électorale. Quartier Libre s’est intéressé à l’attention qu’accorde la classe politique aux revendications politiques des jeunes étudiant·e·s.
Interrogé sur le vote étudiant lors de son passage à l’UdeM le mercredi 21 janvier, l’ancien chef parlementaire de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a affirmé que le vote étudiant a tendance à être oublié en raison du faible taux de participation des jeunes. « La raison pour laquelle les thèmes chers à la jeunesse sont parfois moins présents, c’est souvent parce que la jeunesse vote moins, a-t-il déclaré.Les politiciens sont des bébites faciles à comprendre, ils ont tendance à davantage s’adresser aux segments de l’électorat qui votent. »
Le professeur en science politique à l’Université de Montréal André Blais considère aussi que le faible taux de participation est en cause, mais précise que la classe politique ne néglige pas nécessairement le vote étudiant. « En général, les jeunes votent moins, c’est clair, mais les gens plus scolarisés votent plus, précise-t-il. Je ne suis pas convaincu qu’ils accordent moins d’attention aux étudiants, parce qu’ils comprennent que ces derniers peuvent à l’occasion se mobiliser. »
Les répercussions des mobilisations étudiantes
M. Nadeau-Dubois, qui avait été un militant étudiant lors du Printemps érable en 2012, voit aussi la mobilisation comme un moyen d’attirer l’attention des partis. « En 2012, les jeunes étaient mobilisés, et avant même de connaître les taux de participation, tout le monde avait compris que parce qu’ils étaient mobilisés, il fallait s’adresser à eux et à elles, pour susciter leur intérêt », s’est-il remémoré lors de sa venue à l’Université.

Si le rôle de la mobilisation étudiante de 2012 dans la hausse du taux de participation électorale des jeunes n’est pas clair, MM. Blais et Nadeau-Dubois s’entendent néanmoins sur l’importance des mobilisations étudiantes pour attirer l’attention lors d’une campagne électorale.
Retenir l’attention des jeunes
Alors que les jeunes tentent de capter l’attention de la classe politique sur des revendications comme les stages rémunérés ou la crise climatique, les partis tentent d’attirer le vote de ces dernier·ère·s à travers leurs ailes jeunesse. L’étudiant en science politique et vice-président de l’association des jeunes péquistes de l’Université de Montréal (ASUM) Nathan Loiselle prône ainsi l’importance des associations politiques. « Les jeunes votent moins, mais c’est quand même une partie importante de l’électorat qu’il ne faut pas oublier, souligne-t-il. Je pense que le rôle d’une association étudiante politique, ça peut être de rappeler aux jeunes qu’il y a des propositions pour vous, même si vous ne vous sentez pas concerné par ça. »
Il concède tout de même que le vote étudiant a tendance à être négligé, mais que les jeunes peuvent se faire une place. « Quand tu es un jeune en politique, tu n’es pas souvent écouté, donc quand tu te sens écouté, tu te dis qu’il y a de place pour d’autres », estime-t-il.
« Le rôle d’une association étudiante politique, ça peut être de rappeler aux jeunes qu’il y a des propositions pour vous, même si vous ne vous sentez pas concerné par ça. »
Nathan Loiselle, étudiant en science politique et vice-président de l’ASUM
Le souverainisme au centre de l’élection
Le thème central des élections sera assurément le souverainisme, selon M. Blais.
« Est-ce que les jeunes sont en général plus souverainistes ou moins souverainistes que les autres catégories de population ? se demande-t-il. Ce n’est pas clair pour moi, mais ce qui est le cas, je pense, c’est que lorsqu’on est souverainiste, on est probablement plus engagé en politique et on risque plus de voter, donc ça pourrait donner un petit avantage pour le parti québécois. »
L’appui pour le souverainisme oscille à 38 %, selon les plus récents sondages1. Cependant, M. Loiselle ne s’en inquiète pas. D’après lui, les statistiques sont similaires à celles du début de la campagne référendaire de 1995. Le président du comité exécutif de la Commission Relève de la Coalition avenir Québec (CRCAQ), William Denis, considère plutôt que la position nationaliste autonomiste de la CAQ aidera à attirer des électeur·rice·s. « On peut vraiment aller chercher une bonne partie des Québécois qui pensent, comme nous, que le Québec est une nation distincte, mais qu’on n’a pas besoin de souveraineté pour exprimer cette distinction-là », assure-t-il.
En plus de s’intéresser à la question souverainiste, le professeur en science politique s’interroge aussi sur le futur de la CAQ, notamment en raison de la baisse de popularité du parti dans les sondages et de la course à la chefferie pour remplacer le premier ministre démissionnaire, François Legault. « La question qui m’intéresse le plus présentement, c’est : “Qu’est-ce qu’il va arriver à la CAQ ?” On a un sentiment que ça va très mal pour la CAQ, et c’est de voir à quel point un changement de leader peut relancer ce parti-là », poursuit-il.
Le président de la CRCAQ voit quant à lui la course à la chefferie comme une chance de relancer la popularité de la CAQ auprès des jeunes, mais aussi de faire valoir les revendications de la commission. « Notre travail à la CRCAQ est de s’assurer que les deux candidats prennent en considération ces enjeux-là pour les jeunes, notamment les étudiants, donc on va faire passer le message qu’il faut penser aux prochaines générations, précise-t-il. Pas qu’ils n’y pensent pas, mais notre travail reste quand même de mettre l’accent là-dessus. »

1. Qc125, Analyses et projections électorales (2026) : Sondage souveraineté | Québec, mise à jour du 23 janvier 2026. En ligne, consulté le 2 février 2026 : ‹https://qc125.com/sondages-souv.htm›.