Dans son récit de prose et de poésie Désert Désir, Clara Dupuis-Morency remet en perspective le désir omniprésent dans les différentes sphères de la vie. L’écrivaine part de sa quête de sens pendant l’enfance, jusqu’à la volonté de faire face à un deuil qu’elle semble vivre à l’égard d’un être cher.
L’autrice interpelle les lecteur·rice·s dans un mouvement constant tout au long de son récit : un mouvement sableux tant dans la forme du texte que dans le choix des mots. Ses anecdotes analogiques poussent le vide du désert et la matière invisible du désir, toujours présente en trame de fond.
Cette mouvance perpétuelle se retrouve dans les élans entre la vie et sa laideur. L’autrice puise dans son passé, le désert, le vide et la purge des traumas qui jaillissent même en cas de résistance. Ce cocktail explosif s’interprète d’ailleurs par la mention de l’autrice de la psychanalyse du neurologue Freud, et de la métamorphose de Kafka. Mme Dupuis-Morency présente cette dynamique, une sorte de liquide qui unit tout. Poussée par le désir et les élans d’habiter et de combler le vide, elle décide de construire et de déconstruire la vie, et de poursuivre même dans le deuil et l’obscurité extirpant vers l’ombre.
À travers une mort qu’elle décrit dans toutes ses continuités, l’autrice appelle les lecteur·rice·s à finir le livre coûte que coûte, même dans sa pesanteur, bien que les choses ne soient pas toujours nommées directement, comme des charges motivationnelles difficiles à saisir. Pour le lectorat, ce désir permet de se satisfaire dans la finition de la lecture, de se motiver par l’entremise de cette dynamique entre l’autrice et l’observateur·rice tout en comprenant les mouvements qui bercent la route vers la fin des mots.
Tout au long de la lecture se trouve le désir de comprendre, une résistance à vouloir quitter le malaise que suscite le récit. Un malaise plus que nécessaire qui mène à un soulagement imminent à chaque fin de page. Devant la mort, le deuil et les bouts de corps, une volonté de vivre et un vide coexistent dans une dynamique omniprésente. Cette dynamique subsiste dans le temps, face aux aléas de la vie, comme les relations difficiles et les fins inévitables.
Un deuil et une fin face à la mort et tout ce qui y est connexe, que l’autrice illustre par un passage dans son livre, lorsqu’elle se retrouve devant la porte ouverte de l’appartement de son proche. Ce dernier et l’écrivaine ricanent bêtement ensemble, elle raconte, devant l’immobilité qui s’incombe à eux. L’intensité de la maladie habitant cet être cher s’imposerait comme une distance pesante, voire macabre, bien que l’autrice la surpasse et aide celui-ci à se raser, pour faire continuer le moment.
La lecture laisse le sentiment d’avoir mis des mots sur des tensions internes, sur le vécu du deuil et les envies, bien que ces dernières se ressentent de façon évidente. Les lecteur·rice·s repartent avec une sensation de mieux se comprendre, tout en laissant la quête du sens de ce qu’est le désir, en comprenant qu’il est un ressentiment intemporel.
Désert Désir vient puiser dans des tombeaux d’émotions négatives, personnelles, qui, de façon ironique, finissent par faire du bien. De la nostalgie à la confusion, de l’exploration à l’enfance jusqu’à la volonté de vouloir s’invisibiliser, le recueil cultive un goût de poursuivre la lecture au-delà de la fin.