« Un déficit record », « le déficit recule », « revenir à l’équilibre »… Les chefs des cinq partis en lice pour les élections provinciales discutent largement de la question du déficit budgétaire du Québec. D’ailleurs, 86 % des Québécois considèrent l’équilibre budgétaire comme une priorité, selon un sondage du fiscaliste Luc Godbout. Voici trois choses à savoir sur le déficit au Québec pour mieux comprendre les promesses de chaque parti.
Que signifie « déficit budgétaire » ?
Le terme « déficit budgétaire » s’entend d’une situation au sein de laquelle les dépenses de l’État excèdent ses revenus. Autrement dit, le gouvernement verse plus d’argent pour ses dépenses courantes, ses investissements, et ses paiements sur la dette qu’il n’en recueille grâce aux impôts, taxes et transferts intergouvernementaux. La province doit alors emprunter pour financer ses dépenses. Ces emprunts composent la dette publique.
Au Québec, le déficit budgétaire actuel est d’environ 7 milliards de dollars. Ce chiffre n’est pas alarmant, selon le professeur en économie publique et directeur du Département des sciences économiques de l’Université de Montréal, Marcelin Joanis. « Il [le déficit] s’est accru avec la pandémie de la COVID-19, qui a nécessité de grosses dépenses, notamment dans le secteur de la santé, mais il ne s’est pas entièrement résorbé depuis », précise-t-il.
Selon le Rapport sur la situation financière du Québec, publié en juin 2026, la province est la quatrième du pays dont le déficit est le plus faible. En revanche, l’origine de ce dernier est structurelle, ce qui signifie que les revenus ont été déréglés. « L’inflation a été un effet secondaire de la pandémie, rapporte M. Joanis. On est encore aujourd’hui dans une dynamique de croissance des dépenses qui n’est pas compatible avec celle des revenus. » Un déficit structurel ne se règle pas tout seul : pour le réduire, l’État peut couper dans les dépenses, augmenter les revenus, ou combiner les deux.
Déficit zéro en 2029
Tous les partis en lice proposent un budget et promettent de revenir à l’équilibre budgétaire d’ici 2029-2030, et pour cause : la Loi sur l’équilibre budgétaire, votée en 1996, les y oblige. D’ici la fin du mandat du parti au pouvoir, les recettes du gouvernement doivent être au moins égales à ses dépenses.
Chaque année, ce dernier doit révéler des déficits en décroissance. Lors de la pandémie de la COVID-19, la Loi s’est assouplie pour permettre au gouvernement en place de faire face aux coûts que celle-ci a entraînés. Cet écart n’a pas été résorbé à la fin du mandat de la CAQ en 2022, et le prochain gouvernement devra assurer un retour à l’équilibre budgétaire d’ici 2029-2030.
« L’objectif fondamental de la Loi, c’est de s’assurer que les services publics qu’on est capable de se payer aujourd’hui, on est encore capable de se les payer demain, puis après-demain », explique M. Joanis.
Comment les partis vont-ils revenir à l’équilibre ?

Chaque parti a présenté un budget dans lequel il prévoit de résorber le déficit, et chaque budget propose une manière d’atteindre cet équilibre, principalement en coupant dans les dépenses ou en augmentant les impôts.
Le Parti québécois et le Parti conservateur du Québec proposent des coupes dans les revenus, notamment en baissant les impôts, mais aussi largement dans les dépenses, en réduisant celles de la fonction publique. À l’inverse, le Parti libéral du Québec, la Coalition Avenir Québec et Québec solidaire prévoient d’augmenter les revenus.
Le sondage de M. Godbout indique d’ailleurs que deux tiers des Québécois préfèrent accepter une réduction des services, si celle-ci permet d’éviter de hausser les impôts, plutôt que d’augmenter ces derniers ou des taxes dans le but d’éviter des compressions dans les services publics.
Un point sur la dette
« Les deux principales sources de croissance de la dette sont le déficit budgétaire et les investissements en infrastructures », poursuit M. Joanis. Selon lui, la dette n’est pas nécessairement négative, puisqu’elle donne la possibilité de financer des projets d’investissement à long terme, comme la construction de routes et de ponts, qui profiteront aux citoyens sur plusieurs générations. « Donc, un déficit à court terme, ce n’est pas problématique, assure-t-il. Il ne faut pas oublier, lorsque le beau temps revient, de faire des surplus pour compenser. C’est cette partie-là qui est souvent oubliée. »
Selon le professeur, la dette peut devenir problématique lorsque son remboursement n’est pas prévu ou envisagé par le gouvernement actuel. Si elle n’est pas remboursée lorsque l’État a des surplus dans sa caisse, elle devra l’être par les générations futures, qui devront payer plus d’impôts ou couper dans les services publics. « Quelqu’un, quelque part, va devoir payer, indique M. Joanis. Ça décale le problème en avant, sur les générations futures. »
Si le Québec ne rembourse pas sa dette, il risque aussi de voir sa note de crédit se dégrader, ce qui rend l’emprunt aux investisseurs plus difficile et coûteux. « Les gouvernements cherchent donc à éviter à tout prix de se retrouver dans une situation où on ne pourrait pas, au moment où on en a besoin, rembourser ce qu’il faut », souligne le professeur.
