Environ 54 % des jeunes de 18 à 24 ans avaient voté aux élections provinciales de 2022, pour un taux de 66 %. Dessin: Wendy Kim Pires
Environ 54 % des jeunes de 18 à 24 ans avaient voté aux élections provinciales de 2022, pour un taux de 66 %. Dessin: Wendy Kim Pires

Les jeunes voteront-ils le 5 octobre ?

À l’approche des élections générales québécoises du 5 octobre, la participation des jeunes reste un défi. Pourtant, le politologue André Blais estime que parler de désengagement de la jeunesse serait exagéré. Entre intérêt pour la politique, enjeux électoraux et sentiment de représentation, les raisons de voter ou de s’abstenir sont multiples.

Le 5 octobre prochain, les Québécois·es seront appelé·e·s aux urnes pour élire les membres de l’Assemblée nationale. Mais si la participation globale atteignait 66 % en 2022, celle des jeunes restait nettement inférieure : 54 % des personnes âgées de 18 à 24 ans et de celles âgées de 25 à 34 ans avaient voté, selon l’Institut de la statistique du Québec (ISQ). À l’inverse, le taux atteignait 78 % chez les 65-74 ans. Ces chiffres peuvent donner l’impression d’une jeunesse éloignée des urnes. Pourtant, la réalité est plus complexe. 

Un vote moins automatique

Pour le politologue et spécialiste des comportements électoraux à l’Université de Montréal (UdeM) André Blais, une partie de l’écart s’explique simplement par l’âge. Les habitudes électorales évoluent au fil du temps. « À mesure qu’on vieillit, on a plus tendance à aller voter, explique-t-il. Bien souvent, les gens sont plus susceptibles de se marier, d’avoir des enfants, d’être intégrés dans la société. Plus on est intégrés, plus on vote. Ça me paraît vraiment erroné, exagéré. ».

« La décision de voter ou non, chez les jeunes, change davantage dans le temps. Elle est moins stable. »

André Blais, professeur titulaire au Département de science politique de l’Université de Montréal, chercheur spécialisé dans les comportements électoraux et titulaire de la Chaire de recherche de l’Université de Montréal en études électorales.

Des enjeux qui mobilisent

Chez les jeunes, la décision de voter serait moins constante d’une élection à l’autre, selon M. Blais. « Il y a des dizaines de raisons de voter, ça varie énormément d’une personne à l’autre », souligne-t-il. L’intérêt politique, le sentiment du devoir et les enjeux de la campagne sont des facteurs qui peuvent notamment faire varier cette décision.

L’étudiant de deuxième année au baccalauréat en science politique à l’UdeM Hilmi Olgun, qui est aussi engagé au sein des Jeunes libéraux de l’Université de Montréal, suit de près la campagne provinciale. Pour lui, l’importance des décisions prises aujourd’hui pour les générations futures constitue une raison de voter. 

« Un vote détermine ce qu’on va avoir », affirme-t-il. Il estime que les jeunes commencent davantage à s’intéresser à la politique lorsqu’ils constatent que certaines décisions politiques auront des conséquences à long terme sur eux et les générations futures. À l’inverse, il constate que certain·e·s étudiant·e·s ne considèrent pas les élections comme prioritaires. Les études et les préoccupations quotidiennes peuvent aussi être plus importantes aux yeux des jeunes. 

« Ce qui est le plus mis de l’avant dans les programmes, c’est rarement ce qui touche la jeunesse. »

Frédéric Beaudet, secrétaire général et porte-parole de la FAÉCUM. 

M. Blais croit justement que la campagne de 2026 pourrait stimuler la participation de la jeunesse, car certains enjeux, notamment les relations commerciales avec les États-Unis et la question de l’indépendance du Québec, peuvent susciter davantage l’intérêt. Il s’attend ainsi à une hausse de la participation des jeunes, sans toutefois anticiper un taux « extraordinaire ».

S’engager autrement

Voter n’est toutefois qu’une des formes de participation politique. M. Blais observe que les jeunes peuvent davantage se tourner vers d’autres moyens d’engagement citoyen, comme des manifestations ou des pétitions. Pour autant, ces implications ne signifient pas que l’abstention constitue une forme d’engagement alternatif. Selon le politologue, « il est possible d’être très engagé dans sa communauté ou politiquement sans voter, mais ces situations restent minoritaires. »

« Ce qui est le plus mis de l’avant, c’est rarement ce qui touche la jeunesse », estime le secrétaire général et porte-parole de la Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal (FAÉCUM), Frédéric Beaudet. Selon lui, certain·e·s étudiant·e·s peuvent ressentir que leurs préoccupations occupent peu de place dans les campagnes électorales. Il cite notamment l’éducation et l’environnement, des enjeux qui touchent directement l’avenir des jeunes.

« Que chaque vote compte »

Pour la FAÉCUM, le sentiment de représentation constitue aussi un frein à la participation. M. Beaudet soutient que le mode de scrutin actuel peut diluer le poids politique des jeunes dans certaines circonscriptions. Comme ils constituent une mince partie de l’électorat de chaque région, leurs préoccupations peuvent moins peser dans la balance du résultat final. Grâce à un système proportionnel, ils pourraient obtenir une représentation correspondant davantage à leur poids électoral, même lorsqu’un parti n’arrive pas en tête localement. « Si les jeunes votaient davantage, ils représenteraient un bassin d’électeurs important et auraient donc plus d’impact », explique le secrétaire général de la FAÉCUM.

Sur sa plateforme de revendications, la FAÉCUM défend également l’abaissement de l’âge du droit de vote à 16 ans. Selon son porte-parole, permettre aux jeunes de voter plus tôt pourrait les habituer à participer aux élections alors qu’ils vivent encore souvent chez leurs parents. Il insiste sur l’importance du premier vote dans la construction des habitudes électorales : « Le plus gros facteur pour savoir si une personne va voter à une élection, c’est si elle a déjà voté, précise-t-il. Le premier vote dans la vie de quelqu’un est le plus important. C’est une priorité. »

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