L’ACFAS a dévoilé le mercredi 9 septembre dernier sa feuille de route « Pour un Québec qui croit en sa science », dans l’espoir d’attirer l’attention du futur gouvernement sur les besoins de la communauté scientifique. Les trois priorités de l’Association sont un meilleur dialogue entre la science et la politique, la préservation de l’écosystème de la recherche et un meilleur soutien à la relève en recherche.
La directrice générale de l’ACFAS, Sophie Montreuil, s’est montrée catégorique auprès de Quartier Libre sur l’importance du lien entre la science et la politique. « On voulait rappeler qu’il n’y aura pas d’avenir pour le Québec s’il n’y a pas un intérêt à bien soutenir le système d’enseignement supérieur, l’écosystème de la recherche et les chercheurs », précise-t-elle.
Des investissements incertains
La feuille de route de l’ACFAS rappelle que les universités québécoises font face depuis plus de 20 ans à un sous-financement structurel « estimé à 995 M$ en 2023-2024 », selon une étude menée par le professeur émérite au Département des sciences économiques et à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM Pierre Fortin et dévoilée par le Bureau de coopération interuniversitaire (BCI) en avril dernier. L’Association suggère donc, parmi ses propositions, « un réinvestissement massif et pérenne dans le réseau universitaire. »
Interrogée sur ce sous-financement, Mme Montreuil dénonce le fait que, depuis quelques années, « les budgets accordés aux universités et à l’ensemble des collèges sont en décroissance, alors qu’il y a un nombre d’étudiants en croissance. Ça ne marche pas mathématiquement. » Pourtant, la majorité des partis politiques, dans leur campagne électorale, semblent pencher vers un resserrement des finances publiques, principalement dans l’optique d’atteindre l’équilibre budgétaire, sans toutefois parler d’austérité à l’heure actuelle.
Face à cette réalité, la directrice générale de l’ACFAS se dit prête à faire face à la possibilité que le prochain gouvernement maintienne cette tendance de sous-financement. « On est toujours prêt à ça, affirme-t-elle. On ne sait pas ce qui nous attend, on ne sait pas qui va être élu, on ne sait pas qui seront les titulaires des ministères, donc il faut être prêt à tout égard. » Cependant, « on souhaite que non, que nos arguments soient bien entendus », ajoute-t-elle.
Un dialogue qui s’estompe ?
Lorsque Mme Montreuil mentionne l’importance du lien entre la classe politique et les scientifiques, elle donne l’exemple de la situation aux États-Unis. « Je crois que collectivement, comme société, on ne veut pas ce qui arrive aux États-Unis, donc j’ose croire que le gouvernement élu va aller dans le sillage de protéger une valeur importante et des acquis importants, » estime-t-elle.
Contrairement à la situation aux États-Unis, elle considère que le dialogue entre la science et la politique demeure solide au Québec et cite le résultat d’un sondage Léger, qui indique que plus de 80 % des Québécois déclarent avoir confiance envers les scientifiques. « Il [le dialogue] s’estompe nettement aux États-Unis, parce que la place des chercheurs est pratiquement bafouée par le président américain, explique-t-elle. Heureusement, on n’est pas dans une situation comme celle-là au Québec ou au Canada. »
Si Mme Montreuil reste optimiste, le professeur en géographie à l’UQAM Philippe Gachon, également conférencier de l’ACFAS lors du dévoilement de la feuille de route de l’Association, voit le gouvernement sortant comme un exemple à ne pas suivre. Il dénonce particulièrement les nombreuses décisions du gouvernement caquiste, au sein duquel les témoignages de scientifiques ont été négligés, selon lui. « Beaucoup de décisions ont été prises, notamment dans le domaine environnemental, sans véritable consultation, sans l’écoute du milieu [scientifique] », déplore-t-il.
L’expert en climat et en changements climatiques signale en particulier « un manque de volonté d’écoute » du gouvernement sortant, ainsi qu’une prise de décision « non-concertée » et « non collégiale », qui « témoignait dans certains cas d’un irrespect vis-à-vis la population. » Il critique, entre autres, les dossiers Northvolt et Stablex, qui ont été portés par le gouvernement de François Legault malgré les fortes critiques publiques en lien avec le coût et l’impact environnemental de ces projets.
En dépit de sa frustration vis-à-vis du gouvernement sortant, M. Gachon continue d’espérer « que le prochain gouvernement ne répétera pas ces erreurs-là » et « sera beaucoup plus à l’écoute. » Il rappelle la nécessité du dialogue entre la classe politique et les scientifiques, « surtout dans un moment de l’humanité où l’augmentation de la désinformation, de la malinformation et de l’intelligence artificielle met à mal ce rapport direct entre la connaissance et la prise de décisions. »
