Le 50e
congrès de la FAÉCUM s’est tenu au pavillon Jean-Brillant, sur le campus de l’UdeM.
FAÉCUM : la démocratie universitaire critiquée
Entre absence de quorum, élections houleuses et accusations de « campagnes de salissage », la Fédération des associations du campus de l’Université de Montréal (FAÉCUM) traverse une zone de turbulences. Du fonctionnement des associations étudiantes aux congrès mouvementés, récit d’une démocratie en difficulté.
« Il y a un problème de mobilisation à la FAÉCUM, ce sont des représentants étudiants qui se pointent pour élire d’autres représentants de représentants, affirme le coordonnateur général du Regroupement des étudiantes et des étudiants en sociologie de l’Université de Montréal (RÉÉSUM), Noam Gosselin Arbaoui. Le pouvoir est décentralisé, mais centralisé plus loin, il n’est plus dans les mains de la population étudiante. »
Les associations étudiantes : à la base de la démocratie universitaire à l’UdeM
La démocratie à la FAÉCUM repose sur un modèle représentatif indirect : ce ne sont pas les étudiant·e·s qui élisent directement leurs représentant·e·s à la Fédération, mais bien des délégué·e·s mandaté·e·s par les associations membres. Ce système fait de la vitalité des associations étudiantes le premier maillon de la chaîne démocratique.
« Ce sont des représentants étudiants qui se pointent pour élire d’autres représentants de représentants. Le pouvoir est décentralisé, mais centralisé plus loin, il n’est plus dans les mains de la population étudiante. »
– Noam Gosselin Arbaoui, coordonnateur général du Regroupement des étudiantes et des étudiants en sociologie de l’Université de Montréal (RÉÉSUM)
Or, ce maillon semble s’effriter. Plusieurs associations membres ne publient aucun procès-verbal (PV) d’élection, n’ont pas de site Internet à jour ni même de cahier de positions. Élu secrétaire général lors du Congrès général annuel (CGA) de mars 2026, Frédéric Beaudet admet que certaines associations ne sont « presque pas actives ». Il souligne la nécessité d’aller proactivement vers ces structures pour y remettre une « petite bougie d’allumage », mais réitère toutefois que la FAÉCUM ne peut pas s’ingérer directement dans les affaires internes des associations membres.
À cette atrophie s’ajoute une exclusion structurelle. De nombreux·ses étudiant·e·s inscrit·e·s dans des microprogrammes, des certificats ou des mineures ne sont rattaché·e·s à aucune association, mais paient tout de même leur cotisation à la FAÉCUM. M. Beaudet reconnaît que ce phénomène n’est malheureusement plus marginal et doit à présent être au sein des discussions. « Il faut s’assurer d’intégrer toutes les mineures et tous les microprogrammes à des associations déjà existantes », insiste-t-il.
Ces dysfonctionnements se répercutent directement sur les instances. Lors du dernier CGA, la séance a dû être repoussée d’une journée faute de quorum, le seuil de 30 % d’associations présentes n’ayant pas été atteint. De plus, deux postes sur six restent à ce jour à pourvoir au conseil d’administration, faute de candidatures. Le nouveau secrétaire général de la Fédération lie en partie ce manque de mobilisation au contexte économique. « Il y a une part de privilège à pouvoir s’impliquer dans une association étudiante, explique-t-il. Le coût de la vie pèse très lourd sur les personnes étudiantes, et il a un impact sur la capacité des étudiants à se libérer pour un congrès qui dure tout une fin de semaine. »
« Il y a une part de privilège à pouvoir s’impliquer dans une association étudiante. […] Le coût de la vie pèse très lourd sur les personnes étudiantes, et il a un impact sur la capacité des étudiants à se libérer pour un congrès qui dure tout une fin de semaine. »
– Frédéric Beaudet, nouveau secrétaire général de la FAÉCUM
Le désengagement n’est toutefois pas uniforme. Sur les 85 associations membres, seules une dizaine d’entre elles participent systématiquement aux instances depuis 2019, tandis qu’environ le même nombre n’y a jamais assisté. Cette participation asymétrique nourrit les critiques que la FAÉCUM serait gouvernée par une « clique » issue des mêmes programmes et des mêmes associations. « Il y a vraiment une culture à la FAÉCUM, certaines associations sont très proches du BÉ [NDLR : Bureau exécutif], et celui-ci est très proche de certaines associations », tranche M. Gosselin Arbaoui.
Cette perception s’est cristallisée lors du rejet de la candidature de Gabrielle Manzo St-François aux affaires externes, défaite à seulement quatre voix près aux élections qui se sont tenues pendant le dernier CGA, après une série de questions perçues comme des attaques ciblées. La candidate dénonce une « campagne de salissage » qui se serait orchestrée dans des « discussions de groupe obscures » et des couloirs du congrès afin de coordonner ce rejet.
Le Comité témoin électoral : une « bonne base » à l’épreuve des faits
Issu de la plateforme d’opposition « Repenser la démocratie », ce comité vise à garantir la neutralité des élections au Bureau exécutif (BÉ). Le coordonnateur du RÉÉSUM, Noam Gosselin Arbaoui, y voit là une « bonne base », mais juge l’outil « dénaturé » par la présence d’anciens membres de l’exécutif au sein de l’instance. Il cite notamment l’omission de la candidature de Matteo Delabre, qui s’était opposé aux positions du BÉ lors du congrès d’octobre 2025, de l’horaire officiel des entrevues de mars dernier, malgré ses disponibilités dûment remplies. Face à des collègues qu’il juge trop « pro-BÉ », il a « l’impression d’être le seul un peu intense là-dedans », confie-t-il.
Issu de la plateforme d’opposition « Repenser la démocratie », ce comité vise à garantir la neutralité des élections au Bureau exécutif (BÉ). Le coordonnateur du RÉÉSUM, Noam Gosselin Arbaoui, y voit là une « bonne base », mais juge l’outil « dénaturé » par la présence d’anciens membres de l’exécutif au sein de l’instance. Il cite notamment l’omission de la candidature de Matteo Delabre, qui s’était opposé aux positions du BÉ lors du congrès d’octobre 2025, de l’horaire officiel des entrevues de mars dernier, malgré ses disponibilités dûment remplies. Face à des collègues qu’il juge trop « pro-BÉ », il a « l’impression d’être le seul un peu intense là-dedans », confie-t-il.
Des votes secrets… à main levée
Le malaise est devenu plus palpable lors du congrès d’octobre 2025, tenu dans une vaste salle du pavillon Roger-Gaudry, décrite par M. Gosselin Arbaoui comme étant « perdue au milieu de nulle part », sans connexion Wi-Fi fonctionnelle, sans prises, sans micros, et qui avait pourtant réuni plus de 200 personnes.
Dans le cadre d’un vote crucial portant notamment sur le sujet des huis clos et de l’accès aux documents budgétaires, certaines associations avaient demandé un vote secret. C’est dans ce contexte tendu qu’une pratique insolite a vu le jour pour pallier l’absence de bulletins de vote papier : le vote à main levée, tête baissée. Le coordonnateur du RÉÉSUM conteste la confidentialité de cette méthode de vote et en dénonce l’absurdité. « Ce n’est pas un vote secret, la personne à côté de toi le sait, puis peut t’entendre quand tu lèves ta main », précise-t-il. Il rapporte que malgré les malaises exprimés par certaines associations, la présidence a maintenu cette procédure, pressée par le temps.
M. Beaudet concède que cette méthode n’était pas strictement conforme aux règles habituelles, mais il la défend comme le « meilleur compromis sur le moment ». Selon lui, organiser des dizaines de scrutins secrets sur papier aurait pris un temps considérable, chaque vote nécessitant une dizaine de minutes de dépouillement. Pour l’avenir, le nouveau secrétaire général mise sur le développement d’une plateforme de vote électronique « maison » capable de garantir l’anonymat.
Pour M. Gosselin Arbaoui, la FAÉCUM est le « symptôme d’un mal beaucoup plus profond » : une culture institutionnelle « très verticale » propre à l’UdeM. Il déplore ce manque d’horizontalité plus collaborative sur le campus, citant l’exemple de l’UQAM, où les étudiant·e·s cosignent les plans de cours. À l’inverse, M. Beaudet mise sur une mutation de l’engagement. Il observe un« âge d’or des regroupements étudiants » mobilisés autour d’enjeux sociaux ou environnementaux. Pour lui, l’avenir de la Fédération repose sur des instances plus participatives, qui privilégient la consultation en amont.