Le charmant Théâtre de Quat’sous accueille la pièce Ah, Ta yeule l’obscurité !, adaptée de la pièce britannique You, stupid darkness! de Sam Steiner et provenant du texte islandais Helgi de Tyrfingur Tyrfingsson. La compagnie en résidence Théâtre à l’eau froide se retrouve à la tête de ce projet bien abouti.
Le metteur en scène Daniel D’Amours fait tourner les têtes. Ah, ta yeule l’obscurité ! est une farce furieusement drôle et cynique, dans une ambiance pourtant des plus sombres. Montréal est dans une forme de dystopie, où sortir avec une combinaison et un masque est requis. Tout s’effondre autour de Sophie, de John, de Julien et de Camille, qui se retrouvent une fois par semaine, tard le soir, dans un centre d’écoute. Le public rencontre des personnages finement ciselés, plein de différences et d’humanité. La traduction de Maxime Allen permet à la pièce de s’ancrer dans son lieu, agrémenté de plusieurs références à la vie montréalaise.
La tendresse justifie les mots
Dans ce décor si beau et si réel, des histoires humaines se dessinent. La comédienne Rosalie Leblanc interprète Sophie, à la tête du petit groupe. Empathique, elle rêve d’aider et de soigner le monde, et motive son équipe envers et contre tout. Zakary Auclair joue Julien, la nouvelle recrue du service. Âgé de 17 ans, son travail le forme à la vie d’adulte. Romy Bouchard donne pour sa part vie à Camille, présente depuis six mois et dont la spontanéité cache la sensibilité et la maladresse avec les mots. Enfin, Jonathan Lachlan Stewart incarne John, le plus ancien membre du groupe après Sophie. Hargneux et franc, il se cache derrière un personnage très caractériel et laisse quelquefois entrevoir des marques d’affection pour ses collègues.
« Au bout du fil de l’espoir, vous avez rejoint quelqu’un à qui parler ! » Cette phrase, répétée en boucle, accueille les appelant·e·s. Écouter les maux d’inconnus est un exercice particulièrement difficile. Au fur et à mesure, les personnages finissent par se dire que tous et toutes auraient peut-être quelque chose à se dire. Le poids des mots se ressent au sein de ce quatuor.
La beauté du décor et des lumières, remarquables dans la pièce, crée une atmosphère pesante. Le centre d’écoute, aux allures rétro, se marie parfaitement avec l’ambiance dystopique de l’œuvre. La musique enveloppante, inspirée d’artistes comme James Blake ou Floating Points, appuie avec justesse le talent des acteur·rice·s.

« On y va, on a des vies à vivre ! »
Ah, ta yeule l’obscurité ! parle à tous·tes et, dans les tragédies du monde, fait sentir chaque personne un peu moins seule. L’espoir et le collectif ressortent de la pièce, qui délivre le message de tisser des liens, de continuer à se parler et surtout, à s’écouter.
Le sujet est plus que jamais actuel, et les comédien·ne·s le démontrent avec des mots bien justes. Au gré de quelques enlacements, ils et elles présentent une œuvre réussie et plus que touchante.