Fanny
© Benoît Ouellet

Fanny de Rébecca Déraspe : la sororité sur scène

Au théâtre La Licorne de Montréal, la pièce Fanny de l’autrice Rébecca Déraspe réunit deux générations de femmes qui font dialoguer leur féminisme. À l’affiche jusqu’au 3 mai 2026.

À 19 h, le public prend place dans la salle. Celui-ci se compose d’une majorité de femmes entre 20 et 30 ans, mais aussi d’un bon nombre de couples d’une quarantaine ou cinquantaine d’années. Une question s’impose peu à peu au fil de la représentation : la pièce suscitera-t-elle des discussions au sein de ces couples, une fois rentrés chez eux ?

Les œuvres de Rébecca Déraspe, résolument ancrées dans son combat féministe, ont été traduites et jouées au Québec comme à l’international (Nino à Genève en 2016, Les filles du Saint-Laurent à Paris en 2021). Avec Fanny, elle propose une réflexion sérieuse, mais jamais sans humour, sur le féminisme de deux générations ainsi que sur le couple et l’amour.

Face à face

Fanny est une femme bourgeoise de 60 ans, brillamment incarnée par Marie-Thérèse Fortin. Elle forme un couple de longue date avec son mari Dorian, interprété par Jacques Laroche. Afin de briser une routine bien installée, tous deux décident de louer une chambre à la jeune étudiante Alice. Cette dernière, jouée par la comédienne Doriane Lens-Pitt, va venir bousculer les certitudes du couple, et plus particulièrement celles de Fanny. 

Bien que les deux femmes se revendiquent féministes, leurs visions de la lutte et, plus largement, de la société, diffèrent. 

La mise en scène, signée Marie-Hélène Gendreau et Hubert Lemire, est remarquable. Poétique, drôle et musicale, elle réunit tous les éléments pour accompagner le rire du public, qui observe le trio évoluer sur scène comme dans l’intimité de son appartement.

Peu à peu, Fanny et Alice se rapprochent. La première découvre l’univers de la seconde, plus jeune, plus lucide sur le monde, plus revendicatrice aussi.

Écouter, apprendre, transmettre

Ensemble, les deux femmes confrontent leurs visions du couple, de la sexualité et de la maternité. Fanny ouvre progressivement les yeux sur l’intersectionnalité des luttes féministes, une approche qui analyse les vécus distincts de la femme selon le genre, la classe ou encore la couleur de peau. 

La sexagénaire se transforme alors en alliée engagée : elle cite des autrices féministes, explique des concepts à son mari et s’émancipe du couple en choisissant de vivre seule. Cette évolution rapide, qui peut sembler légèrement précipitée, est toutefois compréhensible : résumer un tel cheminement intérieur en seulement 1 h 40 de spectacle est en effet difficile.

Le vrai tour de force de la pièce réside dans l’équilibre entre ces deux conceptions du féminisme : aucune ne l’emporte sur l’autre. En explorant leurs propres contradictions, les deux femmes se lient par la sororité et enrichissent mutuellement leurs vécus. Ce qui semblait au départ ringard ou maladroit chez Fanny devient une ressource plus tard pour Alice, notamment face à un événement traumatisant. Preuve que l’expérience des femmes plus âgées demeure une expertise précieuse pour les nouvelles générations.


Où : Théâtre de la Licorne. 4559, avenue Papineau, Montréal QC H2H 1V4
Tarifs : Régulier – 43 $ / 30 ans et moins – 30 $
© Benoît Ouellet

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