Les beaux parleurs font des ravages

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Par Camille Dufétel
mercredi 30 septembre 2015
Les beaux parleurs font des ravages
Illustration : Marie-Claude Légaré
Illustration : Marie-Claude Légaré

Des milliers de regards dans la même direction. Une super Lune qui s’éclipse et rougit : l’univers est fascinant ! Allez, pour la prochaine, rendez-vous en 2033. Enfin, si notre vieille Terre ne fond pas en larmes sous nos pieds d’ici là.

Mais ça, c’est une autre histoire. Une histoire un peu fantasmagorique, pas vraiment concrète. Et puis lointaine, surtout. « Mais oui, il faudrait agir à un moment donné ! »

Nous sommes TOUS une belle bande de beaux parleurs. Pas seulement les politiciens qui nous promettent, dans un contexte d’élections fédérales, que cette fois sera la bonne. « Si vous votez pour moi, les émissions de gaz à effet de serre dégringoleront enfin et l’utilisation des hydrocarbures ne sera bientôt plus qu’un lointain souvenir ! »

Jour de la Terre, marches pour la Terre, colloques pour la Terre, ça fait des lustres qu’on lui promet tous de belles affaires, à la Terre. De conférences en déchéance, nous sommes les champions universels de la To-do list, du « ça ira mieux demain », de la salade qu’on mangera soi-disant ce soir pour compenser la malbouffe du dîner, des promesses et des beaux projets… pour l’avenir. Parce qu’un jour, il faudra vraiment faire tout ce qu’on a dit.

Seulement, là maintenant, c’est un peu compliqué. « J’espère que tu me comprends, chère petite banquise. La mi-session approche, je n’ai pas le temps là, de m’engager pour l’environnement. »

« Pareil pour moi, la banquise, je sais que ce n’est pas facile là, mais tant que je ne suis pas élu, je ne peux rien faire. Et même si je l’étais, je ne sais pas si je pourrais changer tant de choses que ça. J’y travaille, promis. »

Le beau parleur est une espèce en voie de prolifération, qui exprime des paroles séduisantes, mais pas toujours fiables. Une fois démasqué, il a plutôt l’allure d’un gros lourd dont la crédibilité est anéantie à jamais. Et si la Terre nous prenait tous pour des lourdauds ? Serait-ce si juste que ça ?

Avoir l’esprit tout vert

Des étudiants québécois se préparent actuellement à se rendre à la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP21), prévue en décembre à Paris, en tant qu’observateurs accrédités. Ils pourront soumettre leurs idées sur plusieurs thèmes de la négociation en session plénière, leurs travaux de recherche à l’appui (p. 10). Un colloque organisé récemment par le Centre d’études et de recherches internationales de l’UdeM et le Centre d’excellence sur l’Union européenne a été pour sa part l’occasion d’évoquer des pistes de solution en vue de la COP21 (p. 11).

La communauté universitaire se mobilise plus que jamais, par le biais d’actions individuelles, pour lutter contre le réchauffement climatique. Les initiatives liées au développement durable fleurissent à l’UdeM, et Quartier Libre s’en est souvent fait l’écho. Les campagnes de sensibilisation invitant les étudiants à poser des gestes concrets pour l’environnement sont nombreuses à l’Université (on retrouve certaines de ces actions à cette adresse : http://durable.umontreal.ca/actions/nos-gestes/). Il est d’ailleurs essentiel que ces campagnes ne s’essoufflent pas auprès des générations à venir, et pour les quelques étudiants qui ne se sentiraient toujours pas concernés.

Alors non, tout ça n’est pas du blabla. La volonté et les actions individuelles sont bien là. Et oui, si la Terre n’y croit plus, il y a quelque chose d’injuste là-dedans.

Notre chère planète doit comprendre que la clé de sa guérison tient aussi et surtout en l’action collective. Le problème est là. Engendrer sept milliards d’individus signifie aussi que ces sept milliards de personnes devront s’entendre sur un « pacte » pour des actions concrètes. La COP21 se lance cette année un défi de taille : maintenir le réchauffement mondial en dessous de 2 °C. 195 pays doivent pour cela accepter les compromis. Un sacré conseil de famille !

Voilà ce qui malheureusement, et peut-être à raison, rend de nombreux étudiants sceptiques. Des étudiants qui, ici, ont déjà l’impression de faire face à une certaine « apathie » politique à l’égard de l’environnement. Et le retrait du Canada du protocole de Kyoto en 2011 n’a pas vraiment pu les réconforter.

Car pires que les beaux parleurs, ils y a ceux qui ne promettent rien. Ceux avec qui aucun espoir n’est permis.

Ce silence est peut-être plus honnête, me direz-vous, que l’éternelle langue de bois. Si certains partis font des plans sur la comète en matière d’environnement pour gagner quelques voix, il y a effectivement ici quelque chose d’affligeant. Certains politiciens, espérons-le, veulent quant à eux vraiment faire avancer le dossier.

Souhaitons d’ailleurs que cette catégorie d’hommes politiques ne soit bientôt plus une exception. Quand les étudiants d’aujourd’hui, peut-être davantage sensibilisés aux enjeux environnementaux, occuperont les instances gouvernementales. Comble de l’histoire, s’ils tenaient leurs promesses une fois élus, ils seraient, en termes de cote de popularité, « les rois du pétrole ».

L’espoir fait vivre. Il y a bien de l’eau sur Mars.

Illustration : Marie-Claude Légaré

Illustration : Marie-Claude Légaré