Il se fait tard. Des étudiant·e·s de l’Université de Montréal (UdeM) travaillent dans le silence, jusqu’à ce qu’un bruit leur fasse lever la tête en sursaut. Leur regard se tourne vers un coin du local du pavillon Roger-Gaudry, d’où est venu le bruit en question. Pourtant, il n’y a rien. Seulement des néons blafards. Les étudiant·e·s replongent leur nez dans leurs cahiers, mais le malaise persiste. Le silence est revenu. Était-ce un fantôme ?
L’UdeM recèle de son lot de légendes : le fantôme de la sœur qui hante le pavillon Marie-Victorin, les histoires du pavillon Roger-Gaudry ou encore les tunnels secrets entre les pavillons. D’où viennent ces légendes et que représentent-elles ?
Les légendes du pavillon Roger-Gaudry
La professeure titulaire au Département d’anthropologie de l’UdeM Marie-Pierre Bousquet connaît d’ailleurs quelques histoires :
« Des histoires de silhouettes qu’on apercevait dans les fenêtres supérieures, là où personne ne va en général, confie-t-elle. Des bureaux qui se verrouillent tout seuls. Il y a également des histoires d’étudiants qui travaillent le soir à Roger-Gaudry et qui auraient eu le sentiment d’être observés, mais sans jamais savoir d’où. Il y a aussi la légende des tunnels secrets, ces réseaux de corridors qui relient différents pavillons du campus. Selon l’interprétation, ils seraient des passages condamnés, dont certains auraient été creusés pour servir de refuge pendant la guerre froide. Ils seraient aussi des accès oubliés sous le mont Royal, ou encore des sections qui auraient été fermées et dans lesquelles il y aurait d’anciens équipements scientifiques. »
Marie-Pierre Bousquet, la professeure titulaire au Département d’anthropologie de l’UdeM
Les légendes foisonnent aussi au sein de la Faculté de médecine. « Des laboratoires complètement vides où on entend des bruits, qui ne peuvent pas s’expliquer ni par la plomberie ni par l’électricité, poursuit Mme Bousquet. Des squelettes qui disparaissent ou qui se promènent tout seuls et qu’on retrouve à d’autres endroits. Des collections anciennes qui sont associées à des phénomènes étranges face auxquels on aurait un profond malaise. »
Le fantôme du pavillon Marie-Victorin
La professeure connaît la légende du fantôme du pavillon Marie-Victorin. « La légende de la sœur qui hante le pavillon Marie-Victorin ressort souvent, précise-t-elle. C’est intéressant, car c’est le genre d’histoire sur laquelle les versions varient : on aurait aperçu une ombre dans les couloirs ou entendu des bruits de pas, généralement le soir. »
Quelle est l’origine de la légende ? Le pavillon Marie-Victorin, anciennement l’Institut Jésus-Marie, était dirigé par les Sœurs des Saints-Noms-de-Jésus-et-de-Marie avant son rachat par l’UdeM en 1967. Un fait généralement peu connu de la communauté étudiante. « Lorsqu’on voit un fantôme, par exemple celui de la religieuse de Marie-Victorin, et qu’on est capable de l’identifier, ça veut dire que la légende nous a déjà été transmise par le passé, explique Mme Bousquet. Une légende raconte quelque chose sur une époque, c’est une vérité symbolique. Qu’elle soit vraie ou fausse, du point de vue des faits, symboliquement, elle est vraie, car elle explique quelque chose de réel. »
Et les légendes modernes à l’UdeM ?
L’étudiant de troisième année au baccalauréat en histoire à l’UdeM et rédacteur en chef de la revue étudiante Le Sablier Alexis Ciarciello ne connaît pas de légende sur l’Université. Le constat est le même du côté de ses camarades. « Je pense que les canaux de transmission sont maintenant différents, estime-t-il. On participe peut-être à la création de légendes pour les futurs étudiants, sans le savoir. »
