Se déplacer sur le campus de la montagne de l’Université de Montréal (UdeM) n’est pas toujours simple pour les étudiant·e·s en situation de handicap, notamment en raison de la superficie brute du campus, supérieure à 580 000 m2. Quartier Libre s’est donc intéressé aux enjeux d’accessibilité pour ces étudiant·e·s qui ont besoin de transports adaptés.
Lors des Championnats du monde sur route de 2026, qui se sont tenus du 20 au 26 septembre derniers, le parcours des cyclistes a traversé le campus de la montagne, par le chemin de la Rampe et celui de Polytechnique. Pendant qu’un bon nombre de partisan·e·s s’y étaient rassemblé·e·s pour encourager les athlètes, les étudiant·e·s membres de l’Alliance de la Montagne pour l’Écologie ont tenté de passer un message, à l’aide d’une banderole sur laquelle était écrit « Hey l’UdeM, on attend toujours notre bus ». Celle-ci faisait référence au projet de la ligne de bus 155, un transport encore inexistant, qui aurait traversé le campus de la Montagne, comme les cyclistes l’ont fait.
La porte-parole de l’UdeM, Geneviève O’Meara, affirme que l’Université offre déjà un service de transport adapté pour circuler sur le campus. Celui-ci, géré par le Soutien aux personnes étudiantes en situation de handicap (SPESH), du Centre étudiant de soutien à la réussite (CÉSAR), est cependant soumis à des règles strictes.
D’après un document des Services à la vie étudiante de l’UdeM sur les directives générales des transports adaptés, les étudiant·e·s qui sont admissibles à ce service doivent communiquer leur horaire « au commis à la réception du SPESH et identifier les plages horaires pour lesquelles un transport est demandé », celles-ci étant de 8 h à 16 h 30.
Le document indique également qu’« aucune réservation n’est acceptée la journée même » et qu’une annulation de transport doit être signalée deux heures à l’avance, autrement, « cela sera considéré comme une absence ». Or, au bout de deux absences injustifiées, « le service de transport pourrait cesser avec préavis ».
Un service d’aide défaillant?
L’étudiante de troisième année au baccalauréat par cumul en environnement, société, et transitions, Alex Quinty, a déjà eu accès au service de transport de l’UdeM à plusieurs reprises. Elle souffre d’une dystrophie musculaire, une faiblesse des muscles proximaux touchant les bras et les jambes. Ce handicap ne nécessite pas de fauteuil roulant, mais il l’empêche de marcher seule trop longtemps. « La démarche pour y accéder [au service de transport adapté] est conçue comme si on avait le temps, précise-t-elle. On doit communiquer avec le bureau, transmettre notre dossier, faire un entretien… C’est une charge mentale. »
Même si le service s’est amélioré, elle confie que les débuts ont été difficiles. Après plusieurs annulations et retards du taxi prévu, elle a découvert qu’elle était signalée comme ayant besoin d’une rampe, alors qu’elle n’est pas en fauteuil roulant. « Il n’y en a pas beaucoup et c’est très demandé, d’où les retards, explique-t-elle. Quand j’en ai parlé au SPESH, ça n’a rien changé. Il a fallu que j’appelle moi-même la société de transport et que je porte plainte contre l’UdeM pour que ça change. »
Les déceptions d’Alex ne se sont d’ailleurs pas limitées au service de transport. Selon elle, celui-ci semble peu informé des besoins des personnes souffrant d’un handicap physique. « On m’avait attribué une conseillère spécialisée, qui n’était informée et ouverte que sur les personnes avec des difficultés scolaires ou mentales, poursuit-elle. J’ai dû explorer l’école moi-même, malgré mon handicap, pour repérer les ascenseurs, etc. »
Un projet compromis
Le conseiller en développement des réseaux de la Société des transports de Montréal (STM), Simon Hamelin-Pratte, rappelle que le projet de la ligne de bus 155 répondrait à l’enjeu d’accessibilité universelle, puisque « cent pour cent de la flotte auraient des rampes accessibles pour les personnes à mobilité réduite ».
Le projet a été proposé par la STM en 2023 comme un complément de la ligne de bus 51. « Elle relierait la station Édouard-Montpetit et la station Côte-des-Neiges, tout en traversant le cœur du campus, ce qui faciliterait l’accès à l’Université depuis le REM », souligne M. Hamelin-Pratte. Le projet a cependant été abandonné en 2023, à la suite d’un refus de l’UdeM pour des raisons monétaires, mais aussi sécuritaires.
« Cela demande un budget de 300 000 dollars par année pour financer la signalisation, l’éclairage, l’entretien… ce qui n’est pas possible avant 2030 minimum », détaille Mme O’Meara. De plus, le projet de réaménagement en cours dans les pavillons Roger-Gaudry et Marie Victorin « compromettrait la sécurité des étudiants, à cause du passage fréquent de camions lourds ».
Ce projet de réaménagement vise d’ailleurs à améliorer la mobilité pour les personnes en situation de handicap moteur et à mettre en place « un parcours sans obstacle » comme l’Université l’indiquait dans un article d’UdeM Nouvelles, publié le 31 mai 2023.
