Sophie Descheneaux
Sophie Descheneaux lors d'un match de l'équipe de volleyball des Carabins © James Hajjar

Sophie Descheneaux : réussir autrement

À 20 ans, l’étudiante-athlète Sophie Descheneaux réussit à conjuguer études et volley-ball de haut niveau, malgré son handicap : née sans les cinq doigts de la main droite, elle s’est imposée sur le terrain et a intégré l’équipe féminine des Carabins

En septembre dernier, la jeune volleyeuse Sophie Descheneaux a rejoint les bancs de Polytechnique Montréal, où elle étudie à temps plein. Elle avait initialement entamé des études en génie informatique, avant de se tourner vers le génie industriel en cours d’année. 

Dans le cadre de son programme d’études, elle ne bénéficie pas de mesures d’adaptation, si ce n’est de la possibilité de s’absenter des cours après 15 h 30, afin de pouvoir s’entraîner à partir de 17 h. Du lundi au jeudi, elle enchaîne ainsi les cours et deux heures d’entraînement en soirée, et consacre ses vendredis et dimanches aux matchs. Quant au temps pour étudier, elle le trouve là où elle peut. « Je le prends pendant les pauses entre les cours et l’entraînement ou le soir, car en fin de semaine, j’en ai très peu », explique l’étudiante.

Cet emploi du temps chargé laisse peu de place à l’improvisation, mais ce rythme convient à Sophie, dont les proches saluent souvent la force mentale et la persévérance. Sa vie sociale s’adapte naturellement à ce mode de vie. « J’ai grandi dans le monde du volley, donc mes amies, ce sont surtout les filles de mon équipe ou celles d’autres équipes, avoue-t-elle. Ma vie sociale, je la vis après les matchs, quand je vois les filles contre qui j’ai joué. » 

C’est souvent cette sororité qui lui permet de rester motivée, car sa passion pour le volley-ball n’exclut pas quelques moments de doute. « Parfois, tu as des pratiques plus difficiles et tu te dis : “Crime, j’y mets tellement d’heures de ma vie !”, et à un moment donné, tu te poses des questions, confie-t-elle. Mais je me rappelle qu’avec les filles, on est toutes ensemble là-dedans et, au final, la raison pour laquelle je fais ça, c’est vraiment pour les autres. On se soutient, on est toutes tellement proches que même quand c’est dur, on a du fun. »

Maîtriser le jeu autrement

Plus jeune, Sophie a dû faire preuve d’une certaine adaptation pour ajuster ses gestes techniques, car son bras droit est plus court que l’autre. « Pour faire une manchette, j’ai dû apprendre à garder une plateforme droite pour que les deux bras touchent la balle en même temps », précise-t-elle. La touche a aussi représenté un défi. « J’ai un poignet, mais pas une deuxième main pour le compléter », poursuit-elle. Elle a intégré ces différents ajustements dès le début de sa pratique du volley-ball, à douze ans, et ces gestes sont depuis devenus automatiques.

Néanmoins, il lui faut parfois se montrer d’autant plus stratégique, car sa surface de bloc est réduite, et ses adversaires peuvent en tirer avantage. « C’est sûr que parfois, il y a des balles que j’aurais peut-être pu aller chercher si j’avais une deuxième main, mais on est compréhensif et on passe au prochain point », admet-elle.

Cette capacité d’adaptation transparaît dans le regard de l’entraîneur de l’équipe féminine de volley-ball des Carabins depuis 2003 et entraîneur de Sophie depuis le mois de septembre, Olivier Trudel. Pour lui, le handicap de Sophie n’est pas un obstacle. « Elle est capable de tout faire, au gym comme sur le terrain », affirme-t-il. 

« C’est sûr que parfois, il y a des balles que j’aurais peut-être pu aller chercher si j’avais une deuxième main, mais on est compréhensif et on passe au prochain point »

Sophie Descheneaux

À l’entraînement, l’étudiante-athlète, qui mesure près de 1,90 m, ne bénéficie d’aucun traitement particulier. « Mis à part peut-être au bloc, où on essaye de la coller à l’antenne pour qu’elle ait moins d’espace d’attaque, mais sinon, il n’y a pas de compensation », poursuit M. Trudel. Selon lui, l’intégration de Sophie dans l’équipe s’est faite très rapidement, notamment parce que tout le monde la connaissait déjà sur le circuit québécois. « Notre culture d’équipe est très favorable aux différences individuelles, peu importe ce qu’elles sont », ajoute-t-il. 

L’entraîneur de Sophie décrit volontiers cette dernière comme une « force tranquille, compétitive et mentalement forte ». « C’est une joueuse physique et très complète, autant au service qu’en défense, au bloc ou à l’attaque, souligne-t-il. Et puis elle est très rigoureuse à l’entraînement, donc sa courbe d’amélioration est rapide. Elle a aussi cette qualité spéciale, qui est que dans les moments importants, c’est souvent là qu’elle est à son meilleur. » M. Trudel ne cache pas son admiration pour sa volleyeuse. « J’ai beaucoup de respect et d’admiration pour elle, parce que ça n’a pas dû être facile au début, concède-t-il. Mais elle a persévéré au fil des années, elle a été courageuse dans son processus, et ça me rend très fier d’elle. »

Inévitablement, la question des limites liées au handicap de Sophie se pose. Est-ce qu’il pourrait, un jour, freiner sa progression ? Pour l’attaquante de l’équipe, hors de question de se donner des excuses. « Si je ne fais pas l’équipe canadienne, je ne mettrais jamais la faute sur le fait que je n’ai qu’une seule main, précise-t-elle. Elles sont tellement fortes, c’est un très faible pourcentage de gens qui s’y rendent, et il y a tellement d’autres facteurs… » 

Pour l’heure, elle se concentre sur la suite de la saison et les objectifs collectifs. ​​« Notre objectif de base est de se rendre aux championnats provinciaux, puis aux championnats canadiens », poursuit-elle.

Sophie Descheneaux
Sophie Descheneaux lors d’un match de l’équipe de volleyball des Carabins. © James Hajjar

L’exigence comme référence

Les athlètes qui inspirent Sophie ne viennent d’ailleurs pas nécessairement du milieu du handisport, non seulement parce que le volley-ball compte peu d’athlètes présentant un handicap aux membres supérieurs, mais aussi parce que c’est une façon pour elle de se surpasser. « C’est vrai que je me compare surtout à des athlètes “valides”, avoue-t-elle. Je veux me prouver que je suis capable de faire comme tout le monde. »

Pour autant, l’étudiante-athlète ne ferme pas complètement la porte au handisport, mais les perspectives restent aujourd’hui limitées dans sa discipline. « S’il y avait eu une équipe féminine d’athlètes en situation de handicap des membres supérieurs aux Jeux paralympiques, c’est sûr que j’aurais voulu tenter ma chance, mais ça n’existe pas», regrette-t-elle. Aujourd’hui, seul le volley-ball assis est proposé. Sophie mentionne d’ailleurs avec humour avoir été contactée pour essayer. « J’ai refusé l’offre pour l’instant, parce que moi, ça ne m’avantage pas, mais peut-être qu’un jour, quand je n’aurais plus de genoux parce que j’aurais trop sauté, je vais vouloir essayer ! », mentionne-t-elle.

Sophie Descheneaux : Jeux paralympiques

Partager cet article