L’Assemblée universitaire a lieu dix fois par an et réunit une centaine de membres de la communauté universitaire autour de questions d’administration générale de l’Université. © Patrick MacIntyre
L’Assemblée universitaire a lieu dix fois par an et réunit une centaine de membres de la communauté universitaire autour de questions d’administration générale de l’Université. © Patrick MacIntyre

PL94 et orthophonie : « On ne pourra pas admettre d’étudiantes qui portent le voile »

L’École d’orthophonie et d’audiologie de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal (UdeM) pourrait être contrainte de ne plus admettre d’étudiantes voilées en raison du projet de loi 94 (PL94) sur la laïcité dans les écoles. À défaut de garantir les stages obligatoires auprès de jeunes d’âge scolaire, l’École pourrait mettre son agrément en péril.

« On ne pourra pas admettre d’étudiantes qui portent le voile, même si celles-ci pourraient travailler dans les milieux de santé qui ne sont pas touchés par le PL94 », a affirmé la professeure titulaire à l’École Natacha Trudeau lors de l’assemblée universitaire du lundi 26 janvier dernier. « C’est discriminant, et ce sont encore les programmes à prédominance féminine qui en paient le prix », a-t-elle ajouté.

Le recteur de l’UdeM, Daniel Jutras, a mentionné durant la séance ne pas pouvoir commenter le sujet en raison de sa judiciarisation.

Quant à la situation de l’École, il a indiqué que « Mme Trudeau a parfaitement raison dans son analyse ». L’enjeu est sérieux, a-t-il déclaré, « non seulement en termes d’agrément, mais parce qu’on a aussi garanti à ces gens un parcours académique qui conduit à certaines accréditations professionnelles. »

Stages obligatoires, agrément en jeu

Pour conserver son agrément et former des orthophonistes et audiologistes reconnus par leur ordre professionnel, l’École doit démontrer que chaque personne diplômée a obtenu des heures de formation en milieu clinique. Selon Mme Trudeau, l’École peinerait à se conformer à cette exigence dans le cas des étudiant·e·s portant un signe religieux, notamment le voile.

Le gouvernement provincial a adopté le PL94 le 30 octobre dernier. Celui-ci élargit l’interdiction du port de signes religieux dans le réseau scolaire public du Québec. Même si des stages existent dans le réseau de la santé ou en milieu privé, les centres de services scolaires (CSS) demeurent le principal pourvoyeur de stages en orthophonie.

Or, en novembre dernier, le CSS de Montréal (CSSDM) a indiqué à l’UdeM que l’interdiction s’appliquera « à tous les employés, incluant les stagiaires », comme le rapporte la porte-parole de l’UdeM, Geneviève O’Meara, en entrevue.

L’avis a surpris l’Université, alors que plusieurs autres centres ont suivi le cas du CSSDM. « Les stagiaires n’étaient pas nommés nommément durant les travaux [parlementaires], indique Mme O’Meara. On parlait d’employés. »

En outre, l’UdeM considère qu’une clause des droits acquis s’applique aux stagiaires. En d’autres mots, les étudiant·e·s qui ont obtenu un stage avant la fin du trimestre d’hiver 2026 devraient pouvoir continuer de porter un signe religieux dans une école publique.

La marge de manœuvre restante

En plus de la formation en orthophonie, les mesures du PL94 en contexte de stage touchent le programme de baccalauréat de la Faculté des sciences de l’éducation, préalable au brevet d’enseignement.

Jusqu’à présent, seules des étudiantes ont communiqué des inquiétudes à la Faculté quant à la suite de leur parcours, affirme Mme O’Meara.

« Dans le contexte actuel, l’Université fait tous les efforts nécessaires pour trouver des accommodements pour ses étudiantes et tenir la promesse qu’on leur a faite », a assuré M. Jutras. La stratégie principale est de replacer les étudiantes dans le réseau privé, précise Mme O’Meara.

Le recteur de l'UdeM Daniel Jutras assure que l'Université tente de trouver un accomodement à au projet de loi 94 (PL94). © Carla Roche
Le recteur de l’UdeM Daniel Jutras assure que l’Université tente de trouver un accomodement à au projet de loi 94 (PL94). © Carla Roche

Pour la session d’hiver en cours, l’UdeM révèle avoir replacé moins de dix étudiantes en orthophonie dans des milieux de pratique privée.

Cette option pourrait toutefois s’amenuiser. Mme O’Meara rappelle qu’un autre projet de loi, le PL9, prévoit d’étendre l’interdiction du port de signes religieux aux établissements privés du Québec.

La Faculté des sciences de l’éducation envisage ainsi des stages dans d’autres provinces canadiennes ou à l’international. « Ce sont des solutions qui ne se trouvent pas à court terme », nuance toutefois la porte-parole de l’UdeM.

Sur une vingtaine d’étudiantes en sciences de l’éducation touchées par les mesures du PL94, trois sont en dernière année et doivent obtenir un stage cette session, selon Mme O’Meara. Pour les autres, il y aurait davantage de temps, estime-t-elle.

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