Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois, lors du débat des chefs de Noovo et Crave - Courtoisie : Noovo et Crave / Paul Ducharme
Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois, lors du débat des chefs de Noovo et Crave - Courtoisie : Noovo et Crave / Paul Ducharme

Que pensent les jeunes souverainistes du positionnement politique du Parti québécois ?

Le Parti québécois (PQ) est historiquement associé à la social-démocratie et à son fondateur, René Lévesque, mais aujourd’hui, certaines positions du parti, notamment sur l’immigration et l’identité, évoquent davantage des positions de droite. Face à ce changement, Quartier Libre s’est intéressé aux jeunes souverainistes, dont le vote peut pencher à droite comme à gauche.

La co-coordonnatrice du comité souverainiste de l’UQAM Ana Paola Ortega estime que le mouvement souverainiste est aujourd’hui fortement associé au PQ et que certaines positions du parti, surtout en matière d’immigration, donnent l’impression que le mouvement s’est globalement déplacé vers la droite.

Un mouvement inclusif ?

Selon elle, ce virage aurait donc comme effet d’éloigner certains souverainistes de gauche. « On a de moins en moins de membres, et même des membres qui quittent, parce qu’ils trouvent que le mouvement s’en va trop à droite », explique-t-elle. Elle souligne d’ailleurs que certaines personnes issues de l’immigration ne se reconnaissent plus dans le mouvement.

Elle-même immigrante de deuxième génération, son père étant d’origine mexicaine, Mme Ortega trouve que certaines positions du PQ sur le voile et la réduction de l’immigration sont difficilement conciliables avec un mouvement qui se décrit comme inclusif. « J’ai honnêtement du mal à voir comment on peut bien concilier ça avec un discours contre le port du voile en public », indique-t-elle. 

Cette remarque renvoie au Rapport de consultation de la société civile sur l’avenir du Québec que les Organisations unies pour l’indépendance (OUI Québec), qui militent de manière non partisane pour l’indépendance du Québec, ont sorti en mai dernier. Celui-ci révélait que plusieurs organismes dénoncent une fragilisation du vivre-ensemble et une attitude peu accueillante du mouvement souverainiste envers les personnes issues de l’immigration. 

Au début de la campagne électorale, le chef du PQ et nouveau premier ministre désigné, Paul St-Pierre Plamondon, s’est attiré de vives critiques lorsqu’il a associé le débordement dans les écoles à l’immigration. Fait notable, le terme « immigration » a été le mot le plus utilisé par celui-ci lors de sa campagne, selon un outil développé par les chercheurs du Centre d’analyse de politiques publiques de l’Université Laval. 

Sur sa plateforme électorale, le PQ propose de réduire fortement l’immigration temporaire et de fixer le seuil d’immigration permanente à environ 35 000 nouveaux résidents permanents par année. Il souhaite également resserrer les critères concernant les travailleurs étrangers temporaires et augmenter les exigences du français pour certains immigrants.

Concilier la droite et la gauche

Lors du débat des chefs de Noovo et Crave, un journaliste de Quartier Libre sur place a posé à M. St-Pierre Plamondon des questions sur les jeunes souverainistes qui hésitent à voter en sa faveur en raison de ce virage vers la droite. Interrogé sur le positionnement politique du parti, le chef du PQ a réaffirmé son accueil à tous les souverainistes. « Le Parti québécois va faire de la place, tant pour les indépendantistes de droite que pour ceux de gauche », a-t-il assuré. 

Le nouveau premier ministre a d’ailleurs précisé que, selon lui, « il y a des jeunes très à droite aussi qui constatent que leur pouvoir d’achat et leurs chances d’avoir une propriété sont nuls. On a une réponse vraiment bonne et utile pour eux, et en même temps, sur les questions d’avenir à long terme, comme l’environnement. On demeure le seul parti à avoir déposé un plan sérieux et crédible […] donc on a quand même une offre politique qui est substantielle par rapport aux questions d’avenir de la génération des 18 à 35 ans ». 

Mme Ortega avoue être sceptique quant à la possibilité de réunir facilement la gauche et la droite souverainiste, comme le souhaite le chef du PQ. Elle met en cause le manque d’inclusivité au sein du mouvement et rappelle qu’à l’époque de René Lévesque, ce dernier « voulait que tout le monde en fasse partie ». 

Selon M. St-Pierre Plamondon, le besoin de changement joue aussi en sa faveur en ce qui a trait au vote des jeunes de 18 à 35 ans. « Si on leur donne le choix entre toujours la même chose qui fonctionne plus ou moins ou un changement, ils vont être plus intéressés par le changement », a-t-il affirmé.

Partager cet article