Le spectre du président américain, Donald Trump, hante la campagne électorale québécoise. Dessin: Wendy Kim Pires
Le spectre du président américain hante la campagne électorale québécoise. Dessin: Wendy Kim Pires

L’effet Trump au Québec

Les tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis ne cessent d’augmenter. Elles ont pris un nouveau virage le 22 août dernier lorsque Washington a évoqué la souveraineté culturelle du Québec. Cette déclaration reconfigure la campagne électorale québécoise, qui s’achèvera le 5 octobre prochain, et remet en question le calendrier référendaire du Parti québécois (PQ).

« Le Parti québécois s’engage à ne pas tenir de référendum tant que Donald Trump sera président », a affirmé le chef du parti, Paul St-Pierre Plamondon, en août dernier, quant à la possibilité d’un référendum au cours de la première partie de son mandat, s’il est élu.

Le premier ministre du Canada, Mark Carney, a également illustré l’instabilité de la Maison-Blanche trois jours après la déclaration de M. St-Pierre Plamondon, en annonçant l’échec des pourparlers entre Ottawa et Washington. Il a évoqué des « menaces à l’encontre de la langue française et de la culture québécoise » de la part du président des États-Unis. Dans ce contexte, le professeur émérite au Département de science politique de l’Université Laval Louis Balthazar ne comprend pas les critiques à l’encontre du report d’un référendum lancé par le PQ. Pour lui, Donald Trump est « une variable de trop » pour la tenue de celui-ci.

Mark Carney, défenseur des enjeux québécois ?

Pour le doctorant au Département de science politique de l’Université de Montréal (UdeM) Calvin Khalesi, qui réside aux États-Unis, la question de la langue française n’est pas un véritable enjeu pour Washington. Pour lui, cette déclaration est avant tout le fruit de « la nature aléatoire » de l’administration Trump, qui « prend une décision, puis l’oublie ou change totalement d’avis le lendemain ». Les propos du président américain témoignent surtout de son manque d’intérêt à conclure un accord économique sincère avec le Canada, selon lui.

La prise de position de M. Carney tend à ériger le Canada en défenseur du Québec face au géant américain. « Depuis son arrivée au pouvoir, Mark Carney n’a pas fait ses preuves sur les enjeux québécois », nuance néanmoins M. Balthazar. 

De son côté, M. Khalesi explique que le gouvernement fédéral essaie de montrer aux Québécois·es que le moment n’est pas propice à une indépendance. En réalité, Ottawa « n’a pas non plus intérêt à se départir de l’une de ses provinces, surtout la deuxième plus importante économiquement », souligne-t-il.

« Le Québec doit trouver une manière d’équilibrer ses intérêts culturels et identitaires avec sa sécurité économique et politique »

Calvin Khalesi, doctorant au Département de science politique à l’Université de Montréal.

Le référendum mis à l’épreuve américaine

M. Balthazar estime difficile de prédire la position de Donald Trump sur un référendum : il pourrait « faire tout ce qu’il peut pour empêcher le Québec d’accéder à la souveraineté » ou, au contraire, être « très heureux que le Québec y parvienne ». Selon lui, le président des États-Unis pourrait y voir une manière de briser le Canada et également de conforter ses idées quant à une éventuelle annexion du Canada aux États-Unis. Le professeur juge donc pertinente la décision de M. St-Pierre Plamondon d’attendre un moment plus favorable pour tenir un référendum.

Il rappelle aussi le caractère « exceptionnel » de ces élections dans l’histoire du Québec. D’après lui, la province a toujours été plutôt pro-américaine. Or, la politique américaine actuelle force, selon M. Khalesi, « chaque premier ministre de chaque province à essayer de se présenter comme celle ou celui qui peut mieux faire face à un gouvernement américain agressif ». 

Les tensions entre le Canada et les États-Unis jouent donc un rôle non négligeable dans ces élections. Selon M. Balthazar, elles pourraient même constituer le principal facteur permettant à l’actuelle cheffe de la Coalition Avenir Québec (CAQ), Christine Fréchette, de l’emporter face au chef du PQ. Il y voit « un vote de prudence » de la part de l’électorat québécois, qui a pu observer sa capacité « à collaborer avec M. Carney et à résister au diktat américain ».

Face à l’issue incertaine de ces élections, M. Khalesi insiste sur l’importance pour le Québec de « trouver une manière d’équilibrer ses intérêts culturels et identitaires avec sa sécurité économique et politique ». Il rappelle que, même si le référendum a lieu à la fin d’un hypothétique mandat de M. St-Pierre Plamondon, le risque de l’arrivée d’un autre gouvernement ultraprotectionniste américain après celui de Donald Trump n’est pas à exclure pour la province.

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