Excellence, respect, amitié. Au cœur des Jeux olympiques (JO), ces trois valeurs soulignent la capacité des personnes à dépasser leurs limites dans un esprit de compétition pacifique. Le tournoi incarne un symbole de coopération internationale, une pause dans le temps pour célébrer ce qui unit le monde à travers le sport. C’est, du moins, le discours du Comité international olympique (CIO) pour les Jeux d’hiver de Milano-Cortina, qui se déroulent du 6 au 22 février. Mais en 2026, ces valeurs parlent-elles encore à la communauté étudiante de l’Université de Montréal ?
« Disons qu’il y a plusieurs façons de définir l’excellence, déclare spontanément l’étudiante au baccalauréat en psychologie Marie-Ève. Ça va vraiment dépendre des gens, des cultures, des pays. ». La notion de respect lui serait floue; elle soulève, entre autres, un manque de reconnaissance envers les enjeux de diversité sexuelle et de genre. « C’est quelque chose qui peut être assez mitigé encore dans les valeurs olympiques », ajoute-t-elle.
Pour l’étudiant au baccalauréat en administration des affaires à HEC et joueur de badminton pour les Carabins Saruth, le respect est ce qui lui semble le plus fondamental. « Que tu gagnes ou que tu perdes, à la fin de la journée, c’est toujours important que tu puisses parler, puis respecter ton adversaire, explique-t-il. Ça s’applique aussi à d’autres aspects dans la vie. »
Cette valeur est donc valable pour le sport, mais jusqu’à quelle échelle peut-elle s’appliquer à la vie ? Les Jeux d’hiver de Milano-Cortina battent leur plein et le Comité olympique a décidé, avant les JO, d’exclure la Russie et la Biélorussie en raison de l’invasion ukrainienne. « Je trouve que c’est une question de définir pour le CIO où s’arrête le respect, l’excellence, puis l’amitié », estime Marie-Ève.
Les deux côtés de la médaille
Cette décision souligne la dimension politique des JO et soulève plusieurs questions, ainsi que de possibles contradictions. Les rivalités des uns et des autres devraient-elles être mises de côté et chaque pays devrait-il participer, ou exclure ceux qui n’adhèrent pas aux valeurs olympiques serait-il préférable ?
« OK, donc ça, c’est peut-être un hot take, prévient Sharut. Moi, je pense qu’il y a de super bons athlètes. Par exemple, aux États-Unis, ils ne sont pas en train de penser au Venezuela puis à causer des problèmes. » L’étudiant fait ainsi référence à un scénario où les Américains seraient exclus des Jeux pour avoir récemment capturé le président vénézuélien Nicolas Maduro. Selon lui, les athlètes ne devraient pas être punis en raison des décisions que prend leur pays.
Marie-Ève, elle, ne partage pas le même avis. « Je suis 100 % d’accord que les pays qui ne respectent pas les valeurs devraient être bannis, soutient-elle. Je pense que les athlètes peuvent quand même concourir. Par exemple, les athlètes russes, qui ont déjà pu concourir sous un autre drapeau, mais laisser concourir un pays qui fait vraiment des crimes de guerre, puis commet des horreurs dans le monde, je ne pense pas que ce soit une bonne idée. »

Deux poids, deux mesures
Comment définir, donc, qui participe et qui est exclu ? Pour le professeur au Département de géographie de l’UQAM et expert en géopolitique du sport Yann Roche, les JO reproduisent les rapports de force mondiaux plutôt que des valeurs communes. « Certains pays ont plus d’importance, de puissance, que d’autres, explique-t-il. Ils sont des alliés très fidèles qui feront en sorte que, quelle que soit la situation, un peu comme à l’ONU, on va avoir des sanctions qui seront prises contre certains et pas contre d’autres, malgré des comportements qu’on pourrait considérer comme semblables. »
Exclure des pays ou exiger que certains participent sous d’autres bannières, à l’exemple de Taiwan, qui le fait sous l’appellation « Taipei chinois », remettrait donc en question le système de valeurs international. Qui est excellent, qui est respectueux, qui est un ami ? Pour M. Roche, cet enjeu n’a pas fini de faire couler de l’encre. « On a l’impression, depuis un certain temps, et par rapport à la perception que peuvent en avoir les jeunes qui sont pas mal politisés sur certains enjeux, qu’il y a un deux poids deux mesures, ce qui entraîne parfois un certain sentiment désabusé par rapport à ce fameux idéal olympique », ajoute-t-il.
L’idéal olympique à l’épreuve du réel ?
« Le sport, puis la politique, sont deux choses différentes, estime l’étudiant au doctorat en médecine Nabil. Le sport, c’est une façon aussi de contourner un peu ces choses-là, puis d’aller de l’avant. » Le jeune homme prône la neutralité, ajoutant que l’événement a lieu dans « différents pays du monde, donc ce n’est pas associé nécessairement à un pays en tant que tel. » N’est-ce pas ce que les valeurs olympiques prônent ?
« Normalement, oui, mais ça a rarement été le cas », nuance M. Roche. Il y aurait donc une dissonance entre les valeurs énoncées et le résultat d’une certaine forme de gouvernance. Le professeur de géographie précise que la dimension politique des JO s’observe dans des rapports de forces documentés.
« C’est l’idée selon laquelle il y aurait un respect de la compétition en tant que telle, dans les discours en tout cas, même si on voit régulièrement que c’est les mêmes pays qui gagnent le chapelet des médailles, qui ont le plus d’athlètes, qui mettent le plus d’argent, poursuit-il. Donc, là aussi, il y a une hiérarchie des pays en fonction de leurs moyens économiques et de leur niveau de développement par rapport à l’olympisme. »
Chaque pays devrait donc pouvoir participer, mais même sans exclusions ou sanctions, les valeurs olympiques peuvent-elles surmonter ces dynamiques de pouvoir ? M. Roche en doute. « C’est un peu comme le fameux bouquin d’Orwell, La Ferme des animaux, illustre-t-il. Tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres. »