Et si vous écriviez l’histoire du jeu vidéo au Québec?
En raison du vieillissement de la population et de l’obsolescence des technologies, certains souvenirs et supports risquent de disparaître : pour les chercheur·euse·s, le projet doit voir le jour maintenant ou jamais.

Et si vous écriviez l’histoire du jeu vidéo au Québec ? 

Le 30 avril dernier, une trentaine de personnes issues du milieu vidéoludique et universitaire se sont réunies à l’Université de Montréal (UdeM) pour assister au lancement officiel d’un projet inédit : retracer plus de 50 ans d’histoire du jeu vidéo au Québec. Porté par le Laboratoire universitaire de documentation et d’observation vidéoludique (LUDOV) de l’UdeM, le projet vise à documenter une mémoire encore largement méconnue à partir de témoignages du public.  

« Pas besoin d’avoir les cheveux longs et de connaître tous les jeux sur le bout des doigts pour venir nous parler », plaisante l’équipe du LUDOV. « Nous, on veut des expériences, qu’elles soient marquantes ou ordinaires. »

Grâce à ce projet, intitulé 1967-2020 : plus de 50 ans d’histoire du jeu vidéo, les chercheur·euse·s souhaitent réaliser une première histoire socioculturelle de cette discipline au Québec. Le projet tire ses origines de l’Exposition universelle de 1967 de Montréal, où avait été présenté l’un des premiers films interactifs. L’objectif est de comprendre comment le jeu vidéo a été vécu au quotidien par la population québécoise, en recueillant souvenirs et expériences. 

Parents, enfants, joueur·euse·s occasionnel·le·s, journalistes, propriétaires d’arcades ou simples curieux·ses sont invité·e·s à partager leurs souvenirs. L’équipe souhaite ainsi toucher un large éventail de participant·e·s, quelles que soient leurs connaissances du jeu vidéo.

« On écrit beaucoup sur le développement des studios, des emplois et des jeux à succès, mais très peu sur ce que les gens ont vécu », soulignent les chercheur·euse·s qui souhaitent faire émerger une « couleur propre au Québec ».

Une collecte de données structurée à l’échelle du Québec

Le projet s’articule autour de quatre volets complémentaires. D’abord, une carte interactive permet aux citoyen·ne·s de situer leur expérience sur la carte du Québec et de déposer un témoignage sur la plateforme en ligne du LUDOV. Ensuite, des entrevues vidéo sont réalisées afin de documenter plus en détail les parcours individuels.

Un troisième volet consiste à rassembler les articles journalistiques traitant du jeu vidéo : environ 3 000 ont déjà été recensés. Enfin, une sélection de jeux québécois jugés importants est mise en valeur sur la plateforme, accompagnée de fiches explicatives pour chacun d’eux. 

L’équipe prévoit également de se déplacer dans différentes régions afin d’élargir la collecte de données et d’attirer des participant·e·s au-delà des grands centres.

Prévu jusqu’en 2030, le projet  commence sans base d’archives centralisée au Québec. « On est les premiers, donc on ne peut s’appuyer sur rien », a précisé le directeur du Département d’histoire de l’art, de cinéma et des médias audiovisuels de l’UdeM, Bernard Perron, dans le cadre d’une discussion entre Quartier Libre et l’équipe de chercheur·euse·s. Celle-ci envisage la publication d’un livre, la réalisation d’une série documentaire et la mise en place d’expositions. 

 Et si vous écriviez l’histoire du jeu vidéo au Québec ?
Lors du lancement du 30 avril 2026, Dominic Arsenault a présenté le projet, rappelant que l’absence de dépôt légal pour les jeux vidéo au Québec complique le travail des chercheurs, faute d’archives complètes.

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