Le premier ministre démissionnaire du Québec, François Legault, et la ministre de l’Enseignement supérieur, Martine Biron, étaient présents à Polytechnique Montréal le mardi 10 février dernier, afin de donner le feu vert au projet d’agrandissement et de modernisation de l’école d’ingénierie. Québec financera 268,6 millions de dollars de celui-ci, évalué à 356,2 millions de dollars.
Le gouvernement dit vouloir augmenter la capacité d’accueil de l’école pour pallier le manque d’ingénieur·e·s au Québec. À terme, ce projet permettra d’accueillir 520 étudiant·e·s supplémentaires chaque année. À l’automne 2025, Polytechnique comptait 10 900 étudiant·e·s inscrit·e·s, soit plus du double d’il y a 25 ans, selon Mme Biron.
Le financement servira notamment à l’acquisition du pavillon J.-Armand-Bombardier, qu’occupait auparavant l’UdeM, ainsi qu’à sa rénovation et à son agrandissement. Néanmoins, même grâce à l’ajout de ce pavillon, Polytechnique Montréal « a encore un déficit d’espace de 21 000 mètres carrés », a précisé la directrice générale de Polytechnique, Maud Cohen à Quartier Libre.
Le projet prévoit également la construction d’une nouvelle aile et d’un lien souterrain entre le nouveau pavillon et le bâtiment principal de l’école d’ingénierie pour éviter le froid durant l’hiver. L’école projette de lancer ce chantier fin mars, et de le terminer d’ici le printemps 2031.
Former plus d’ingénieur·e·s à la Polytechnique pour innover au Québec
Lors de sa conférence de presse, M. Legault s’est réjoui de l’incidence de ce projet sur la formation de la relève d’ingénieur·e·s, tout en insistant sur l’importance de l’innovation scientifique.
« L’avenir du Québec, mais je dirais l’avenir du monde passe par l’innovation et l’innovation, ça passe beaucoup par les ingénieurs, et c’est encore plus vrai avec ce qu’on vit en ce moment. »
-François Legault, premier ministre démissionnaire du Québec.
Selon Mme Cohen, l’innovation passe plus particulièrement par les cycles supérieurs (DESS, maîtrise et doctorat), où l’on retrouve une forte proportion d’étudiant·e·s internationaux·ales. Elle affirme qu’au cours des deux dernières années, le nombre d’élèves internationaux inscrits aux cycles supérieurs a diminué de 18,1 %, et de 30 % au doctorat.
« Au niveau des cycles supérieurs, c’est là qu’on sent plus fortement cette baisse-là, analyse-t-elle. Il y a différents facteurs pour ces derniers : d’abord tout le bruit ambiant sur l’accueil au Québec, qui n’est peut-être pas nécessairement très bon, ainsi que les conditions moins favorables d’immigration. C’est une combinaison de facteurs. »
De nombreuses universités du Québec, telles que l’Université Sherbrooke, l’UQAM et l’UdeM, dénoncent une baisse des inscriptions en raison des mesures du gouvernement caquiste en matière d’immigration. Leurs critiques visent notamment la fermeture du Programme d’expérience québécoise (PEQ) et la création du Programme de sélection de travailleurs qualifiés (PSTQ).
En pleine course à la chefferie de la Coalition avenir Québec (CAQ), la députée Christine Fréchette s’est engagée mardi à rouvrir le PEQ pendant deux ans si elle est élue. Le journaliste et politicien Bernard Drainville a annoncé lundi vouloir plutôt mettre en place une clause de droits acquis selon des critères plus stricts que ceux du PEQ.
Malgré les conséquences de ces mesures sur l’attrait du Québec pour les étudiant·e·s internationaux·ales, Mme Cohen affirme que le projet de modernisation du campus aidera Polytechnique à rester compétitive pour attirer des élèves dans les programmes de cycles supérieurs.
« C’est un facteur d’attraction, très certainement, assure-t-elle. Qu’il y ait des mesures d’immigration ou pas, pour nous, la capacité d’attirer des étudiants aux cycles supérieurs est nettement augmentée par l’ajout de ces espaces. Ça va aider. »