Du 18 au 22 mars derniers s’est déroulée la 30e édition du festival international du court métrage au Saguenay REGARD, un événement québécois incontournable. Regroupant des cinéastes et cinéphiles de tous horizons, il fait rayonner la province dans le monde entier.
« Lors des deux premières éditions, le festival présentait principalement des longs métrages, explique la directrice de la programmation de REGARD, Mélissa Bouchard. C’est seulement à partir de la troisième année que la décision de se concentrer uniquement sur le court métrage a été prise. »
C’est grâce à l’essor du court métrage dans le milieu du cinéma québécois à la fin des années 1990 que le festival, qui était alors le seul à présenter des formats courts au Québec, a trouvé sa niche. « Le court métrage, ça donne une visibilité et une crédibilité à des cinéastes qui commencent et qui essaient », précise-t-elle.
REGARD est un pont entre les cinémas québécois et international. L’édition de 2026 a reçu plus de 1 700 films de 120 pays parmi lesquels seuls 182 ont été retenus pour être diffusés dans les différentes salles situées entre Chicoutimi et Jonquière, qui peuvent chacune accueillir entre 600 et 900 personnes.
Sur l’ensemble des films présentés cette année, 77 provenaient de l’imagination de réalisateurs québécois.
« On invite un festival à présenter une carte blanche, et les autres festivals à l’international nous invitent à présenter des films québécois, poursuit Mme Bouchard. C’est comme ça qu’on fait connaître le cinéma québécois à l’étranger et qu’on crée de nouveaux liens. »
Pourquoi « Tourner à tout prix »
La catégorie « Tourner à tout prix » rassemble des films n’ayant pas reçu de financement, qui représentent l’urgence de créer, sans contraintes institutionnelles. Pour Mme Bouchard, elle est l’essence même du festival et de la création des courts métrages.
La réalisatrice du documentaire Greluche, Daphnée Côté-Hallé, est du même avis. Elle estime que cette catégorie donne une chance aux cinéastes qui « sortent du moule », en plus de permettre une certaine liberté dans le processus.
Le court métrage de Mme Côté-Hallé porte sur la mère de celle-ci, une femme non conventionnelle, clown de carrière. Le film a obtenu une mention spéciale du jury.
« Le “Tourner à tout prix”, c’est dormir chez ma mère, sortir le soir, dans la journée, sans trop de plans, explique la réalisatrice. J’avais l’impression de faire un travail de cégep de bonne qualité. C’était très artisanal. »
Un autre film ayant retenu l’attention est celui issu de la collaboration entre les cinéastes Romy Boutin St-Pierre, Nada Cheddadi et Karima Zouhair, intitulé Sara & Fatima. Le court métrage met en scène la rencontre de deux femmes qui apprennent à se connaître à travers leurs vulnérabilités, dans la beauté et l’hostilité du désert marocain. Très différentes en apparence, elles partagent la volonté de vivre librement, à l’abri des standards et des attentes de la société.
Pour Mme Boutin Saint-Pierre, « Tourner à tout prix » permet de catalyser le pouvoir de saisir l’instant. « Ton projet va peut-être être moins solide en termes de réflexion, mais plus riche, fantastique par l’énergie spontanée », souligne-t-elle.
Elle réfléchit aussi à l’engagement des individus qui participent à la réalisation d’un film sans financement. « Quand un projet est fait bénévolement, tout le monde est prêt à donner plus, estime-t-elle. Il y a un échange dans les dons de soi. Les gens se donnent d’eux-mêmes, et en retour, tu donnes du tien. »
Le festival REGARD reviendra pour une 31e édition du 17 au 21 mars 2027.