Portes closes au Café Acquis de droit, au pavillon Maximilien-Caron de l’Université de Montréal, après l’arrêt des activités de l’établissement. © Alexis Thériault
Portes closes au Café Acquis de droit, au pavillon Maximilien-Caron de l’Université de Montréal, après l’arrêt des activités de l’établissement. © Alexis Thériault

Fermeture du café Acquis de droit : les raisons qui ont mené à l’arrêt des activités

Patricia Chlystek a servi son dernier café, le 16 janvier, sans le savoir. Étudiante de deuxième année au baccalauréat en droit, elle travaillait au café étudiant Acquis de droit lorsque l’équipe a appris, à moins de 48 heures de l’avis, sa fermeture.

« On ne s’y attendait vraiment pas parce que c’était une coopérative, s’exclame-t-elle. Normalement, une coopérative, ça ne fait pas faillite. »

La fermeture anticipée du café, situé au pavillon Maximilien-Caron de l’UdeM depuis près de 25 ans, a touché une quinzaine d’employé·e·s, principalement des étudiant·e·s.

La direction leur a d’abord transmis dans un message que les quarts de travail se poursuivraient jusqu’au 30 janvier. Un second message, envoyé peu après, avait finalement avancé la fin des services au 16 janvier.

La Coop Droit, qui gère le café Acquis de Droit, a annoncé le 26 janvier être insolvable et avoir déposé une demande de faillite. La Coop aménagement avait une entente de gestion avec la Coop droit, mais en décembre 2025, la première a fait faillite, entraînant la fermeture du café étudiant Établi, situé au pavillon de la Faculté de l’aménagement, et celle du Café Triton, situé à la Faculté de musique.

Les locaux de la COOP Droit au pavillon Maximilien-Caron (Université de Montréal), où le café Acquis de droit a cessé ses activités en janvier 2026. © Alexis Thériault
Les locaux de la COOP Droit au pavillon Maximilien-Caron (Université de Montréal), où le café Acquis de droit a cessé ses activités en janvier 2026. © Alexis Thériault

Le directeur général par intérim de la Coop Droit, Jacques Jolicoeur, reconnaît que le café « n’était plus rentable » depuis« pas mal longtemps ». Selon lui, « les opérations de la librairie suppléaient pour la différence de rentabilité. » L’absence d’appui de l’Université, de la Faculté et des associations étudiantes a également pesé dans la prise de décision.

Les associations étudiantes veulent reprendre la gestion du café

Selon l’ancien président de l’Association étudiante pour les cycles supérieurs en droit (ACSED) et chargé de cours à la Faculté de droit, Luka Théo Sanchez, l’Association des étudiant·e·s en droit (AED) et l’ACSED ont cédé la gestion du café à la Coop Droit en 2002. Il note que cette formule s’écartait des règles universitaires, puisque seul·e·s les étudiant·e·s sont censé·e·s gérer les activités. À l’époque, précise-t-il, l’Université aurait « un peu fermé les yeux là-dessus. »

« Il y a environ deux ans, les relations avec la Coop ont commencé à se tendre », affirme M. Sanchez. Les associations voulaient renégocier un contrat inchangé depuis les années 2000, notamment sur l’argent, la gestion, et certains irritants rapportés par des étudiant·e·s.

Pour « repartir sur de bonnes bases », des discussions avec la FAÉCUM et l’UdeM auraient mené à un nouveau bail pour encadrer davantage les activités du café. « On était prêts à faire des compromis », soutient-il.

M. Sanchez cite notamment des insatisfactions sur les prix pour justifier la reprise en main des associations. « Beaucoup d’étudiants avaient cessé d’y aller parce que ce n’était pas rentable », estime-t-il.La présidente de l’AED et étudiante de troisième année au baccalauréat en droit, Ariane Gagnon, confirme ces insatisfactions, citant notamment le retrait des prix membres, pour lesquelles « l’ACSED a dû se battre pour les faire rétablir. » Elle ajoute que la situation s’est répétée lorsque la Coop a cessé d’offrir des bourses et que des commandites, attendues depuis deux ans, n’ont jamais été honorées.

L’étudiante stipule que l’ACSED a pris la décision de rompre l’entente de service « pour plusieurs raisons qui lui appartiennent », et que, comme les deux associations sont liées « solidairement », l’AED a choisi de converger vers la même idée.

« Vraiment, notre désir c’est de pouvoir remettre cet espace sur pied le plus rapidement possible, explique Mme Gagnon. [Il n’empêche que] reprendre cette gestion-là, ce n’était pas sur notre plan de mandat à personne dans l’AED, évidemment. »

Difficulté financière et discorde

L’ancien directeur général de la coopérative étudiante, Mohamed Madji, confirme l’existence de difficultés financières depuis le déconfinement lié à la COVID-19, qu’il attribue principalement à la hausse des prix par les fournisseurs. Cette situation aurait contraint l’organisation à s’écarter de sa politique de prix.

« Nous, on ouvrait le café à perte parce qu’on savait que c’était un lieu de rassemblement. Notre but n’est pas de faire des profits, mais d’arriver kif-kif en redonnant le plus possible à la communauté étudiante. »

– Mohamed Madji

M. Madji affirme également que les relations entre la Coop et les associations étudiantes ont toujours été bonnes, mais qu’elles se sont dégradées à partir de 2024, coïncidant, selon lui, avec l’arrivée nouveaux·elles administrateur·rice·s au sein de l’ACSED et de l’AED.

La position de l’Université de Montréal

La porte-parole et conseillère principale de l’Université de Montréal, Geneviève O’Meara, nuance la situation en affirmant que des enjeux de gouvernance au sein du conseil d’administration de la Coop seraient à l’origine de plusieurs problèmes. Elle ajoute que les difficultés financières évoquées par l’organisation ont nui à la capacité de celle-ci de remplir ses obligations et d’offrir les services auxquels elle s’était engagée.

Mme O’Meara rappelle qu’une entente avait été conclue avec la Coop Droit afin que celle-ci puisse gérer les activités du café en toute légalité. Dans le contexte des tensions entre les associations étudiantes et la Coop, la porte-parole soutient que l’Université « n’avait pas d’autres choix que de mettre fin à l’entente. »

 « C’est venu à nos oreilles à l’automne [2025] que les choses n’allaient plus aussi rondement que ça devrait, » révèle Mme O’Meara.

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