Les étudiant·e·s en histoire souhaitent faire exister des histoires trop peu entendues. Cependant, l’avenir professionnel des diplômé·e·s reste incertain. Entre enjeux liés à la passion et aux réalités structurelles, deux étudiant·e·s à la maîtrise de l’Université de Montréal partagent avec Quartier Libre les raisons qui les motivent à poursuivre leurs études dans le domaine.
Selon l’enquête Relance 2025 du ministère de l’Enseignement supérieur du Québec, seuls 57,1 % des titulaires d’une maîtrise en histoire occupent, 20 mois après leurs études, un emploi lié, en tout ou en partie, à leur formation. L’étudiant à la maîtrise en histoire à l’Université de Montréal (UdeM) David Vaillant explique qu’être « incroyablement conscient de cette réalité » et « se dire qu’on pourrait travailler dans d’autres domaines au final » est essentiel.
Cette vigilance aide à envisager d’autres voies, mais peut s’avérer à double tranchant. « Ce doute peut décourager certaines personnes d’aller chercher, en amont, des expériences, même si elles sont limitées dans le temps ou de petite envergure », ajoute-t-il. Pour l’étudiant, qui a monté à l’hiver 2026 une exposition pour le Centre des mémoires montréalaises, de telles expériences peuvent aider à lutter contre un autre problème, qu’il appelle « le défaitisme circulaire ».
« Ce qu’on produit ne sort pas nécessairement des murs de l’université et on se dit que, de toute manière, c’est la situation, donc on va continuer à participer à ce système-là, précise David. Faire quelque chose qui est hors du circuit académique devient quasiment un effort supplémentaire et bénévole. Je pense que l’université, en tant qu’institution, a perdu un peu de son âme. » Il regrette une « approche productiviste du savoir, même si son impact et sa diffusion en pâtissent ».
Selon lui, cette logique peut limiter les occasions pour les étudiant·e·s de faire valoir, hors du campus, la polyvalence de leur formation.
L’histoire en évolution constante
« L’histoire peut se croiser à tellement, mais tellement, de choses », rappelle pourtant l’étudiante à la maîtrise en histoire à l’UdeM Arianne Marcheterre-Pina.
Les deux étudiant·e·s sont conscient·e·s des difficultés structurelles de leur discipline, mais refusent que ces dernières invisibilisent leur travail. Arianne, dont le mémoire porte sur les pratiques féminines noires dans l’écosystème éducatif du Haut-Canada durant la décennie 1850, explique qu’il existe « une espèce de tendance d’expatriation de l’histoire noire, pour tout le temps la renvoyer à l’extérieur du récit national canadien ».
Pour elle, la pluralité du Québec l’exige : ce n’est « pas un, mais des récits nationaux qu’il faudrait ». Elle imagine volontiers les étudiant·e·s de sa discipline comme des « petits soldats chargés de reconstruire » ces perspectives multiples. L’étudiante estime que son mémoire de maîtrise est davantage qu’un simple travail de production de connaissances. « Mon ambition, ce n’est pas nécessairement de produire des vérités, mais de mettre des fragments de récits sous le projecteur », insiste-t-elle.
Dans le cadre de son mémoire, David étudie quant à lui l’Association communautaire homosexuelle à l’UdeM. Cet été, il a ainsi mené des entrevues avec d’ancien·ne·s membres de celle-ci. « Ces personnes-là ne voyaient pas de valeur dans leur histoire, je leur ai dit qu’il y en avait une », indique-t-il.
Rester confiant·e·s malgré tout
Les deux étudiant·e·s, sans tomber dans la désillusion, choisissent de rester confiant·e·s. Ariane pense que « déconstruire l’idée qu’il n’y a rien à faire avec un diplôme en histoire » est nécessaire. David avoue encore croire « à la valeur de la formation en histoire pour le développement de la pensée critique et d’une éthique de travail ». Pour lui, cette formation n’est pas gaspillée, « même si on ne travaille pas en histoire ».
Il donne l’exemple de la directrice générale d’Amnistie internationale Canada francophone, France-Isabelle Langlois, qui est une ancienne étudiante en histoire de l’UdeM. Présente lors des Grands entretiens du Département d’histoire, le 14 octobre dernier, elle a expliqué comment sa formation en histoire l’avait rendue apte à occuper ses fonctions actuelles.
« Je ne m’arrêterai pas de profiter à fond de faire des études dans un domaine qui m’intéresse vraiment, affirme David, même s’il n’a pas la certitude de pouvoir par la suite trouver un emploi dans sa discipline. Si au final, pour vivre ma vie, je dois aller faire autre chose qui me passionne peut-être moins, qui me fait moins vibrer, au moins j’aurai eu ces années-là, qui m’auront vraiment motivé. »
