Les étudiant·e·s et membres de L’Association étudiante de Travail Social de l'Université de Montréal, prise lors de la manifestation pour la rémunération des stages, le 31 mars 2026.
Les étudiant·e·s et membres de l’Association étudiante de Travail Social de l'Université de Montréal, prise lors de la manifestation pour la rémunération des stages, le 31 mars 2026 - Crédit photo : Marguerite Phaneuf

Pour les étudiant·e·s en travail social, le métier aura un coût

Au Québec, le milieu de la santé est confronté à de nombreux défis qui compliquent la vie des travailleur·euse·s sociaux·ales. Les étudiant·e·s du programme de travail social se demandent donc comment appréhender leur entrée sur un marché du travail en pleine crise. Pour comprendre leurs préoccupations, Quartier Libre est allé à leur rencontre.

Le prix de la pénurie

Selon un article du Devoir paru le 17 septembre 2026, un poste sur cinq dans le travail social serait vacant. Pourtant, d’après un sondage CROP paru le 24 mars 2026 et commandé par l’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiers du Québec (OTSTCFQ), 74 % des travailleur·eus·es sociaux·ales du réseau public affirment avoir été témoins de coupes budgétaires dans leur milieu de travail.

Sur le terrain, les coupes dans l’emploi, ajoutées au nombre de réformes gouvernementales, ont contribué à une perte de sens dans leur pratique, selon la travailleuse sociale et présidente de l’OTSTCFQ, Valérie Fernandez. La conseillère principale en affaires publiques de l’Ordre, Stéphanie Napky Couture, explique que « depuis le début des années 2000, on a vu des réformes qui tendaient à une forme de centralisation des services. Plus on centralise, moins on laisse d’autonomie aux professionnels, et de place aux citoyens pour dire ce qu’ils veulent dans leurs services. Cela rend les conditions de pratique des travailleurs sociaux plus difficiles et les services moins adaptés ». 

 « On n’a pas peur de manquer de travail, on a peur d’avoir une mauvaise qualité de travail, précise l’étudiante de troisième année au baccalauréat en travail social à l’UdeM et coordinatrice adjointe de l’Association étudiante en travail social de l’UdeM (AÉTSUM), Marguerite Phaneuf. Il y a un problème de sous-financement dans l’ensemble du métier, et on le sait. »

Une économie de la passion

Les personnes qui évoluent dans le milieu du travail social évoquent une fierté, un sens fort de la pratique d’aider les autres, ce qui en motive d’ailleurs beaucoup à s’orienter vers ce métier. Mais du côté des étudiant·e·s, cette idée a ses limites. « Par moments, on a l’impression qu’on nous manipule, déplore Marguerite. On nous rassure en nous disant que ce métier est une vocation, qu’on fait quelque chose de beau, mais ce n’est pas ça qui va payer nos loyers. »

« Par moments, les défis vont venir de la gestion, des consignes, de l’administratif, surtout lorsqu’on a un employeur qui ne vient pas du milieu. Mais, la source de bonheur demeure auprès de la clientèle parce que c’est là où on a le pouvoir et le sentiment d’avoir un impact sur la vie des gens. » 

– Valérie Fernandez, présidente de l’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec.

La communauté étudiante connaît déjà les défis du métier, puisque durant leurs stages, certains étudiant·e·s « font le travail d’un intervenant, sans avoir eu le temps de s’y préparer, » rappelle la coordinatrice adjointe de l’AÉTSUM. 

Outre la rencontre du terrain, la question salariale entre aussi en jeu. Actuellement, les stagiaires ne sont ni salarié·e·s ni rémunéré·e·s, ce qui provoque déjà une appréhension de la question financière lorsque les étudiant·e·s seront ensuite employé·e·s. 

De la pérennité de la profession

En évoquant les solutions, Mme Fernandez mentionne le rôle des universités et notamment l’importance de ne plus plafonner les programmes à un nombre d’étudiant·e·s trop restreint. « Dans la province, il y a un manque de 1 650 travailleurs sociaux, souligne-t-elle. On aimerait que les universités soient en mesure d’ouvrir leur programme à beaucoup plus d’étudiants, et que beaucoup plus de professionnels soient formés. »

Marguerite affirme que le cours Laboratoire d’intervention de l’UdeM aide déjà les étudiant·e·s à mieux se préparer pour le terrain. Malgré les efforts de l’Université et les besoins criants de main-d’œuvre, bon nombre de ces dernier·ère·s choisissent de repousser leur entrée sur le marché du travail, par peur du futur. « Beaucoup d’entre nous vont vers la maîtrise pour repousser l’entrée sur le marché du travail, confie Marguerite. On espère avoir une meilleure qualité de travail après ça, un meilleur salaire. »

Partager cet article