Documenter les effets de la pandémie sur les conditions de logement des étudiants

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Par Edouard Ampuy
mardi 26 janvier 2021
Documenter les effets de la pandémie sur les conditions de logement des étudiants
En septembre 2020, le premier projet de logements étudiants coopératifs de Montréal, appelé la « Note des bois » et développé par l’UTILE, a vu le jour. L’immeuble peut accueillir plus de 140 locataires répartis dans 90 logements. Crédit photo : Benjamin Parinaud.
En septembre 2020, le premier projet de logements étudiants coopératifs de Montréal, appelé la « Note des bois » et développé par l’UTILE, a vu le jour. L’immeuble peut accueillir plus de 140 locataires répartis dans 90 logements. Crédit photo : Benjamin Parinaud.

Selon l’Unité de travail pour l’implantation de logement étudiant (UTILE), les locataires étudiants sont absents des données publiques sur la précarité résidentielle ou sur la demande de logements. C’est pour pallier ce manque d’information que l’organisme a lancé lundi la première étude pancanadienne sur les conditions d’habitation des étudiantes et étudiants universitaires.

La Prospection des habitudes et aspirations résidentielles étudiantes (PHARE) est présentée comme l’enquête la plus vaste jamais menée sur les conditions d’habitation des étudiants au Canada. L’UTILE compte en effet interroger plus de 350 000 personnes. « On va sonder des étudiants du postsecondaire dans presque toutes les provinces et dans les territoires, pour comparer ce qui se passe au Québec avec ce qui se passe ailleurs », explique le cofondateur et directeur général de l’UTILE, Laurent Levesque.

L’organisme souhaite documenter les changements causés par la pandémie à la situation d’habitation des étudiants et les effets sur le marché locatif, dans l’espoir de sensibiliser le gouvernement fédéral à l’importance de la question du logement étudiant.

« La pandémie a un effet sur les comportements résidentiels étudiants, on veut voir son importance et à quel point ça joue dans l’augmentation ponctuelle qu’on voit en ce moment dans les taux d’inoccupation », précise M. Levesque. L’enquête, dont les résultats seront publiés à l’automne prochain, tentera d’anticiper ce qu’il se passera quand la population étudiante internationale reviendra au Canada. Elle calculera la proportion d’étudiants qui ont choisi de rester chez leurs parents, ou à l’inverse, combien ont choisi de se rapprocher de leur campus malgré la situation actuelle.

L’effet sur le marché locatif

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En 2014 et en 2017, l’UTILE a mené des enquêtes similaires auprès de la population étudiante québécoise. L’étude de 2017 avait démontré que 60 % des étudiants et étudiantes, soit près de 220 000 personnes, vivaient en appartement sur le marché locatif privé. Mais beaucoup de choses se sont passées depuis. « D’un côté, il y a eu un resserrement des marchés locatifs, beaucoup de villes, dont Montréal ou Toronto, sont en crise de logement, souligne M. Levesque. Ça a un effet sur la population étudiante, or, cette dernière a un effet sur le marché locatif, donc on veut documenter ça. »

L’enquête PHARE de 2017 a révélé que près de 20 % des étudiants vivaient une situation critique quant à leur condition d’habitation, dans la mesure où ils gagnaient moins 20 000 $ par année et qu’ils consacraient plus de 30 % de leur revenu à leur loyer, malgré les prêts, les bourses et l’aide parentale. Questionné sur l’état de la situation après presque un an de pandémie, M. Levesque ne préfère pas s’avancer sur l’évolution de cette situation. « Ça fait évidemment partie des questions qu’on se pose, déclare le directeur général de l’UTILE. Les gens peuvent avoir perdu des revenus, mais aussi avoir changé leur situation résidentielle. »

Des étudiants oubliés

D’après l’UTILE, la population étudiante est exclue des données publiques. « En raison des limites méthodologiques du recensement du Canada, les locataires étudiants sont absents des données sur la précarité résidentielle, et même largement des chiffres sur la demande en logement », avance M. Levesque.

Il estime que cet oubli est dû à une incompréhension de la réalité étudiante. « Il y a une présomption dans le travail des agences comme Statistique Canada selon laquelle les étudiants sont soit chez leurs parents, soit en résidence, déclare-t-il. Elles doivent penser que la précarité résidentielle et financière est temporaire. C’est vrai dans certains cas, mais ça peut mener à l’endettement étudiant, qui est une réalité très concrète. »

Le directeur général de l’UTILE reconnait néanmoins que la population étudiante est de plus en plus reconnue dans les politiques publiques en habitation. « C’est plus facile au niveau local et provincial, car il s’agit d’une réalité que les élus voient sur le terrain », admet-ilMême au niveau fédéral, les choses semblent s’activer. « On a eu du financement du gouvernement fédéral pour du développement de logements étudiants, donc les choses bougent, oui », reconnait M. Levesque.

Le premier projet de logement étudiant coopératif

En septembre 2020, le premier projet de logements étudiants coopératifs de Montréal, appelé la « Note des bois » et développé par l’UTILE, a vu le jour. L’immeuble peut accueillir plus de 140 locataires répartis dans 90 logements. « Notre taux d’occupation est de 99 %, ça montre que les étudiants ont besoin d’habiter quelque part », conclut M. Levesque.

L’UTILE développe actuellement deux autres projets immobiliers, l’un à Montréal et l’autre à Trois-Rivières, totalisant plus de 250 unités. Les dates de livraisons sont prévues pour 2022 et 2023.