Quoi de mieux pour profiter de l’Halloween qu’un bon film d’horreur ? Et québécois, qui plus est ? Pour l’occasion, Quartier Libre retourne dans le temps et propose un film québécois de 1996… avec des vampires !
Principalement tournée à Montréal, l’histoire de Karmina débute en Transylvanie, dans un château où des dizaines de vampires sont réunis pour célébrer le mariage de la protagoniste. Karmina (Isabelle Cyr), alors promise à Vlad (Yves Pelletier), un vampire communiste, décide de fuguer plutôt que de se rendre à l’autel. Elle voyage jusqu’à Montréal, emportant avec elle son lit-cercueil, qui atterrit sur le carrousel des bagages à l’aéroport Montréal-Trudeau, devant les douaniers incrédules. L’un d’eux, Ghislain (Gildor Roy), inspecte le passeport de Karmina et lui donne la permission d’entrer au pays, non sans avoir été ensorcelé par cette dernière.
Rapidement, les spectateur·rice·s comprennent que Karmina ne s’est pas rendue à Montréal par hasard, mais parce qu’elle savait qu’elle y trouverait refuge chez sa tante, Esmeralda (France Castel, coiffée d’une différente perruque à chaque scène). Au Québec, loin de la Transylvanie, cette dernière boit chaque matin une éprouvette de bave de crapaud afin de masquer son aspect vampirique en journée et de vivre comme les humain·e·s. Karmina parcourt ainsi les rues de la ville aux côtés de sa tante et fait l’expérience d’être humaine : elle mange des œufs durs, crie après des nazis qui l’ennuient et a même le cœur brisé par un homme pour la première fois.
L’esthéthique « camp » de Karmina
Le scénario de Karmina n’est en rien surprenant ou révolutionnaire, exception faite, peut-être, de présenter un vampire communiste. L’histoire n’est pas forcément le principal attrait du film, qui réside plutôt dans son aspect « camp », une qualité peu présente dans le cinéma québécois. Dans son ouvrage Notes on Camp, paru en 1964, l’essayiste américaine Susan Sontag définit le terme « camp » comme « le théâtral, le plus grand que nature, l’exagéré, voire l’outrance ».
Cette esthétique se retrouve dans l’univers des comédies musicales, dans le cinéma de John Waters (Hairspray, Cry-Baby), la flamboyance de Diane Dufresne, les costumes des Chanteurs masqués ou encore dans l’interprétation du grand méchant loup de Marc Labrèche dans L’Odyssée d’Alice Tremblay, sorti en 2002. En raison de son genre extrêmement codifié, le cinéma d’horreur est un terrain foisonnant pour le « camp », car il donne la possibilité à celui-ci de s’insérer sur plusieurs plans, des décors aux costumes, en passant par les performances des acteur·rice·s.
Au cours des dernières années, les adeptes de cinéma d’horreur au Québec ont pu visionner Vampire humaniste cherche suicidaire consentant (2023) et Les Affamés (2017), deux films qui explorent le genre avec brio, sans pour autant aborder réellement leur aspect théâtral. L’absence de « camp » dans ces films est-elle un symptôme de l’austérité qui touche le milieu des arts et de la culture, rendant difficile la production de projets exigeant davantage de travail d’artisan·e·s du métier, tant pour le maquillage, les costumes et la scénographie ? Une question qui glace le sang…
