Du campus de Dakar à l’UdeM
Salle de classe de l’UCAD. La plus grande université de Dakar figure parmi le classement du Times Higher Education pour la première fois depuis le 21 janvier 2026 dans les disciplines suivantes : Médecine et santé, Ingénierie, Sciences de la vie, Sciences physiques et Sciences sociales. © Coumba Lo

Du campus de Dakar à l’UdeM

Grèves universitaires, violences sur les campus, retard du versement des bourses, longues heures de transport : au Sénégal, plusieurs étudiant·e·s envisagent le Québec pour finir leurs études universitaires. Entre appréhensions, choc culturel et adaptation, un étudiant sénégalais installé à Montréal et une étudiante de Dakar racontent deux faces d’un parcours similaire.

L’étudiante de première année à la licence en chimie (l’équivalent du baccalauréat québécois) à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) Coumba Lo a récemment décidé d’entamer les démarches d’immigration pour étudier au Québec, en raison de l’instabilité du milieu universitaire au Sénégal. Elle devrait normalement être sur le point de terminer sa deuxième année de licence, mais les grèves au sein du pays lui ont déjà fait perdre une année.

Depuis des mois, les étudiant·e·s de l’UCAD enchaînent en effet grèves et manifestations, réclamant le paiement des arriérés des bourses gouvernementales, desquelles dépendent un grand nombre d’étudiant·e·s.

Climat de peur sur le campus

L’étudiant de deuxième année à la licence dentaire à l’UCAD Abdoulaye Ba, âgé de 21 ans, est décédé dans des circonstances nébuleuses pendant des grèves étudiantes le 9 février dernier sur le campus universitaire. « Il avait les mêmes ambitions que nous tous, confie Coumba. Franchement, ça me fait toujours quelque chose. On s’est réuni sur le campus le 9 avril entre étudiants, en sa mémoire, devant la direction des cours. Il y avait une petite note d’espoir, mais surtout de la tristesse et de la colère. » 

Si elle n’était pas présente le jour du décès de son camarade, l’étudiante garde néanmoins en mémoire d’autres épisodes de tensions vécus sur le campus. 

« On venait d’arriver à la faculté, on ne connaissait pas trop les risques, se souvient-elle. Toutes les portes ont fini par être bloquées, il y avait des policiers partout, ça lançait des pierres d’un côté et des lacrymos de l’autre, en plein campus. On était coincés. » Elle avoue ne plus se déplacer depuis, lorsqu’une grève est prévue, et attendre que le calme revienne.

« Les mouvements de grève, les étudiants qui font face aux forces de l’ordre, ça déstabilise vraiment l’environnement étudiant », confirme le diplômé en journalisme de l’école CESTI de l’UCAD et présentement finissant au DESS en journalisme à l’Université de Montréal Mapaté Niang. Bien que les grèves ne soient pas la raison de son départ, il dit comprendre totalement la décision de Coumba. 

Réalité étudiante dakaroise

Coumba habite toujours chez sa mère avec huit autres membres de sa famille. Chaque matin, elle se réveille à 5 h pour aller en cours à 8 h et fait pratiquement 1 h 30 de route. Elle revient chez elle entre 20 h 30 et 22 h 30, après avoir fait jusqu’à 2 h 30 de transport dans les embouteillages de Dakar. 

« C’est pratiquement impossible avec nos heures de cours de trouver un emploi étudiant », déplore l’étudiante. 

« Trouver un petit boulot à Dakar ou dans les environs pour un étudiant, c’est très rare, mentionne également Mapaté. On dépend beaucoup trop de la bourse, et s’il y a des retards de paiement, ça a un impact sur les étudiants, sur leurs études et sur tout le reste. » Ces difficultés poussent donc certain·e·s étudiant·e·s à mettre un terme à leurs études. 

« C’est certain que je préférerais rester au Sénégal si la situation le permettait, rester près de ma mère et continuer à l’aider », poursuit Coumba. Ce départ souhaité reste avant tout une réponse à un système universitaire encore marqué par l’instabilité.

L’étudiante vient de commencer ses démarches d’immigration au Québec et s’apprête à quitter son pays natal pour la première fois. Si l’idée d’arriver dans un environnement nouveau et inconnu l’inquiète, elle se rassure à l’idée qu’une importante communauté sénégalaise y est déjà présente.

Mapaté a vécu la même expérience à l’automne 2024, mais ses craintes se sont révélées plutôt infondées. « Oui, il y a eu le choc culturel, mais de manière générale, ça s’est très bien passé », affirme-t-il. À son arrivée, il a habité avec sa sœur pendant quelques semaines avant d’emménager dans les résidences de l’UdeM avec un autre étudiant sénégalais. 

Une intégration portée par la communauté

Entre 2016 et 2023, le nombre de certificats d’acceptation du Québec (CAQ), qui permet ensuite aux étudiant·e·s étranger·ère·s de demander un permis d’études, délivrés à des étudiant·e·s sénégalais·es a presque décuplé, passant de 1 338 à 12 099. Sur la même période, les permis d’études émis pour le Québec à des étudiant·e·s internationaux·ales ont doublé. Cette tendance à la hausse se constate aussi pour les autres pays de l’Afrique francophone.

Ces statistiques ne surprennent pas Mapaté. « Je rencontre des gens de ma communauté dans le métro, partout, précise-t-il. Il y a des restaurants sénégalais où tu peux vraiment voir tes compatriotes et créer des liens. » L’étudiant en journalisme indique que bon nombre d’étudiant·e·s se regroupent autour d’associations sénégalaises. « Elles les aident à trouver leur premier boulot, à bâtir un réseau, à s’occuper des papiers d’immigration et de renouvellement, ça aide beaucoup », souligne-t-il.

« Ce qui m’a le plus fasciné, c’était le calendrier scolaire et les plans de cours, se remémore-t-il au sujet du plan universitaire québécois. Dès le début, je savais à quoi m’attendre ! La façon dont les plans de cours sont organisés, l’environnement calme, pas de pollution sonore… Ça m’a charmé. »

La plus grande crainte de Coumba est le froid québécois. « Quand on vient d’un pays sahélien comme le Sénégal, le froid, c’est 18 degrés… », plaisante Mapaté, avant d’admettre que l’hiver, « ça va, tu te couvres bien et puis c’est tranquille. » 

Lui et Coumba restent attachés à leur pays. Après avoir acquis « l’expérience canadienne » qu’il est venu chercher, il prévoit de rentrer au pays de la Teranga. Coumba, quant à elle, espère pouvoir suivre le même chemin. Elle poursuit donc ses études dans la capitale sénégalaise en parallèle de ses démarches d’immigration. 

Coumba Lo, étudiante en chimie à l’Université Cheick Anta Diop (UCAD)
de Dakar devant sa faculté. L’UCAD compte plus de 90 000 étudiants.

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