Campus

L’attente

9h15, vendredi 18 janvier.

La musique d’attente du standard téléphonique du CSCP de l’UdeM tourne en boucle depuis l’heure d’ouverture des services. La secrétaire décroche, impossible de prendre un rendez-vous. Un quart d’heure après l’ouverture du secrétariat, toutes les consultations en psychologie ont déjà été attribuées pour la semaine suivante.

« La demande [de soutien psychologique] surpasse largement les ressources [de l’UdeM], déplore le coordonnateur clinique du CSCP. Ce n’est malheureusement pas nouveau. » M. Moisan explique que les étudiants qui passent la première entrevue sont évalués. « On va prioriser certains cas, mais après cette première entrevue», souligne-t-il.

La directrice du CSCP, Virginie Allard-Cameus, compte, en ce moment, une trentaine de séances d’évaluation par semaine. « Les délais [pour une psychothérapie après la première entrevue] sont autour de seize semaines présentement pour les cas non urgents », détaille-t-elle. Elle affirme toutefois qu’un étudiant suicidaire ou incapable de se rendre à ses cours, par exemple, obtient un rendez-vous rapidement. Un service de garde se tient pour les cas graves deux fois par jour, du lundi au vendredi, à 11 h et 15 h 30.

Avis mitigés

« Pour le premier rendez-vous, c’était très accessible et très rapide », commente l’étudiante en échange Julie1. Elle attend la date de sa prochaine entrevue, qui se tiendra d’ici deux à quatre mois, selon elle. « Je comprends qu’il y ait un si grand temps d’attente », dit-elle. Elle se déclare néanmoins assez satisfaite. Elle confie avoir pris du temps avant d’oser effectuer sa démarche auprès du CSCP et souhaiter une réponse le plus rapidement possible.

Un étudiant2 en première année au baccalauréat en démographie et statistique témoigne avoir effectué sa première consultation en décembre, après avoir appelé en octobre. « Ce n’était pas urgent, admet-il. Je suis un peu frustré, mais ce n’est pas si grave. » Le jeune homme attend toujours un retour à propos de sa première entrevue.

« On travaille assez avec le CSCP sur ce dossier, raconte le secrétaire général de la FAÉCUM, Matis Allali. On leur rappelle qu’il y a un certain problème. » La fédération a dressé en 2016 un constat préoccupant concernant la santé mentale des étudiants de l’UdeM (voir encadré).

3 650 consultations supplémentaires

« On fait notre possible, on travaille fort », assure la directrice du CSCP. Elle ajoute que depuis son arrivée en poste il y a deux ans et demi, les Services aux étudiants (SAÉ) et la direction de l’UdeM ont toujours fait preuve de sensibilité à ses demandes de ressources supplémentaires. Le CSCP a donné 3 650 consultations de plus au cours de la précédente année scolaire qu’il y a deux ans. « On est à pleine capacité », observe Mme Allard-Cameus. Selon elle, une offre de services plus grande exigerait des locaux supplémentaires.

« La FAÉCUM fait [de la santé mentale] une priorité, l’UdeM en fait une priorité, insiste Matis. On sent une volonté des institutions et des associations. » Il révèle que la FAÉCUM, en collaboration avec le CSCP, réalisera une campagne d’affichage et mettra en ligne un site Internet consacré à la santé psychologique sur le campus le 4 février prochain. Il déclare aussi que la fédération travaille avec le CSCP à la mise en place d’une ligne de soutien téléphonique ouverte en tout temps pour l’automne 2019.

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Une volonté d’agir

« Nous sommes toujours plus rapides que le système de santé publique », rappelle la directrice du CSCP, en référence aux services de psychologie proposés dans les centres locaux de services communautaires (CLSC). Les étudiants de l’UdeM peuvent aussi se tournervers les cabinets de psychologues privés, certains d’entre eux proposant parfois des tarifs spéciaux s’élevant à 80 $. L’assurance santé des étudiants (ASEQ) prend en charge jusqu’à 80 $ par visite d’un membre de l’Ordre des psychologues du Québec, pour un maximum de 800 $ pendant la période de couverture. En cas de danger immédiat pour eux-mêmes ou pour les autres, les étudiants peuvent appeler le 911.

Un filet de sécurité développé

« Il ne faut pas juste regarder l’offre de consultations, insiste la directrice du CSCP. On a essayé de travailler le filet de sécurité. » Les employés du centre proposent des formations de « pairs aidant » dans les Facultés de droit, de sciences infirmières et de médecine. Les pairs aidant sont des étudiants à l’écoute, capables d’orienter d’autres étudiants vers des ressources adaptées. Le CSCP a aussi mis en place un réseau de bientôt cent « employés sentinelles », soit des membres du personnel capables de repérer les signes de détresse psychologique et de diriger les étudiants vers des professionnels. Enfin, il participe à des projets qui favorisent le bien-être comme le Défi soi, la Communauté bien-être ou des ateliers de méditation.

« Il est très difficile de mesurer l’efficacité des offres alternatives [aux consultations du CSCP] », admet Matis. La FAÉCUM prévoit de conduire une nouvelle étude sur la santé mentale des étudiants de l’UdeM, si possible d’ici un ou deux ans.

1. L’étudiante souhaite rester anonyme.

2. L’intervenant souhaite rester anonyme.

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