Traquer le renard arctique

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Par Axelle Gougeon
vendredi 24 février 2017
Traquer le renard arctique
Sandra Lai entre en contact avec un renard arctique en pelage d’été. Crédit photo : Photos : Courtoisie Sandra Lai
Sandra Lai entre en contact avec un renard arctique en pelage d’été. Crédit photo : Photos : Courtoisie Sandra Lai
Quartier Libre transporte ses lecteurs sur le terrain, au cœur des projets de recherche menés par des étudiants. Dans ce numéro, une doctorante en biologie s’est rendue sur l’Île Bylot en Arctique afin de traquer le renard arctique et de comprendre sa place dans l’écosystème.
« Tous les cinq jours, nous devons changer de campement, déplacer nos affaires, changer les pièges de place, puis réinstaller notre campement autre part. »
Sandra Lai, doctorante en biologie à l’Université du Québec à Rimouski.

La doctorante en biologie à l’Université du Québec à Rimouski Sandra Lai a étudié le renard arctique pendant quatre ans dans la plaine sud de l’Île Bylot, portion du parc national Sirmilik situé dans le territoire du Nunavut. « Le but de mon projet était de comprendre l’utilisation de l’espace du renard arctique en fonction de la disponibilité de ses ressources que sont les lemmings et les œufs des oies des neiges », explique-t-elle.

Sur le terrain, le premier apprentissage concerne la capture des renards arctiques afin de comprendre leurs déplacements durant l’hiver. Selon Sandra, il existe environ une trentaine de tanières actives sur l’Île, mais le nombre de renards observés varie en fonction de la reproduction de leurs proies. « Les pièges à pattes en caoutchouc nous permettent d’immobiliser le renard arctique pour lui mettre un collier émetteur, affirme-t-elle. Il faut savoir poser les pièges, mais surtout trouver les bons endroits où les placer. » Sandra précise d’ailleurs qu’il est nécessaire de porter des gants lors de la capture des renards pour éviter toute contamination malgré une vaccination contre la rage conseillée.

Il faut demeurer très motivé durant ces longues périodes d’excursion où le rythme de travail est intense. « Tous les cinq jours, nous devons changer de campement, déplacer nos affaires, changer les pièges de place, puis réinstaller notre campement autre part », explique la doctorante. Lors de sa première excursion en 2009, Sandra appréhendait la charge de travail, l’isolement et l’aspect physique nécessaire sur le terrain. « Pendant trois mois, on vit en contact direct avec la nature dans des tentes et au gré de la météo, déclare Sandra. On n’a ni Internet ni téléphone, on est vraiment déconnecté de la vie moderne. » Elle souligne néanmoins la splendeur de l’Arctique, aussi bien ses paysages que sa faune et sa flore.

Excursions préparées

Le directeur de recherche de Sandra et professeur chercheur en écologie à l’Université du Québec à Rimouski, Dominique Berteaux, soutient l’importance de se connaître pour détecter ses limites. Il conseille à ses étudiants de procéder à différents exercices pour se mettre en condition. « L’une de mes étudiantes qui n’a pas beaucoup d’expérience sur le terrain va bientôt partir pour la première fois en excursion, raconte-t-il. Je lui ai conseillé de marcher quinze kilomètres trois fois pas jour avec quinze kilos à porter, dormir dans une tente quand il fait zéro degré deux nuits de suite et rester huit heures de suite dehors à -10 degrés, voire plus froid. »

Avant de se rendre sur le terrain, Sandra a dû suivre différentes formations sur le secourisme en milieu isolé, le port des armes à feu et la sécurité dans un parc. « La sécurité est l’une des choses à laquelle il faut toujours porter attention, souligne-t-elle. Il faut s’assurer aussi bien de sa sécurité que de celle des autres membres de l’équipe. » En Arctique, il peut y avoir beaucoup de dangers comme les congères de neige, le risque d’hypothermie, la présence d’ours polaire ou encore les rivières qu’il faut traverser à pied.

Cécile de Servigny, étudiante à la maîtrise professionnelle en étude géographique à l’UdeM qui s’est rendue en Arctique pour un autre projet, souligne également l’importance de ses expériences personnelles pour anticiper ses besoins. « Nous marchons au minimum 35 kilomètres par jour avec des charges lourdes à porter parfois dans des conditions extrêmes où il peut arriver que le GPS et la radio ne fonctionnent pas », raconte-t-elle. Elle affirme que dans ces situations il est nécessaire de mettre son égo de côté et ne pas hésiter à parler de son état à ses coéquipiers.

Dialoguer avec les locaux

Une recherche de ce type nécessite du temps afin de pouvoir analyser les possibles changements de comportement des animaux, l’intérêt scientifique, la faisabilité logistique et personnelle, selon Dominique Berteaux. De son côté, Cécile recommande de présenter le projet aux communautés locales. « Les communautés peuvent nous aider dans nos recherches, par exemple dans la traque du renard arctique où ils peuvent déterminer les meilleurs endroits pour le capturer », déclare-t-elle.

Sandra aimerait continuer ses excursions en Arctique. « C’est une expérience qu’il faut vivre pour comprendre, c’est vraiment irréel parfois, ajoute-t-elle. Je pense qu’il n’y a personne qui puisse voir l’Arctique et rester indifférent. » La doctorante continue sa recherche sur le renard arctique et pense à étudier d’autres prédateurs comme le lièvre ou le loup arctiques.

Camp temporaire de l’équipe renard, composé de deux tentes individuelles (une par personne) et d’une tente commune. Crédit photo : Courtoisie Sandra Lai.

Camp temporaire de l’équipe renard, composé de deux tentes individuelles
(une par personne) et d’une tente commune. Crédit photo : Courtoisie Sandra Lai.