eCampus : le moment de se parler

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Par Thomas Martin
vendredi 16 mars 2018
eCampus : le moment de se parler
D'après le rapport Tracking Online and Distance Education sorti à l'automne 2017, le nombre d’inscriptions à des cours en ligne a diminué de 3 % dans les cégeps et augmenté de 12 % dans les universités québécoises entre 2011 et 2015. (Crédit photo : Benjamin Parinaud)
D'après le rapport Tracking Online and Distance Education sorti à l'automne 2017, le nombre d’inscriptions à des cours en ligne a diminué de 3 % dans les cégeps et augmenté de 12 % dans les universités québécoises entre 2011 et 2015. (Crédit photo : Benjamin Parinaud)
Le gouvernement québécois a annoncé qu’une plateforme de cours commune aux universités et cégeps verrait le jour l’été prochain. Le projet, baptisé eCampus Québec, vise l’harmonisation de l’offre en ligne. Pour le moment, le dialogue avec les étudiants est limité.

«On a d’abord été surpris par l’annonce, dévoile le président et porte-parole de l’Union étudiante du Québec (UEQ), Simon Telles. Dans toutes les discussions qu’on a eues au cours de l’année avec la ministre [responsable de l’Enseignement supérieur, Hélène David], ce n’est pas un élément qui nous a été mentionné. » Simon affirme que l’UEQ savait que le projet faisait l’objet de discussions au gouvernement, mais qu’elle en a été tenue à l’écart. « On l’a appris dans les journaux, comme tout le monde », regrette-t-il.

Le président de l’UEQ estime qu’il s’agit d’une initiative intéressante et il a désormais hâte d’assister aux prochaines étapes du projet. « Le ministère nous a dit qu’il nous ferait une place dans les comités de travail pour donner notre point de vue et présenter nos préoccupations sur ce dossier », détaille-t-il. Il avoue que l’UEQ en est encore à enquêter sur la proposition du gouvernement, sur ses modalités de mise en place et sur la vision que le gouvernement a du projet. « Tout ça est encore très flou pour le moment », révèle Simon.

L’annonce d’un lancement pour l’été paraît un peu rapide pour le président de l’UEQ, puisque le projet nécessiterait une longue planification en amont. « Pour l’accessibilité à l’enseignement supérieur, c’est un pas très intéressant. Encore faut-il qu’il y ait un accès Internet de qualité, notamment auprès des communautés autochtones et des personnes en région, explique Simon. Il faut accompagner ce projet d’infrastructures pour avoir les retombées attendues. »

Simon ajoute deux recommandations sur lesquelles l’UEQ ne veut pas transiger concernant ce projet. « Il ne faut pas que des compromis sur la qualité des cours en ligne soient faits, insiste-t-il. Il ne faut pas que ce soit une façon d’offrir des cours à moindres coûts. On souhaite également faire attention à ce que ce soit de nouvelles enveloppes qui financent ce projet, sans puiser dans les maigres poches des universités. »

Un exemple ontarien

Un projet eCampus a été lancé en octobre 2015 par le gouvernement ontarien. Recherchiste à la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants—Ontario (FCÉÉ), Renée Bursey en a été la représentante lors des discussions avec eCampus Ontario. « J’estime que c’est un vrai succès depuis que le projet a commencé, indique-t-elle. Depuis deux ans, nous avons des rencontres autour d’initiatives comme le développement du contenu ou l’accès des données. »

eCampus Ontario s’inspire de ce qui a été fait en Colombie-Britannique avec BCcampus, plateforme fondée en 2003 et tournée vers le support technologique depuis 2012. Renée insiste sur le fait que, dès le départ, les étudiants ont été inclus dans le développement du projet. La recherchiste estime que la clé de la réussite passe par une bonne collaboration entre les acteurs concernés. « C’est très important, quand un projet est créé au niveau provincial, de mettre l’avis étudiant au centre de la conversation, puisque ce seront les principaux utilisateurs d’eCampus », ajoute-t-elle.

Une idée bien accueillie

Du côté de l’UdeM, la porte-parole de l’établissement, Geneviève O’Meara, indique qu’eCampus est vu d’un bon œil puisqu’il devrait permettre de faire rayonner l’expertise de l’Université à l’international. « En cela, c’est un projet très positif, indique-t-elle. Cela dit, il n’est pas possible d’en dire plus pour le moment, puisque les travaux des comités consultatifs n’ont pas débutés », prévient-elle.

Selon la porte-parole, les travaux débuteront à la mi-mars et l’UdeM y participera par la présence de sa vice-rectrice aux affaires étudiantes et aux études, Louise Béliveau. Elle siègera au comité aux côtés de recteurs et vice-recteurs d’autres universités.

Le président de l’UEQ estime pour sa part qu’il serait surprenant que le projet voit le jour cet été étant donné qu’au contraire de l’UdeM, ils n’ont toujours pas eu de retour au sujet d’éventuels comités de consultation pour sa mise en place. Également jointes, l’Association pour la Voix Étudiante au Québec (AVEQ) et la Confédération des associations d’étudiants et d’étudiantes de l’Université Laval (CADEUL) ont affirmé ne pas avoir été contactées par le ministère pour l’instant.