Selon M. Dulin, au cours de l’année 2024-2025, le Soutien aux personnes étudiantes en situation de handicap a épaulé 3 774 personnes. Crédit : Anaïs Fleury

Vie étudiante : quand le cancer s’en mêle

Depuis quelques années, plusieurs instituts de recherche alertent sur l’augmentation des cas de cancer, particulièrement chez les jeunes adultes. Étudier à l’université tout en luttant contre la maladie peut s’avérer complexe et exige parfois des mesures d’adaptation.  

Le nombre de cancers précoces est en hausse. Bien que les causes de ce phénomène restent encore largement inexpliquées, des statistiques permettent de constater son ampleur.

Selon l’enquête du British Medical Journal Oncology menée en 2023, le taux de nouveaux diagnostics de cancer chez les moins de 50 ans a augmenté de 79,1 % dans le monde entre 1990 et 2019. Celui des décès a quant à lui connu une hausse de 27,7 %.

Cette augmentation des cas de cancer chez les jeunes adultes implique une plus grande probabilité que des étudiant·e·s soient touché·e·s

La journaliste à TVA Ariane Boyer a fait partie de celles et ceux qui affrontent la maladie pendant que d’autres peuvent se permettre de ne penser qu’à l’avenir.

En octobre 2025, Ariane avait partagé son histoire de traitement et de rémission à l’occasion du Mois de la sensibilisation à l’emploi des personnes handicapées. Son bras droit présente encore à ce jour les séquelles de ses traitements. Crédit : Courtoisie Ariane Boyer

En décembre 2019, alors âgée de 20 ans et ayant tout juste commencé son programme de baccalauréat en communication stratégique et relations publiques à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), elle a en effet reçu un appel d’urgence de sa médecin. Au téléphone, celle-ci a alors prononcé pour la première fois le « c-word », selon l’expression qu’Ariane utilise pour désigner la maladie. « Mon Dieu, elle a dit le mot “cancer”, ça n’a pas de sens ! », se souvient-elle avoir pensé.

Le diagnostic est officiellement tombé en janvier 2020 : Ariane souffrait d’un sarcome d’Ewing, un type de cancer rare qui se développe dans les os et les tissus mous et touche majoritairement les enfants et les jeunes adultes. 

Selon l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, environ 1 200 patient·e·s reçoivent chaque année un diagnostic de sarcome au Canada. En France, le centre de lutte contre le cancer Gustave Roussy rapporte que 70 % des cas se développent chez les jeunes âgé·e·s de 5 à 25 ans.

« J’étais dans mon envolée universitaire, je venais d’avoir mes initiations, je trippais […] et là, on me coupait l’herbe sous le pied avec ce diagnostic », se remémore Ariane. Elle a été contrainte de mettre ses études en pause pendant un an afin de faire sa chimiothérapie, les traitements intensifs l’affaiblissant particulièrement. 

À son retour à l’université, elle a souffert du retard qu’elle avait accumulé par rapport à ses pair·e·s : alors que ses ami·e·s et collègues s’apprêtaient à obtenir leur diplôme, elle avait encore près de deux ans d’études à faire. « J’aurais tellement voulu vivre [mon baccalauréat] avec eux, confie-t-elle. J’ai perdu ma gang. »  

Ariane a également dû faire une croix sur d’autres expériences qui composent habituellement une partie de l’expérience universitaire, comme faire la fête et passer du temps avec ses ami·e·s, en raison des traitements et de la fatigue subséquente.

Une période de réinsertion

Quand Ariane a repris ses études, elle l’a fait de manière progressive, à raison de deux ou trois cours par session. Son oncologue lui avait également recommandé de choisir des cours moins exigeants pour faciliter son retour sur les bancs de l’université. « Quand tu fais des traitements aussi longs, ça impacte ta mémoire », explique la journaliste. Pour pallier ces conséquences, elle a alors bénéficié de quelques mesures d’adaptation de la part de son établissement, comme du temps additionnel lors des périodes d’évaluation.

À cause de la maladie, Ariane ne peut plus écrire de longues rédactions à la main, car son bras risque de cesser de fonctionner en cas de forte sollicitation. « Des rédactions de 400 mots ? Impossible », affirme-t-elleAinsi, l’UQAM lui a mis un ordinateur à disposition pour rédiger ses travaux, ce qui constitue, selon elle, la mesure la plus « essentielle ».

Ariane a finalement réussi à obtenir son baccalauréat en 2023. Elle est reconnaissante du soutien qu’elle a obtenu au cours de ses études. « L’UQAM est réputée pour être accessible aux élèves en situation de handicap », souligne-t-elle. 

Selon les dernières statistiques de la Société canadienne du cancer, les cancers les plus fréquents chez les 15 à 29 ans sont ceux de la glande thyroïde (16 %) et des testicules (12 %).

Soutien de l’UdeM

Du côté de l’Université de Montréal (UdeM), le service Soutien aux personnes étudiantes en situation de handicap des Services à la vie étudiante permet d’évaluer les besoins de chaque étudiant·e qui sollicite des mesures d’adaptation. « Chaque situation est analysée au cas par cas », précise le coordonnateur du service, Mickaël Dulin.

Le service de soutien de l’UdeM vise surtout les personnes aux prises avec un trouble d’apprentissage, un enjeu de santé mentale ou encore une maladie chronique. Toutefois, M. Dulin mentionne que des personnes atteintes d’un cancer peuvent également y trouver des ressources. Du temps additionnel pour les évaluations peut par exemple être alloué à celles ressentant de la fatigue en raison d’une chimiothérapie ou d’une médication. 

Le coordonnateur mentionne que le Soutien aux personnes étudiantes en situation de handicap épaule actuellement « entre trois et quatre » personnes atteintes de cancer. Il précise ne pas avoir remarqué l’augmentation des cas de cancers chez les étudiant·e·s depuis son arrivée en poste il y a trois ans. 

Le service Soutien aux personnes étudiantes en situation de handicap se situe au local A-0304 du pavillon J.-A. DeSève. 

Des dépistages sur le campus 

Obtenir un suivi médical qui permette de détecter la maladie reste toutefois essentiel. Certains tests de dépistage peuvent ainsi avoir lieu sur le campus de l’UdeM. L’infirmière au Centre de santé et de consultation psychologique de l’Université Stéphanie Duguay-Martin mentionne notamment des tests et des activités de prévention pour détecter le cancer du sein et celui du col de l’utérus. 

Depuis 2018, année de son arrivée au Centre, elle a vu celui-ci diagnostiquer un seul cas de cancer. Pour d’autres diagnostics, le service redirige les étudiant·e·s vers des ressources externes. « On va recommander la personne vers des milieux spécialisés et on offre un soutien psychologique », indique-t-elle.

Mme Duguay-Martin observe le phénomène à travers un angle de sensibilisation. « Je pense qu’il y a une plus grande sensibilisation des jeunes par rapport au cancer, fait-elle valoir. Il peut arriver que des gens viennent consulter davantage lorsqu’ils ont des grains de beauté qui pourraient être suspects. »

L’infirmière remarque aussi une assiduité dans les dépistages du cancer du col de l’utérus. « Les gens reviennent, ajoute-t-elle. C’est un service qui est en demande. »

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