L’UdeM accueille près de 11 000 étudiant·e·s internationaux·ales en moyenne chaque année. Crédit photo : Sarah Collardey

Venir étudier au Québec : un rêve qui se complique 

Après avoir plus largement ouvert la porte aux étudiant·e·s étranger·ère·s, Ottawa et Québec resserrent désormais les règles d’immigration. Depuis deux ans, les plafonds de permis d’études se réduisent, et les effets se font déjà ressentir à l’Université de Montréal (UdeM).

Les étudiant·e·s internationaux·ales qui choisissent le Québec pour leurs études supérieures se sentent de moins en moins les bienvenu·e·s. Pour la rentrée 2025, l’UdeM a enregistré une baisse de 37 % des demandes d’admission au premier cycle et de 13 % aux cycles supérieurs, une situation que la porte-parole de l’Université, Geneviève O’Meara, qualifie de « préoccupation très importante ».

Les différentes mesures adoptées par les gouvernements provincial et fédéral au cours des deux dernières années « ont des répercussions sur l’image du Québec et du Canada à l’international », souligne-t-elle. Selon elle, ces politiques, qui s’appliquent également aux étudiant·e·s en échange, donnent l’impression aux étudiant·e·s internationaux·ales de ne plus être les bienvenu·e·s.

Mesures gouvernementales pour réduire le nombre d’étudiant·e·s étranger·ère·s 

Janvier 2024 : Ottawa annonce une réduction de 35 % du nombre de permis d’études délivrés pour la rentrée de septembre 2024 par rapport à l’année précédente. 

Décembre 2024 : Le gouvernement Legault adopte le projet de loi 74 du ministre de l’Immigration, Jean-François Roberge, qui vise à réduire le nombre d’étudiant·e·s étranger·ère·s au Québec. 

Janvier 2025 : Ottawa réduit encore de 10 % le nombre de permis d’études octroyés pour la rentrée de septembre 2025 par rapport à 2024. 

Février 2025 : Le gouvernement Legault réduit de 20 % le nombre de CAQ délivrés pour la rentrée de septembre 2025 par rapport à l’année précédente. 

Conséquences sur l’UdeM et le Québec

 « Si on ne ramène pas le balancier au centre, on va ressentir [les impacts] pendant plusieurs années », prévient la porte-parole de l’UdeM. Elle identifie deux enjeux majeurs : la recherche aux cycles supérieurs et la « capacité d’innovation » de la province.

« Là où notre préoccupation est grande, c’est pour les cycles supérieurs et tout l’écosystème de la recherche et des laboratoires, à l’UdeM et ailleurs au Québec », explique-t-elle, précisant que les étudiant·e·s internationaux·ales représentent un pourcentage important des personnes inscrites dans les programmes de cycles supérieurs. 

Pour la « capacité d’innovation », Mme O’Meara rappelle que l’accueil massif des étudiant·e·s internationaux·ales dans le passé visait justement à maintenir la compétitivité du Québec en matière de recherche et de changements.

Le gouvernement québécois a prévu des consultations publiques cet automne pour la planification de l’immigration de 2026 à 2029. À cette occasion, l’UdeM déposera un mémoire sur ses préoccupations et ses recommandations, notamment pour demander l’exclusion des étudiant·e·s des cycles supérieurs des plafonds d’immigration.

Démarches de plus en plus complexes 

Les personnes qui souhaitent étudier au Québec doivent obtenir deux documents : le premier, le certificat d’acceptation du Québec (CAQ), est octroyé par la province et le deuxième, le permis d’études, par le fédéral. Le Québec est la seule province à imposer une étape intermédiaire avant celle du gouvernement fédéral. Depuis les récentes restrictions, les démarches se complexifient, les critères sont plus stricts et les délais s’allongent. 

L’étudiante en échange d’un an au baccalauréat en philosophie Justine Clastre et celle en première année à la maîtrise en éducation Chloé Tinard sont arrivées de France au début du mois de septembre, après un parcours semé d’embûches. 

« Je me suis dit : “Ils ne veulent vraiment pas de moi dans ce pays” », avoue Justine, qui ajoute que ce sentiment concernait surtout les démarches administratives. Une fois sur place, elle s’est sentie accueillie par les Québécois·es ainsi que par l’UdeM. 

Justine vient de Lille, dans le nord de la France. En parallèle de ses études en philosophie, elle suit une formation en journalisme. Crédit photo : Sarah Collardey

Les deux étudiantes ont vu leur CAQ refusé une première fois pour preuves de capacités financières insuffisantes et ont dû de nouveau payer pour refaire une demande. « J’ai dû faire un prêt étudiant pour que mon dossier soit accepté », confie Chloé. 

Elle a reçu son permis à la fin du mois d’août et a « dû organiser [son] départ en cinq jours », billets d’avion et logement compris. Justine, quant à elle, a reçu son permis trop tard et a dû payer un nouveau billet d’avion. 

Une éducation attrayante malgré tout

Ces démarches stressantes ont eu une incidence sur la santé mentale des étudiantes. « Ça m’a quasiment mis en dépression », révèle l’étudiante en philosophie. Mme O’Meara confirme également que les changements de politique provoquent « un stress énorme sur les épaules des étudiants ».

Pourtant, la motivation reste intacte. Justine voulait effectuer un échange au Canada depuis longtemps. « L’école m’avait proposé de faire un échange pour ma troisième année, et donc moi tout de suite, j’ai pensé à Montréal », déclare-t-elle.

Chloé vient du nord-est de la France, plus précisément des Vosges. Si ses papiers d’immigration n’étaient pas arrivés à temps, elle serait restée en France et serait partie étudier à Orléans. Crédit photo : Sarah Collardey

Chloé a pour sa part été séduite par la réputation de l’éducation québécoise. « En France, on nous a très bien vendu l’éducation au Québec, on nous l’a vendue comme si c’était magnifique », explique celle qui avait pour objectif personnel de faire ses études à l’étranger. 

Mme O’Meara précise ainsi que, même si le Canada devient peut-être moins attractif pour les étudiant·e·s internationaux·ales, l’UdeM, elle, conserve une solide réputation à l’international. 

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