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L’université entrepreneuriale grâce au MITACS

 

 

 

Le 26 août dernier au pavillon Claire-McNicoll, des dizaines de doctorants et de postdoctorants ont participé au cocktail de clôture de la formation organisée par MITACS. (Crédit photo : Vincent Allaire)

Quel est le rôle des universités dans la formation des doctorants ? Favoriser la recherche fondamentale ou former des personnes pour travailler dans l’entreprise privée? Un organisme subventionnaire canadien, MITACS, facilite le rapprochement entre les entreprises et les universités. Les étudiants au doctorat et l’UdeM semblent heureux de ce partenariat, tandis que d’autres y voient le symptôme d’une dérive des universités.

 

 

La première École doctorale et postdoctorale, baptisée « Penser l’avenir », de la Faculté des études supérieures et postdoctorales (FESP), organisée en partenariat avec MITACS (voir «

MITACS : bien plus que des mathématiques » et « Universités et entreprises, main dans la main »), s’est tenue du 24 au 26 août derniers à l’UdeM. Des étudiants de troisième cycle ont reçu une formation intensive dans le but de devenir de meilleurs candidats pour le marché du travail.

Les journées de mercredi et jeudi ont donc permis à 80 étudiants de l’UdeM de participer à des formations sur la culture d’entreprise, la présentation de soi et la gestion de projet. Le vendredi, 100 étudiants des universités McGill et Concordia, de l’École de technologie supérieure (ETS) et de l’École Polytechnique ont participé à l’atelier de réseautage.

Déjà implantée dans les autres provinces, cette formation, du programme Étapes, permet aux chercheurs d’acquérir des compétences directement applicables au monde des affaires. Étapes vise à pallier certaines carences de direction et de gestion dans le développement des quelque 60000 chercheurs actuellement formés dans les universités canadiennes qui travailleront à l’extérieur du milieu académique.

Parmi les programmes de MITACS, Étapes est celui qui cherche à développer les compétences en demande auprès des employeurs d’aujourd’hui. Par exemple, ces formations permettent aux chercheurs de « s’habituer à donner des cartes professionnelles » ou à « nouer des liens au sein d’une organisation », ou encore d’apprendre les rudiments de la « correspondance par courriel ».

Pour Hélène David, la vice-rectrice aux affaires académiques de l’UdeM, invitée à prononcer le discours de clôture, l’École doctorale s’avère être un succès retentissant. Non seulement parce que les 80 places disponibles pour l’événement ont été comblées en une journée, mais surtout puisqu’une telle formation est à même « d’aider les jeunes chercheurs à développer des stratégies d’action et, ultimement, d’augmenter leurs chances de trouver un emploi à la hauteur de leurs qualifications et de leurs objectifs de carrière ».

Des étudiants comblés

Selon les étudiants rencontrés à l’École doctorale et postdoctorale, MITACS est un organisme exemplaire qui offre un service de pointe. Selon Majdala Mansour-Geoffrion, postdoctorante au Département des génies civil, géologique et des mines de l’École Polytechnique, très peu d’organismes subventionnaires fournissent un service aussi efficace. « C’est très bien, affirme-t-elle. Surtout quand on connaît d’autres organismes subventionnaires, comme le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG), qui ne répondent pas aux questions et où c’est impossible d’avoir des réponses. »

Sa collègue Marie-Laure de Boutray abonde dans le même sens. « Les consignes sont claires et le personnel est disponible et gentil », explique celle qui prépare actuellement une demande afin de participer à un stage en entreprise encadré par le programme Accélération de MITACS.

En ce qui concerne la formule des ateliers Étapes, les étudiants se disent satisfaits. Pour David Dubois, étudiant au postdoctorat au Département de génie de la production automatisée les ateliers de réseautage sont les plus pertinents.

L’ASSE et le virage « économique » des universités

Selon Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE), MITACS n’est pas un organisme surprenant dans le paysage universitaire actuel. « Le rôle d’entremetteur que joue MITACS entre les universités et les entreprises privées répond parfaitement à ce qui devient de plu en plus la mission principale de nos universités, dit-il. La production de savoirs concrets, rentables et rapidement commercialisables. »

C’est principalement là le problème avec MITACS, estime-t-il. Selon lui, l’organisme, avec sa conception de l’innovation, est symptomatique du virage « économique » de nos universités. Il ajoute qu’il est possible d’envisager la connaissance autrement que par des impératifs de compétitivité et de rentabilité. « Enfermer la recherche universitaire dans des impératifs économiques, c’est non seulement vulgaire, mais c’est aussi mettre en péril le développement d’une connaissance libre et vraie», critique-t-il.

M. Nadeau-Dubois pous se la réflexion plus loin. La vision de l’éducation sur laquelle reposent les projets de MITACS est précisément celle qui permet au gouvernement de prendre position en faveur d’une hausse des frais de scolarité. Selon lui, si la connaissance est une marchandise, il devient logique que l’éducation soit désormais perçue comme un investissement, au détriment de ce qui était auparavant considéré comme le rôle fondamental des universités : la transmission du patrimoine scientifique et culturel de l’humanité ainsi que la constitution de nouvelles connaissances, dans un environnement à l’abri des influences politiques et économiques.

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