Au moment où Instagram se montre nostalgique de lui-même, j’ai supprimé mes réseaux sociaux pendant une semaine. Déconnexion imparfaite, longs appels, beaucoup de popote, mais une pression invisible interrompue. J’ai voulu voir ce qui resterait de ma semaine, les stories et le scrolling mis sur pause.
J’ai quitté les réseaux sociaux au moment où mon fil Instagram retrouvait ses allures de 2016 : des photos moins retouchées, plus de vrai monde, des filtres qui n’avaient pas de bon sens. Je les retrouve une semaine plus tard au son des « for sure » massacrés du président français, Emmanuel Macron, et de ses verres fumés.
J’avais déjà tenté la méthode douce : un minuteur limitant mon utilisation de Facebook, d’Instagram et de TikTok à trente minutes par jour, mais en vain. Quand la notification apparaissait, je l’annulais presque systématiquement. Cette fois, j’ai opté pour une méthode plus radicale. Le 16 janvier 2026, j’ai supprimé ces trois applications mangeuses de temps, sans savoir que ma détermination serait mise à l’épreuve à peine 48 h plus tard.
Besoin de connexion indéniable
Le 18 janvier, le Sénégal, où je me trouve présentement, remportait la Coupe africaine des Nations. Les feux d’artifice ont éclaté pendant des heures, les gens couraient dans les rues, le drapeau sénégalais à la main. Dakar explosait de joie, c’était beau à voir. L’envie de partager cette frénésie en story a été forte… je me suis finalement contentée de partager mes vidéos et impressions avec mes proches, en messages privés, et de partager le moment avec mon conjoint. Cette retenue, pourtant contre-intuitive, m’a forcée à réfléchir à ce que je cherche vraiment en partageant du contenu sur les réseaux : une connexion.
Le premier lundi de mon défi, le 19 janvier 2026, dit le Blue Monday (apparemment le jour le plus déprimant de l’année), la Direction régionale de santé publique (DRSP) du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal a publié les résultats d’une étude sur le temps d’écran chez les adultes montréalais en 2025 : 45,4 % passent entre 2 et 4 heures de temps d’écran de loisirs par jour, et 22,7 % y consacrent plus de 4 heures.
Ironie du sort, ce jour-là, j’ai passé 4 h 30 sur mon téléphone. Aïe. Mais en décortiquant ce temps passé sur mon cellulaire, j’ai réalisé qu’il n’avait rien à voir avec mon usage habituel. Trois longs appels avec des amies ont en effet remplacé les échanges un peu distraits et superficiels que j’ai d’habitude sur Instagram ou TikTok, entre deux ou trois vidéos.
Où est allé mon temps d’écran ?
Une semaine plus tard, mon temps d’écran moyen quotidien était toujours très élevé, soit autour de 2 h 30, mais plutôt réparti vers des applications de messagerie directe, de nouvelles et des recherches de recettes. Cette semaine m’a permis de retrouver le plaisir de cuisiner, de terminer (enfin) le livre qui traînait sur ma table de chevet depuis début décembre et de recommencer à écrire quotidiennement.
J’ai choisi des poulets entiers plutôt que des poitrines toutes lisses et j’ai redécouvert le réconfort du bouillon de poulet maison ainsi que la valeur des petites astuces de famille. Préparer un poulet entier relève presque du rite. Une panoplie de cuisiniers-YouTubers prétendent détenir le secret : citron dessus, citron dedans, vinaigre, eau, vinaigre avant l’eau, toute la peau retirée, laissée, à peine retirée… J’ai décidé de simplement suivre les astuces de mon père : « Mets de l’eau un peu dans ta cocotte, ton poulet va garder son jus ! ». Cette semaine-là, mes soupes ont décidément été plus réconfortantes, chaque cuillère avait un petit goût de calme, de temps pour soi.
Si j’ai d’abord été étonnée de lire que 44 % des répondants de l’étude de la DRSP estiment que leurs habitudes numériques ont des effets positifs sur leur bien-être, je suis prête à dire que j’y verrais également un effet bénéfique si je maintenais ces nouvelles habitudes.
| Quelques chiffres… 55 % des internautes estiment passer trop de temps sur les écrans. 44 % des internautes âgés de 18 à 34 ans réagissent positivement à l’idée de passer une semaine sans réseaux sociaux 2. 7 % des internautes ont réduit leur temps d’écran en 20243. 18 % des adultes montréalais constatent des effets négatifs associés à leur consommation d’écrans 4. |
Comment et pourquoi se déconnecter des réseaux ?
La fondatrice de l’entreprise spécialisée dans le bien-être numérique Vivala et autrice du livre Moins d’écrans, plus de moments présents, Laurie Michel, accompagne les personnes qui souhaitent améliorer leurs habitudes numériques et souligne les limites des défis qui invitent à se déconnecter d’un seul coup. « Ce type de déconnexion drastique ne fonctionne pas pour tout le monde, quelqu’un pourrait très mal le vivre, avertit-elle. Puis ça deviendrait beaucoup plus une source de stress qu’une source de détente. Ça pourrait compliquer la prochaine déconnexion. »
Mme Michel m’a invitée à voir le changement d’habitudes numériques comme le fait d’aborder les régimes alimentaires (fait-elle référence à mon poulet ?) : étudier son comportement d’abord, puis comprendre ses besoins, y aller graduellement et planifier des activités de remplacement.
« Des effets néfastes sur le bien-être, l’estime de soi, l’humeur et l’anxiété ont été associés à l’usage problématique des médias sociaux », explique sans surprise la psychologue spécialisée en cyberdépendance Marie-Ange Sergerie dans un article publié sur le site Internet de l’Ordre des psychologues du Québec. À ces effets s’ajoutent les répercussions sur la santé physique. La DRSP souligne que la hausse du temps d’écran peut contribuer à une diminution de l’activité physique et, conséquemment, à une baisse de la capacité cardiovasculaire ainsi qu’à une augmentation de l’embonpoint.
Les gouvernements de plusieurs pays commencent à s’en mêler. L’Australie a interdit depuis le 10 décembre 2025 les réseaux sociaux aux personnes âgées de 16 ans et moins, et d’autres nations envisagent d’emboîter le pas. Au Québec, l’usage des téléphones cellulaires à l’école est interdit depuis l’automne dernier. En ce mois de février, le Mouvement OFF, un réseau international engagé dans la lutte contre « l’aliénation numérique », lance une première édition du « OFF February ». L’idée est d’inviter les internautes à passer 28 jours sans réseaux sociaux.
| Le Mouvement OFF souhaite alerter la collectivité des conséquences néfastes des réseaux sociaux et des nouvelles technologies, parmi lesquelles : – une détérioration de la santé mentale et des capacités cognitives des internautes; – un affaiblissement du débat démocratique sous l’effet de la désinformation; – une concentration accrue du pouvoir dans le secteur technologique; – une exploitation excessive des données personnelles; – un impact environnemental grandissant. |
En ce qui me concerne, j’ai finalement réinstallé Instagram, Facebook et TikTok. J’y ai publié quelques stories depuis la fin de mon défi hebdomadaire. Qu’en ai-je retiré ? Quelques mentions « j’aime » et quelques discussions que j’aurais très bien pu avoir en privé.
L’expérience n’a pas été traumatisante pour moi, contrairement aux mises en garde de Mme Michel. Mais ce n’était qu’une semaine et, bien que je voudrais l’éviter, comme le dit le proverbe : « Chassez le naturel, il revient au galop ».
Ce qui me manque déjà depuis le retour des réseaux sociaux au bout de mes doigts, c’est l’absence de cette pression invisible de scroller, de répondre, de publier, alors j’ai décidé de poursuivre l’expérience. Février se fera par conséquent hors ligne.

Notes de bas de page :
1. Académie de la transformation numérique (2024) : « Actualités en ligne et réseaux sociaux », NETendances 2024. Université Laval : Laval, 73 p. En ligne, consulté le 3 février 2026 : ‹https://transformation-numerique.ulaval.ca/wp-content/uploads/2024/11/netendances-2024-actualites-en-ligne-et-reseaux-sociaux.pdf›.
2. Ibid.
3. Ibid.
4. Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud de l’île-de-Montréal (2026) : Le temps d’écran chez les adultes montréalais en 2025. Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada, 11 p.. En ligne, consulté le 3 février 2026 : ‹https://santepubliquemontreal.ca/sites/drsp/files/media/document/DRSP_JHA_FasciculeEcransAdultes_Mtl_2025.pdf›.