Une born-again québécoise

icone Societe
Par Charlotte Biron
mercredi 15 septembre 2010
Une born-again québécoise
Crédit: François Sabourin
Crédit: François Sabourin

Brigitte Bédard nous accueille avec un sourire géant pour nous raconter sa conversion religieuse. Des jouets d’enfants épars, des peintures pieuses sur les murs, quelques croix et des bibelots à caractère religieux décorent le domicile de cette fervente croyante. En pénétrant dans son microcosme, on s’imagine quelque part dans la Bible Belt aux États-Unis. Mais non. Nous sommes à Varennes, chez une conservatrice catholique.

Si on lui demande de résumer sa vie, Brigitte Bédard dresse un portrait manichéen de son histoire : «Avant, j’étais athée, féministe convaincue et lesbienne. Mais ma conversion m’a changée, du tout au tout. Donc, je n’étais ni lesbienne, ni féministe, ni athée. C’était juste des concepts qu’on m’avait inculqués », explique celle qui est désormais femme au foyer et mère de six enfants.

Crédit: François Sabourin

Avant

Elle nous livre avec une sincérité désarmante ses «péchés du passé », pour reprendre ses mots. Tout ce qui vient avant son chemin de Damas est raconté dans un désordre immense, exposé comme si le seul aboutissement possible était Dieu : «Je cherchais l’amour. Le grand Amour. Celui avec un grand A », dit-elle pour expliquer pourquoi elle allait si mal durant cette période de sa vie.

cism

Elle raconte avec légèreté sa collection de dépendances et de thérapies. « J’ai fait les AA, les CA, les NA, tâche-t-elle d’énumérer,… j’ai même fait Sexoliques Anonymes. Finalement, j’ai essayé Dépendant Affectif Anonyme, les DAA. Et après avoir essayé de ne plus me laisser aller dans le sexe, j’ai commencé à bouffer. Alors, j’ai fréquenté les Outre – mangeurs Anonymes. » Elle a écarté une à une les dépendances. Étonnamment, c’est arrêter de fumer qui a été le plus difficile et qui l’a finalement poussée à bout. «La cigarette, c’est déterminant dans ma vie. […] Quand j’ai arrêté de fumer, j’ai connu le vide existentiel. Je voulais mourir. J’avais pu de sexe, pu de drogues, pu de bouffe, pu rien. Je ne pouvais plus avoir quelqu’un dans ma vie, parce que j’étais dépendante affective […]. Je cumulais les conquêtes tant du côté des femmes que de celui des hommes. J’étais complètement perdue. Ce qui me restait c’était ma cigarette. »

Elle a rencontré Dieu à l’abbaye Saint-Benoit-du-Lac, il y a une dizaine d’années. Elle rit et anticipe ma question en ajoutant qu’il ne s’agit pas d’une apparition. Elle était partie rencontrer un moine sur le conseil d’un des Cocaïnomanes anonymes, pour compléter la quatrième étape qui marque la démarche spirituelle de l’organisme. Le moine en question est aujourd’hui son accompagnateur spirituel. La rencontre a été bouleversante. Elle est revenue de l’abbaye en roulant à 200 km/h, puis a foncé directement à une réunion des CA. «Je vivais une Pentecôte [ l a d e s c e n t e d e l’Esprit-Saint dans la croyance chrétienne], raconte-te l l e , l e s y e u x brillants. Je me sentais comme s i j e n ’ a v a i s jamais péché. J’avais comme un halo.»

Après

Aujourd’ hui, Brigitte Bédard n’est pas qu’ un peu croyante ou un peu à droite. « Il se prépare un schisme entre les catholiques », dit-elle, et elle se trouve du côté le plus radical de cette droite religieuse. « Je ne m’identifie pas du tout au Réseau Liberté-Québec [une organisation sans but lucratif qui souhaite rassembler la droite québécoise]. Je suis une fasciste pour eux. Au Québec, on a peur des valeurs traditionnelles. » Journaliste scientifique, elle ne publie plus dans les médias les plus connus. Elle fait des chroniques au sein de publications chrétiennes, comme le Nouvel informateur catholique ou Les Précurseurs, dans lesquelles elle critique vertement la « cathophobie » des médias québécois et le manque de débats au Québec.

«Là je suis rendue trop à droite. Il n’y a plus personne qui veut me publier. Je suis barrée, barrée. Quand t’admets que t’as la foi, pour les médias actuels, tu es dépourvue d’objectivité, t’es pu capable de voir les choses sainement. Alors que pour moi, je n’ai jamais été aussi objective qu’aujourd’hui. Pour moi, la foi et la raison vont ensemble.»

Son ton est ferme et ses opinions coïncident avec le message de l’Église. Elle parle d’un idéal qu’il faut toujours garder en tête : une maman, un papa, des enfants. « Le mariage gai ouvre la porte à toutes sortes de délires. Pourquoi ouvrir la porte à une minorité ? » Elle s’affiche contre l’avortement, contre la contraception, contre l’euthanasie, comme l’Église l’a toujours été, mais avec les arguments d’une journaliste scientifique. Elle présente des études faites par des médecins (des chercheurs chrétiens) qu’elle souhaiterait voir sur la scène médiatique. Elle travaille aussi sur son autobiographie, toujours dans l’objectif de raconter son histoire, sa vision des choses.

En sortant de chez elle, il pleut. «Au revoir », nous dit-elle. Elle prend son bébé dans ses bras et nous sourit. La petite maison, la grande cour, les enfants dans la fenêtre : Brigitte Bédard respire le bonheur. À l’écouter, on arriverait presque à imaginer Jésus dans la pièce d’à côté.