Campus

Se nourrir avec 7$ par jour

Sept dollars par jour pour manger. C’est ce que l’Aide financière aux études (AFE) donne aux étudiants usager. Lorsqu’on m’a lancé le défi de passer une semaine avec 7 $ par jour, j’ai rigolé. « 49 $ en une semaine ? C’est déjà plus que mon budget ! Franchement, ce n’est pas si terrible. » Erreur. Je ne comptabilisais pas mes arrêts dans les cafés étudiants.

Oh, c’est possible de vivre avec ce budget. Cinq livres de patates, du riz, des pâtes, du pain et du lait et voilà, on ne meurt pas de faim. Mais avec tous ces féculents, on devient obèse et le spectre des carences alimentaires plane.

Tilapia : encore trop cher pour les étudiants

Autre problème : je n’ai pas les capacités de planification et de connaissances culinaires pour avoir un menu varié. L’horaire estudiantin est très changeant d’un jour à l’autre, et l’étudiant moyen à un comportement alimentaire individuel, ce qui augmente les coûts et diminue la diversité des plats.

Jour 1

Jeudi. Ce matin, je dois aller à l’UQAM pour couvrir une conférence de presse. Je mange deux toasts au déjeuner. Pas de beurre, c’est pour les riches. Je me fais cuire des pâtes. Il y a du moisi sur mon pesto : je le retire avec une cuillère et je déverse le reste sur les rotinis à 0,99 $. Voilà, un délicieux lunch. Malheur! je me rappelle qu’après l’UQAM, je dois aller directement à l’UdeM travailler, et comme j’ai un cours de 19 h à 22 h, je ne pourrai pas souper. Une amie me promet un restant de pizza d’une assemblée générale étudiante. Elle oublie. J’ai de la difficulté à me concentrer dans mon cours et j’ai mal à la tête. Merci, AFE. Merci, amie indigne.

Constat : Manger cheap, ça demande de la planification. Et avec un budget aussi restreint, pas question de se dépanner en achetant de la nourriture toute faite.

Jour 2

Vendredi, c’est congé. Je n’ai pas d’école le vendredi depuis des années. En fait, je n’ai jamais suivi le cours d’administration publique lorsque j’étais en science politique, parce qu’il se donne exclusivement le vendredi. C’est mon sabbat à moi. Pas question d’aller à l’épicerie. De toute façon, je suis invité à manger du spaghetti chez une amie le soir. Comme je dois acheter de la bière (ça compte dans le 7 $), je ne peux pas vraiment manger dans la journée pour ne pas défoncer le budget. Je me contente de manger du pain.

Constat: L’alcool compte dans le 7 $ par jour. Ça devient pas mal moins drôle tout d’un coup. Ne pas manger de la journée pour se défoncer dans le spaghetti, ça cause de la somnolence.

Jour 3

Samedi, je suis bénévole au Congrès de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ). Je ne déjeune pas en pensant qu’il y aurait des croissants et des muffins gratis. Erreur : la FPJQ sait que ses membres sont des pique-assiettes, elle évite donc les buffets. Heureusement, le midi, il y a un lunch de servi. Je dévore tout allègrement, et je me remplis les poches de petits pains. Ce sera mon souper. Ils donnent aussi une coupe de vin. Joie. Je réalise toutefois en soirée que d’écouter une partie de hockey sans bière, c’est pas pareil.

Constat : Les sources de bouffe gratuite me font économiser. Je me rends compte que le 7 $ par jour n’est pas immuable et que je peux planifier à plus long terme qu’au jour le jour. Demain, j’ai 14 $. Je mangerai trois repas.

Jour 4

Dimanche, pas grand-chose à dire. Encore une fois, des pâtes, mais cette fois, j’ai du fromage. Merci FPJQ. Pour le déjeuner, je prends conscience que les oeufs, c’est plutôt rentable et que c’est une excellente source de protéines. Point négatif : Ça fait de la vaisselle.

Constat : Même si j’avais plus de budget, je me suis adapté aux deux repas par jour et je n’ai pas été capable de manger plus. On dirait que mon estomac s’est rétréci.

Sélection Mérite : moins cher que les Mr. Noodles.

Jour 5

Lundi, je vais à l’UdeM. Je me lève en retard. J’ai le temps de manger un bout de pain. Pas de lunch par la même occasion. Une autre journée sans nourriture. La directrice générale du Quartier Libre s’inquiète. «Ce n’est pas bon, Charles. Le corps a besoin de calcium, de fer, de protéines.» Je commence à m’inquiéter. C’est vrai que mon menu n’est pas très équilibré. En revenant chez moi, je me fais des pâtes alimentaires avec une boîte de soupe aux tomates Campbell.

Constat : Je ne mange ni de légumes ni de viande (sauf le poulet mou, gracieuseté de la FPJQ). Ce n’est pas un menu équilibré. J’ai l’impression d’avoir failli à ma tâche. Est-ce que j’ai vraiment fait un test, ou je me sous-alimente pour le plaisir de l’écrire ? Le doute me ronge. À moins que ce ne soit la faim.

Jour 6

Mardi, je fais des corrections à la maison. Je mange une conserve de soupe Chunky : chaudrée de palourdes. C’est crémeux, et plein de patates, et c’est tellement salé, ça ne peut qu’être plein de bons minéraux. J’ai fait un tour à l’épicerie et je réalise qu’avec un budget de 7 $, c’est impossible de planifier. Même avec 28 $, je doute qu’on puisse s’alimenter avec beaucoup de variété. En tout cas, on oublie le fromage, le beurre, la viande en générale, et les légumes hors-saison. J’achète tout de même du pain.

Constat : Faire l’épicerie quand on a faim et qu’on n’a pas d’argent, c’est encore plus plate que d’habitude. Lorsqu’on a faim, le corps résiste moins bien au froid et à l’humidité.

Jour 7

Mercredi, enfin. Je déjeune. Des toasts. Je vais à l’école. Pas de lunch. Je me dis que je vais pouvoir m’acheter un truc à l’école, vu que c’est ma dernière journée et que je n’ai pas toujours dépensé 7 $ par jour. Je me prends un gros panini aux légumes grillés et au fromage de chèvre, ainsi qu’un café. 3,75 $. Merci, Café d’Anthropo. Constat : J’ai économisé beaucoup d’argent en coupant les achats de nourriture sur le campus et en coupant dans l’alcool. Ça va aider à payer le loyer.

Le repas complet à la cafétéria étudiante chez Valère coûte 7,60 $. En France, les restaurants universitaires sont subventionnés, et l’on peut obtenir un menu semblable pour 3 euros. Ce serait une façon d’éviter aux étudiants de choisir entre l’endettement, ou la faim.

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