En juin 2025, Formule Polytechnique Montréal a remporté la deuxième place lors de la compétition Formula SAE Electric, dans le Michigan, aux États-Unis. Crédit photo : Courtoisie - Formule Polytechnique Montréal

Polytechnique Montréal : des laboratoires d’innovation étudiante

Les étudiant·e·s engagé·e·s dans une société technique ne comptent plus les heures passées à concevoir leurs projets d’ingénierie, à les mettre à l’essai et à les documenter. Quartier Libre est allé à la rencontre de ceux à la tête de trois des plus importantes sociétés techniques de Polytechnique, pour voir comment l’ambition étudiante se transforme en innovation concrète.

Polytechnique Montréal compte une quinzaine de sociétés techniques, des laboratoires au sein desquels des étudiant·e·s conçoivent, mettent à l’essai et documentent des projets d’ingénierie à échelle réelle. Parmi elles, Oronos, Formule Polytechnique Montréal (FPM) ou encore Esteban illustrent la rigueur du travail étudiant. 

Les membres des sociétés techniques sont clair·e·s : ces dernières ne sont pas des associations étudiantes. « Nous sommes entrepreneurs, nous gérons une entreprise avec un compte en banque, nous payons des impôts et nous avons une structure interne avec des règles spécifiques », explique la directrice d’affaires d’Esteban et finissante au baccalauréat en génie mécanique, Daphnée Paradis. 

Les sociétés techniques sont des organismes à but non lucratif (OBNL) et agissent comme tels. Concrètement, elles ont une mission, une gouvernance définie, qui inclut une direction générale, plusieurs services, un budget et des politiques internes. 

Chacune d’entre elles réunit des équipes pluridisciplinaires qui planifient les projets sur plusieurs mois, assurent la sécurité et la qualité, puis mettent le résultat à l’épreuve dans le cadre de compétitions. « Notre équipe est structurée en trois grandes sous-sections, les affairesla mécanique et l’électrique, et avance sur des cycles de deux ans, dédiés tour à tour au design, puis à la fabrication », précise la directrice d’affaires. 

Les sociétés techniques sont gérées uniquement par des étudiant·e·s, mais le corps enseignant se rend disponible selon les besoins. « Les enseignants sont là si on a des questions et ils sont toujours contents de nous aider », souligne le directeur général de FPM et étudiant de deuxième année au baccalauréat en génie mécanique, Jonathan Pratt. 

En 2025, Esteban a remporté la première place dans sa catégorie au Formula Sun Grand Prix, aux États-Unis, ainsi que le prix du tour le plus rapide. Crédit photo : Carla Roche

Transmettre le savoir

À FPM, la construction d’une voiture « permet d’acquérir très rapidement des compétences pratiques, car nous concevons un projet de A à Z, poursuit-il. La grande majorité de ce que l’on fait, on ne l’apprend pas à l’école, peut-être simplement la base. » 

Les étudiant·e·s membres de ces organismes accordent une grande importance à la transmission du savoir entre eux. « Chaque nouveau est jumelé à un plus expérimenté, on fait attention à la transmission de l’info, c’est vital », détaille le codirecteur d’Oronos et étudiant de quatrième année au baccalauréat en génie aérospatial Guillaume Martineau.

Grâce à cette méthode, les membres assurent la sécurité et la pérennité des savoirs. Guillaume ajoute que « même les anciens membres, qui sont maintenant sur le marché du travail, continuent de [les] aider et de répondre à [leurs] questions ». 

Même son de cloche du côté d’Esteban. « On utilise des outils pour centraliser l’information », précise le directeur général de l’organisme et étudiant de troisième année au baccalauréat en génie mécanique, Alexis Lavoie, qui assure que la documentation de chaque étape est « essentielle pour transmettre la connaissance plus facilement ».

Ambition et innovation

« On veut se compliquer la vie au maximum », avoue Guillaume en souriant. Pour lui, la complexité n’est pas un détour inutile. Au contraire, « elle motive l’équipe et donne l’impression de faire l’histoire ». En août 2025, cette culture du défi a permis à Oronos de remporter la première place de la compétition canadienne de fuséonautique étudiante Launch Canada Challenge grâce à sa fusée, dont le vol a atteint un nouveau record pour un lancement étudiant au Canada.

Du côté de FPM, cette ambition s’est traduite par le lancement, en 2024, d’une voiture sans conducteur dotée d’un système de propulsion électrique haute performance et capable de rouler sur un circuit en autonomie. Cette voiture a fait ses preuves sur plusieurs pistes en Amérique du Nord et en Europe.

Cette année, Esteban a également décroché la première place dans la catégorie des véhicules à plusieurs occupant·e·s lors de la compétition Formula Sun Grand Prix, aux États-Unis. Cette constance fait de l’organisme une référence dans le domaine de l’innovation étudiante au Québec. 

Daphnée explique que l’innovation se nourrit de méthode et d’audace. « On prend notre inspiration de ce qu’on a vu dans d’autres compétitions et aussi des commentaires reçus des juges et, parfois, une personne lance une idée farfelue et on se dit “pourquoi pas ?” », illustre-t-elle. 

En août 2025, Oronos a remporté la première place toutes catégories confondues au Launch Canada Challenge, grâce à un vol qui a dépassé les 67 000 pieds (20 km). Crédit : Carla Roche

« Une véritable job à temps plein »

Jonathan confirme que son rôle au sein de FPM est « une véritable job à temps plein ». Au sein de cette société technique, l’investissement en temps reste conséquent et peut atteindre les 40 heures par semaine. « On avertit les nouveaux étudiants dès le départ qu’il faudra consacrer un minimum de 15 à 20 heures par semaine, parfois plus lors des compétitions », admet-il. 

Pour l’équipe d’Oronos, cette intensité a un coût, mais elle revendique aussi un fort rendement pédagogique. « Ça prend beaucoup de temps et, parfois, ça prend le dessus sur nos cours, mais l’apprentissage compense largement ces pertes académiques », concède la codirectrice de l’organisme et étudiante de quatrième année au baccalauréat en génie aérospatial Anne Sophie Spiridonakis-Batista. 

Daphnée rappelle que s’impliquer dans une société technique est autant profitable pendant les études qu’une fois celles-ci terminées. « On met minimum 20 heures par semaine, mais c’est payant plus tard, même pour les stages, assure-t-elle. On devient ingénieur, mais aussi entrepreneur, on apprend à négocier avec d’autres branches de génie, à faire des compromis. »

Plusieurs étudiant·e·s affirment également que ce travail occupe une place cruciale dans leur vie. « Oronos représente une grosse partie de mon identité, admet Guillaume. Si je n’en faisais pas partie, je ne sais pas ce que je ferais de mes journées. »

Profil des sociétés techniques 

Formule Polytechnique Montréal a été fondée en 1984 et rassemble environ 25 à 30 étudiant·e·s, qui ont développé et fabriqué une voiture de course 100 % électrique pour la Formule SAE.

Oronos, créée en 2011, regroupe près de 60 étudiant·e·s, qui conçoivent, assemblent et lancent des fusées-sondes. 

Esteban a été fondée en 1998 et réunit aujourd’hui plus d’une centaine d’étudiant·e·s autour de la conception et de la fabrication d’une voiture entièrement alimentée à l’énergie solaire.

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