Ce samedi 6 décembre marque les commémorations de la tuerie de masse à Polytechnique, où 14 femmes furent assassinées. Trente-six ans après les faits, la coordinatrice du collectif PolySeSouvient exprime son mécontentement quant au contrôle des armes à feu au Canada.
En 1989, à la suite du massacre du 6 décembre, le groupe PolySeSouvient s’est formé, composé de survivant·e·s, de témoins et de familles des victimes. Depuis, il milite pour le contrôle des armes à feu au Canada. L’assaillant avait en effet utilisé une carabine semi-automatique Ruger mini-14.
La cofondatrice de la Coalition pour le contrôle des armes et coordonnatrice de PolySeSouvient, Heidi Rathjen, était étudiante à Polytechnique Montréal lors du massacre. Elle se désole de l’état actuel des choses. « Les libéraux sont très forts sur les promesses et très faibles pour livrer des mesures concrètes », déclare-t-elle.
Dans une lettre ouverte adressée au premier ministre du Canada, Marc Carney, le 11 novembre dernier, PolySeSouvient dénonce l’inaction du gouvernement libéral quant à ses promesses en lien avec le contrôle des armes à feu. Les signataires avancent qu’il serait « malhonnête, voire hypocrite » que les député·e·s du caucus libéral participent aux commémorations des victimes de la tuerie de Polytechnique Montréal.
M. Carney a déclaré en avril dernier vouloir resserrer la réglementation sur les armes à feu. Pendant la dernière campagne électorale, le Parti libéral du Canada disait vouloir présenter une loi pour faire en sorte que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) se charge de classer les nouveaux modèles d’armes à feu plutôt que la responsabilité revienne à l’industrie de l’armement.
Deux ans après l’adoption de l’ancien projet de loi C-21 visant à resserrer le contrôle sur les armes à feu, seul le gel de la vente des armes de poing, soit l’interdiction d’acheter, de vendre et de transférer ces modèles d’armes, est entré en vigueur. D’autres dispositions, portant notamment sur la violence conjugale armée, ne l’ont pas été. En outre, Ottawa a annoncé le 9 octobre dernier ne pas vouloir appliquer l’interdiction des carabines SKS, comme le prévoyait initialement la loi.
« On ne peut pas cacher notre déception totale face au manque d’action concrète », déplore Mme Rathjen. Pourquoi le gouvernement tarde-t-il à agir face aux demandes de PolySeSouvient ? La coordinatrice déclare ne pas avoir de réponse. « Il faut demander au gouvernement, moi je ne comprends plus rien », avoue-t-elle.
Combat de longue date
L’une des grandes victoires du groupe inclut l’adoption du projet de loi C-17 en 1991, qui a notamment imposé la détention d’un permis de possession d’arme, renouvelable tous les cinq ans.
En 1995, PolySeSouvient avait également milité pour la création d’un registre pour toutes les armes à feu sans restriction au pays. Le collectif avait obtenu gain de cause cette année-là, mais le gouvernement Harper avait ensuite abrogé le registre en 2012 à la suite du projet de loi C-19, intitulé Loi sur l’abolition du registre des armes d’épaule, détruisant les données sur la possession de six millions d’armes à feu.
De plus, alors que le groupe pensait avoir gagné sa cause sur l’interdiction des armes d’assaut et des chargeurs à grande capacité, les gouvernements successifs n’ont pas mis à jour la liste des armes prohibées, causant la circulation des armes d’assaut sur le marché. « Les gouvernements conservateurs ont vraiment libéralisé l’accès aux armes de poing », ajoute Mme Rathjen.
Aujourd’hui, PolySeSouvient milite toujours, entre autres, pour l’interdiction des armes d’assaut. La coordonnatrice met particulièrement l’accent sur la carabine semi-automatique SKS, très répandue. Elle estime que l’interdiction des armes d’assaut ne sera pas totale tant que ce modèle restera en vente.
Mme Rathjen tient à préciser qu’elle n’est pas contre les armes à feu ou la chasse, mais bien contre l’accès aux armes « conçues pour le crime et pour la guerre », comme celles de poing et d’assaut. « Nous ne sommes pas pro-libéraux, [ni] anticonservateurs, souligne-t-elle. Nous sommes pro-contrôle des armes et pro-intérêt public. »
Selon Statistique Canada, la violence par arme à feu a mené à 289 homicides en 2023.