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Pas de quoi faire fortune

Est-ce normal qu’un professeur puisse demander à l’ensemble de ses étudiants d’acheter un livre qu’il a lui-même écrit et pour lequel il touchera des droits d’auteur ? Alors que des étudiants s’étonnent de cette pratique, les professeurs banalisent le procédé.

«Le prof a dû refaire sa cuisine avec ça» se moquait, écoeuré, l’un des étudiants sondés par Quartier Libre. En effet, de nombreux étudiants s’étonnent de cette pratique où un professeur ayant la charge de centaines d’étudiants exige l’achat obligatoire d’un bouquin écrit par lui-même. Mais les professeurs reçoivent-ils vraiment beaucoup d’argent de leurs ventes de livres ? Selon les principaux intéressés, la réponse courte est non. La longue aussi.

Alexandre Morin, auteur de deux ouvrages sur le droit constitutionnel, chargé de cours et avocat, ne croit pas que les professeurs qui publient le font pour la ristourne sur la vente des ouvrages. Ses livres affichent des prix de vente de 60 et 70 $. «Compte tenu du nombre d’heures investies dans l’écriture du livre, ce n’est pas avec ça que l’on fait de l’argent », dit-il sans réserve.

Selon Me Morin, la rédaction d’un livre n’est pas une entreprise profitable. « Investir une centaine d’heures dans l’écriture d’un livre, ce n’est pas rentable. C’est bien plus profitable de travailler pour mes clients », explique celui qui facture normalement 100 $ pour une heure de consultation. Le chargé de cours indique qu’aucun de ses étudiants ne s’est opposé à l’achat d’un ouvrage qu’il avait luimême écrit. « En plus, je ne les force pas à acheter mon livre, je leur suggère de l’acheter», soutient Me Morin.

Pas de gros lot non plus pour sa col l è gue Gene v i è v e Dufour. Professeure de droit de l’entreprise, elle indique donner l’ensemble des droits d’auteur qu’elle touche sur son livre didactique à des oeuvres de charité. «J’ai déjà un salaire », explique-t-elle. Le montant des ristournes qu’elle obtient pour la vente des livres s’élève à quelques centaines de dollars chaque trimestre.

Alors, pourquoi écrire?

« Le bassin d’ouvrages disponible est quand même assez restreint », dit Geneviève Dufour, qui affirme qu’elle aurait dû demander à ses étudiants de se procurer deux livres distincts si elle ne pouvait pas compter sur le sien, Le droit moderne des entreprises (74,95 $). Pour un professeur, écrire soi-même l’ouvrage de référence du cours permettrait une plus grande flexibilité quant aux matières enseignées et un angle identique à celui du cours.

Selon Me Morin, la publication est aussi une occasion d’ajouter sa contribution à la réflexion disciplinaire. Les témoignages des professeurs sont confirmés par Antoine Del Busso, directeur général des Presses de l’Université de Montréal (PUM). La maison publie plusieurs livres signés par des professeurs de l’institution et ses acheteurs sont en grande partie étudiants.

Combien reçoivent les auteurs ? «Comme tous les autres auteurs, ils touchent un droit d’auteur sur le prix de vente. Ça peut varier entre 6 et 10 %, un peu plus dans certains cas», dit M. Del Busso. Sans encourager formellement les professeurs qui publient aux PUM à faire acheter leur ouvrage par leurs étudiants, il continue tout de même de croire que ce sont les auteurs eux-mêmes qui feront décoller les ventes de leur ouvrage. « De manière très générale, les auteurs sont les meilleurs promoteurs de leur livre. Cela ne s’applique pas seulement aux professeurs, mais à tous les auteurs qui savent bien parler de leur livre», dit-il.

Quant au pactole, M. Del Busso fait éclater toute illusion en rappelant la petitesse du marché québécois. «Si un ouvrage des PUM est vendu à plus de 1 000 exemplaires, on considère que c’est une très bonne vente.»

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