Entre drame familial et réflexion éthique, Où vont les âmes met en lumière la question de l’aide médicale à mourir à travers le regard d’une jeune femme condamnée par la maladie. La réalisatrice Brigitte Poupart y déploie une mise en scène intime et vibrante, qui pousse le public à réfléchir au temps, à la souffrance et à la puissance du lien humain.
Sorti en salle le 14 novembre, le long métrage Où vont les âmes de Brigitte Poupart raconte l’histoire d’Anna, jouée par Sara Montpetit. La jeune femme, atteinte d’un cancer incurable depuis l’âge de 14 ans, y demande l’aide médicale à mourir.
Le récit suit également ses deux demi-sœurs, Éléonore, jouée par Julianne Côté, et Ève, interprétée par Monia Chokri. Ensemble, elles subissent les conséquences et les débordements médiatiques de la condamnation de leur père pour viol, en plus de devoir composer avec le parcours difficile d’Anna.
Dès le début, l’histoire touche au cœur du sujet, avec Anna qui annonce sur ses réseaux sociaux qu’elle demandera l’aide médicale à mourir dans les quinze prochains jours. Avant d’y avoir recours, elle désire absolument revoir ses demi-sœurs avec lesquelles elle entretient une relation tendue en raison de leur contexte familial.
Le film s’articule essentiellement autour d’un sujet encore profondément tabou : comment vivre avec une souffrance omniprésente ? Il confronte le public à la valeur du temps et l’incite à repenser le pardon et la réappropriation du corps.
Le public se trouve devant l’impossibilité de rester de marbre face à une œuvre qui pousse à l’introspection en matière de relations personnelles et des façons dont les individus s’entourent face à l’inévitable fin de vie. Le long métrage rappelle également l’importance du moment présent, ainsi que la valeur des rires, qui subsistent à travers les peines, et celle de la vie, qui persiste dans la douleur constante. Face à Anna, l’auditoire ressent l’urgence de vivre. La réalisation profonde de Brigitte Poupart illustre en images, par le biais de levers de soleil ou de crépuscules, qu’une vie peut connaître plusieurs débuts, mais, ultimement, une seule fin.
La jeune protagoniste, Anna, qui s’accroche à la photographie pour tenter de figer le temps, laisse penser que la vie n’est pas intemporelle, contrairement à l’amour. L’œuvre saisit à la gorge et invite le public à réfléchir à ce qu’il faut laisser derrière soi en guise d’héritage de sa propre existence.
Où vont les âmes rappelle que le pardon n’est pas obligatoire. Celui-ci existe pour être envisagé, mais pas nécessairement pour être choisi. Les trois sœurs font d’ailleurs face à ce choix tout au long du récit sur leur père. En parallèle, la prison d’Anna, sa maladie, s’oppose à celle de son père, l’incarcération, car celle-ci ne résulte pas de ses choix de vie.
Le long métrage illustre le désir de reprendre le contrôle face à la décision de mourir et interroge sur la position de la société sur ce sujet encore trop incompris. Il offre également une occasion immense de revoir le rapport à la douleur chronique et de rappeler que la décision d’y mettre fin devrait uniquement revenir à l’individu qui la subit.
Où vont les âmes est si poignant que le regarder sans finir les yeux humides est aussi difficile qu’improbable.