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On va au Percé pour manger

Se nourrir convenablement au pavillon Marie-Victorin durant les cours de la fin de semaine relève de l’épreuve olympique. Des dizaines d’étudiants affamés se cognent hebdomadairement le nez contre la vitrine fermée de la cafétéria universitaire. Où pourront-ils bien se sustenter ? Pardieu, camarades ! Pourquoi pas une poutine du Percé, avenue Vincent-d’Indy ? Critique et rencontre avec le propriétaire.

Les cuisiniers du Percé posent avec le propriétaire au chandail noir, Georges Stamadianos. (Photo : Christine Berger)

Rencontre

Georges Stamadianos est le propriétaire du Percé.

Le nom « Percé » vient d’un voyage de noces en Gaspésie par un de ses oncles.

Dès l’âge de neuf ans, il lave la vaisselle dans les cuisines.

Des étoiles s’illuminent dans ses yeux lorsqu’il se remémore les filets mignons que mangeaient autrefois les gens du quartier.

Un souper au Percé constituait alors la sortie de la semaine.

Après des études en science politique à Concordia, Georges rentre au bercail et reprend du service au restaurant.

« Ça emballe ta vie », explique-t-il, donnant comme preuve l’absence d’une seule journée de congé pendant sa première décennie à la tête de l’établissement.

Le Percé, c’est sa vie.

Son père, septuagénaire, profite maintenant d’une retraite bien méritée.

« Il faut qu’il relaxe, il a assez travaillé, confie-t- il, visiblement reconnaissant. Il est toujours présent. Il vient faire son tour, il va magasiner des légumes, des fruits, des viandes. Il est bon pour surveiller les prix sur le marché», explique le propriétaire.

Sa conjointe, qui habite Québec, insiste pour qu’il passe à autre chose.

Lui-même réalise qu’il devra faire face à des choix difficiles s’il veut avoir une famille.

Georges Stamadianos regrette les foules qui remplissaient auparavant son établissement.

« C’était avant le métro (Édouard-Montpetit inauguré en 1988). Les choses n’allaient pas aussi vite. Les gens restaient un peu sur place, descendaient la rue pour prendre l’autobus. Les bonnes années sont derrière nous. »

Critique

Passé le seuil de la porte du restaurant Le Percé, les banquettes de cuir jaune assaillent les yeux, déchirent les pupilles, brûlent les iris.

L’expérience est violente.

Puis, on en vient aux ornements de bois.

Enfin, on distingue les quelques enseignes de bière, trop récentes pour faire figure d’antiquités, trop vieilles pour remplir leur fonction première.

Des écrans géants permettent de combler les silences dans les conversations, à coups de LCN et de hockey.

On va au Percé pour manger.

La sauce tomate et la sauce gravy submergent le restaurant, forment des vagues entre les banquettes et s’engouffrent dans les bouches affamées, attablées.

Au Percé, le menu s’éparpille d’Athènes à Hochelaga, en passant par Rome.

Le visiteur qui n’y voit rien à se mettre sous la dent est soit aveugle, soit édenté.

Lors de ses deux visites, l’auteur de ces lignes a commandé des omelettes.

On oublie le truc à moitié cuit et baveux, style Josée di Stasio.

Non.

De bonnes omelettes très cuites, l’une au fromage orangé, l’autre aux champignons.

Le tout servi avec des frites un peu molles, mais tout à fait comestibles après une petite tempête de sel.

Historique

«Les premières poutines, pizzas et brochettes du Percé ont été servies en 1974 et le décor n’a pas changé depuis, explique Georges Stamadianos, propriétaire du Percé. On ne veut pas se spécialiser. Les clients veulent du choix. Ce sont des profs, des étudiants et du personnel de l’UdeM. Les Carabins nous encouragent aussi énormément. Les meilleurs vendeurs, ce sont la poutine, les club-sandwiches et les souvlakis. Ça marche très fort. Avec les années, les goûts changent et la clientèle aussi.»

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