La peur nous accompagne partout. Et parce que nous sommes de drôles de créatures, nous la recherchons même volontairement. On regarde un film d’horreur, on écoute une histoire de meurtre sur Netflix avant de dormir ou on paie (trop cher) pour se faire poursuivre dans une maison hantée.
D’autres peurs sont plus difficiles à éteindre une fois l’écran fermé. La peur de vieillir, d’échouer, de manquer d’argent ou de ne pas trouver sa place. La peur aussi d’un avenir qui semble de plus en plus incertain. Devant les crises qui s’accumulent, le cynisme peut facilement devenir une armure.
Néanmoins, à force d’anticiper ce qui pourrait mal tourner, on finit parfois par renoncer avant même d’avoir essayé. On garde une idée pour soi, on repousse un projet, on attend de se sentir prêt et, sans
trop s’en rendre compte, on laisse nos peurs décider à notre place.
Pour ce deuxième numéro, une idée revenait sans cesse: nos peurs racontent quelque chose de nous. Elles révèlent ce à quoi nous tenons, ce que nous risquons de perdre et ce que nous aimerions protéger. Ce numéro de Quartier Libre ne promet pas de chasser les fantômes du campus ni de faire disparaître toutes nos angoisses. Ce serait pratique, mais légèrement ambitieux. Il propose plutôt de les examiner ensemble.
Il ne s’agit donc pas de prétendre que nous n’avons peur de rien. Ce serait faux et franchement un peu inquiétant. La question est plutôt d’oser prendre la parole, d’essayer, de s’engager, sans attendre d’avoir toutes les garanties. On peut avoir peur de la suite et vouloir quand même y prendre part.
Nos peurs sont bien réelles. Elles ne sont toutefois pas obligées d’avoir le dernier mot.
