Mille idées à l’université

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Par Camille Dufétel
mercredi 28 janvier 2015
Mille idées à l’université

« Quel grand homme, ce Karl Marx! », « On s’est fait avoir au lac Meech », « Je ne suis pas raciste, mais… », « Ces frustrées… euh pardon, ces féministes… », « Signez notre pétition pour faire front commun contre les coupes budgétaires! » D’une langue qui fourche à celle qui assume son propos, il n’y a parfois qu’un pas que professeurs et étudiants décident ou non de franchir. Sans oublier ceux qui ne se trahissent pas, ou ceux qui n’éprouvent aucun besoin de crier leurs idées sur tous les toits. Et sans faire abstraction de ceux qui se moquent tout court de la politique.

Militer à l’université, oui, mais militer bien. Militer en étant inspiré, lorsque les opinions politiques des professeurs donnent matière à réflexion, servent à engager le débat, à se positionner, à mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons. Quand les combats menés par d’autres étudiants, qu’on les approuve ou non, nous interpellent sur les enjeux propres à notre condition d’étudiant, sur des causes qui nous concernent en tant que citoyens.

Mais pas lorsqu’on se retrouve face à une sorte d’éternel incompris, un politicien refoulé déguisé en professeur, regrettant de ne pas avoir agi du temps de sa jeunesse. Quelqu’un qui ne sait plus aujourd’hui que partager rancœurs et révolte avec ses étudiants, fredonnant sans cesse la même rengaine et n’entendant plus le moindre contre-argumentaire. Un être intimement convaincu de connaître le remède aux grands maux de ce monde, et pour qui le terme « échange » ne revêt aucun sens.

Afficher sa couleur, oui, mais savoir douter. Étudiants et professeurs ne peuvent pas prétendre avoir la science infuse, et encore moins en être convaincus. Il vaut mieux apprendre à écouter, pour mieux débattre. C’est ce qui, à mon sens, témoigne qu’un professeur est à la bonne place, et qu’un étudiant a compris ce qu’il venait faire à l’université.

Car l’université est le lieu où l’on remet en perspective ce que l’on apprend ou ce que l’on enseigne. Chaque année, un professeur de droit devra remettre son cours à jour, car de nouvelles décisions sont constamment rendues, modifiant la jurisprudence relative à une question juridique donnée. De la même manière, de nouvelles technologies bouleversent chaque jour un peu plus certains milieux, comme celui des études cinématographiques. La science, elle aussi, évolue. Les voies de la médecine ne sont pas impénétrables.

Certes, les fondements restent les mêmes, mais dans n’importe quel domaine, nous sommes voués à devoir sans cesse nous adapter, à questionner ce que nous affirmions hier. La science politique n’échappe pas à ce sort qui constitue sans aucun doute son bien-fondé. Le jeune militant rira peut-être, en prenant de l’âge, de ses convictions d’antan. Ou alors il restera campé sur ses positions, qu’il aura adaptées à de nouvelles réalités. Le professeur se nourrira des commentaires de ses étudiants pour enseigner sa matière à d’autres étudiants, histoire d’attirer davantage leur attention et de vivre avec son temps.

Ce mercredi marque l’organisation d’un débat entre les candidats à la chefferie du Parti québécois. Il mobilisera sans aucun doute de nombreux étudiants, résolus à exprimer leur couleur politique. Tant que la réflexion est permise, tant que l’ouverture d’esprit est présente, la conscience politique a, selon moi, plus que jamais sa place sur le campus.