Si les étudiant·e·s-athlètes des Carabins doivent tous·tes conjuguer les exigences de leurs études et du sport de haut niveau, certain·e·s vont jusqu’à ne pas envisager de choisir l’un au détriment de l’autre. L’étudiante au doctorat en psychologie et joueuse de football drapeau Mathilde Renaud fait partie de celles et ceux qui s’y refusent.
Entre les entraînements, les séances de renforcement musculaire, les rencontres d’équipe, les parties jouées dans le cadre du Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ), mais aussi les compétitions et les camps d’entraînement avec la sélection nationale, la joueuse de football drapeau (ou flag football) Mathilde Renaud, à la fois capitaine de l’équipe des Carabins et membre du top 18 de l’équipe du Canada, possède un agenda plus que rempli.
L’étudiante-athlète ne consacre toutefois qu’une partie de son emploi du temps au sport, car elle a commencé un doctorat en psychologie – Recherche et intervention, option Psychologie clinique à l’automne 2025 et travaille comme coordonnatrice d’une clinique de psychologie « une petite dizaine d’heures par semaine ».
Depuis qu’elle est tombée dans la marmite du football drapeau en première année du secondaire, la jeune femme de 24 ans n’envisage pas le sport sans les études, et inversement. Elle jongle donc entre l’école et le ballon ovale depuis plus de douze ans.
« J’ai besoin des deux sphères pour bien fonctionner et performer, explique Mathilde. On dirait que le fait d’être stimulée intellectuellement dans ma profession et dans mon rôle d’étudiante fait que je suis plus disposée après ça pour aller faire mon sport. Le fait de pouvoir dépenser mon énergie et d’être active fait aussi que je suis plus disposée mentalement après pour mes clients, pour mes études et pour mes lectures. »
Discipline de fer et mental d’acier
Réussir à tout mener de front reste tout de même un défi, notamment avec des entraînements très matinaux, entre 6 h et 8 h du matin ou tardifs, jusqu’à 23 h. « Mathilde fait ses choix et ses sacrifices en fonction de sa carrière et de son sport, souligne sa directrice de recherche, la professeure titulaire au Département de psychologie Karine Péloquin. Elle est excessivement disciplinée. »
De son propre aveu, l’athlète n’a pas eu d’autre choix que de cultiver ce trait de personnalité pour tenir le rythme. « Pour arriver à concilier tout ce qu’il y a dans tout mon horaire, je pense que je me sentirais vite submergée s’il n’y avait pas cette organisation et cette rigueur-là », ajoute-t-elle.
Afin de maintenir ce niveau d’exigence, la centre offensive fait preuve d’une détermination sans faille, qui, pour quiconque ne partage pas sa discipline de fer, passerait presque pour de l’obstination. En effet, Mathilde ne se contente jamais de bien faire les choses, elle vise l’excellence dans tout ce qu’elle entreprend. « Quand à l’entraînement, elle ne fait pas bien un exercice, on n’a rien besoin de lui dire, ça se voit dans ses yeux qu’elle veut le refaire », précise l’entraîneur-chef de son équipe Alexandre Desjardins, qui la supervise aussi dans l’équipe nationale.
« Elle se met beaucoup de pression, poursuit-il. Elle veut être parfaite, ne pas faire d’erreur et être la meilleure dans tout ce qu’elle fait. » Son perfectionnisme donne d’ailleurs lieu à certaines blagues au sein de l’équipe. « On aime la taquiner en lui rappelant qu’une fois, elle avait oublié l’une de ses camisoles pour une compétition, avoue l’entraîneuse-cheffe Rachel Lessard. Elle se sent gênée tant elle veut toujours être parfaite. »
Encaisser les échecs
Le travail acharné ne met toutefois pas à l’abri des coups durs, en particulier dans une discipline où le corps peut être mis à rude épreuve. « J’ai aussi vécu des expériences vraiment plus négatives, il y a eu des moments où je n’ai pas été prise dans des équipes, où je me suis blessée, où j’ai dû arrêter », confie Mathilde.
Les déconvenues surviennent également dans ses études. En effet, après son baccalauréat, elle n’est pas parvenue à intégrer le doctorat*. « Je dirais que mon sport a été pris en considération, mais pas pour m’aider à poursuivre aux cycles supérieurs, détaille-t-elle. C’est-à-dire qu’on s’attendait à ce que j’aie exactement les mêmes notes ou les mêmes expériences extracurriculaires que n’importe quel de mes collègues qui ne faisaient pas du sport 15 heures par semaine. »
« Comme elle était très investie dans le sport, elle n’avait pas le dossier typique de l’étudiant qui applique au doctorat, explique Mme Péloquin. Elle est hyper déterminée et travaillante, alors elle a redoublé d’efforts pour y arriver quand même. »
Après son baccalauréat, Mathilde a donc commencé une maîtrise pour bonifier son dossier et a effectué un stage au sein d’un laboratoire de recherche. Elle a ensuite retenté l’admission au doctorat l’année suivante, toujours sans succès. Finalement, ses efforts ont fini par porter leurs fruits : à la troisième tentative, Mathilde a réussi à intégrer le programme qu’elle a tant convoité.
Jamais l’un sans l’autre
Combiner un programme aussi intense que le doctorat à un sport de haut niveau : impossible ? « Pour elle, c’était les deux ou rien », se souvient Mme Péloquin, qui la supervise désormais dans le cadre de celui-ci.
« Je ne sens pas que je suis satisfaite de ma carrière en ce moment pour accrocher mes souliers, avoue Mathilde. Donc, je pense que je vais continuer à jouer au flag au plus haut niveau qu’on me le permet, jusqu’à tant que mon corps sente que c’est la fin. »
Sa capacité à mener de front une carrière d’athlète tout en effectuant son troisième cycle universitaire inquiétait en réalité davantage sa superviseure. « Au début, on a eu plusieurs conversations pour vérifier sa capacité à maintenir les deux, confie-t-elle. Ma crainte est tombée quand j’ai vu la quantité et la qualité de son travail. »
Mathilde a d’ailleurs tout prévu pour optimiser ses deux trajectoires. Si elle était amenée à participer aux Jeux olympiques de Los Angeles en 2028, où le football drapeau comptera parmi les cinq nouvelles disciplines admises, elle n’y verrait pas d’embûche à la finalisation de sa thèse. « Ça serait mon année de rédaction, indique-t-elle. En fait, ça tomberait relativement bien. »
* En psychologie, l’admission au doctorat est possible directement après l’obtention du baccalauréat.
| Parcours de Mathilde Renaud 2001 : naît à Montréal 2012 : débute le football drapeau comme activité parascolaire 2019 : devient membre de l’équipe du Québec 2020 : commence le baccalauréat en psychologie à l’UdeM 2021 : intègre le club sportif de flag football de l’UdeM, nouvellement créé 2023 : obtient sa première sélection dans l’équipe nationale et participe aux jeux panaméricains 2025 : commence le doctorat en psychologie et accède au statut d’étudiante-athlète au sein de la nouvelle équipe de flag football des Carabins |