Un visuel unique, une vision figurative, une vue daltonienne. L’oeil calme d’un peintre brillant : celui de Marc Séguin. Reconnu par ses contemporains pour la force tranquille de son art, suivez la ligne de fusain qui trace le parcours de ce grand de l’art canadien actuel et qui mène jusqu’au plus récent documentaire de Bruno Boulianne.

Émulsions sur toiles et écrans

Bruno Boulianne, avec Bull’s Eye, un peintre à l’affût, permet au public de faire la connaissance de Marc Séguin l’homme, le peintre et le père de famille. Tout en imprégnant l’opus d’une signature visuelle bien à lui, le cinéaste arrive tout de même à s’effacer derrière son sujet, laissant place au naturel des choses. Il accorde ainsi sa vision à celle de Séguin, avec une belle sincérité. «C’est une idée assez intelligente de sa part, parce que comme c’est un documentariste, c’est quelqu’un qui, je pense, avait compris que j’étais assez sauvage; il devait faire comme si c’était normal qu’il soit là. Je le trouve brillant, très intelligent. J’aime les gens intelligents, j’aime quand on ne fait pas les choses comme je les avais prévues», explique l’artiste. Le documentaire ne ment pas ; il montre les choses telles qu’elles sont, dans toute leur vérité. Forme et fond viennent ainsi s’harmoniser dans une symbiose presque parfaite. Cette collaboration, le peintre l’a vue comme une opportunité de rendre l’art visuel plus accessible, d’humaniser le créateur derrière l’oeuvre : «La seule et unique motivation, c’est le fait qu’en tant qu’artiste, j’aurais aimé voir ça, avoir ce genre d’accès. Je ne l’ai pas fait par vanité. Dans le fond, Bruno avait un plan, moi j’étais juste le sujet. J’avais confiance en son projet», précise-t-il. Un projet qui permet aux gens de mieux comprendre les motivations, les réflexions de Séguin, de faire une intrusion complice dans son univers.

Marc Séguin est un homme du temps, de son temps, qui laisse sa trace en arrêtant le temps sur ses toiles. La tête sur le bûcher, il couche une partie de lui-même à chaque trait de fusain, à chaque coup de pinceau. Pour transmettre une telle vulnérabilité, il n’a d’autre choix que de jouer franc jeu, d’être honnête envers luimême et son art. Marc Séguin se permet d’exiger le meilleur, prend tous les moyens pour y arriver et son oeuvre s’en ressent grandement. Son parcours semble éviter la destination, refuse toute finalité et continuera certainement de surprendre en empruntant de nouvelles avenues encore jamais explorées.