Depuis sa victoire aux 21e Francouvertes en 2017 et la parution de son premier album studio, Premier juin, en 2018, beaucoup de choses ont changé dans la vie de l’autrice-compositrice-interprète Lydia Képinski. Entre tournées et festivals d’envergure, elle a réussi à établir sa place parmi les artistes les plus uniques de l’environnement musical québécois. Aujourd’hui, elle est de retour avec un troisième album, C’est parti !, qui sonne comme un renouveau. Quartier Libre s’est entretenu avec elle pour en savoir plus sur son état d’esprit actuel et son processus créatif.
Quartier Libre (Q. L.) : Après Premier juin et Depuis, tu as nommé ton troisième album C’est parti !, comme s’il signait un vrai départ. Comment t’es-tu engagée dans cette nouvelle voie ?
Lydia Képinski (L. K.) : Je pense que j’étais un peu à la croisée des chemins, parce que j’étais vraiment épuisée. On aurait dit qu’il y avait plein de choses qui avaient perdu leur sens. Pour moi, c’est un renouveau, mais c’est aussi un deuil. C’est parti !, ça veut dire que c’est un départ, c’est comme « Allons-y », mais ça veut aussi dire « It’s gone », ce n’est plus à moi. Le disque parle étonnamment beaucoup de deuil et de choses que j’ai dû laisser derrière moi et qui m’ont fait de la peine. Je raconte comment je me suis reconstruite, notamment grâce à une relation de couple qui va super bien avec mon chum. C’est un peu moi qui tourne la page sur une période de ma vie en renouvelant mes vœux, mais aussi en constatant que certaines choses ne reviendront plus.

Q. L. : C’est intéressant, car dans l’album, on retrouve aussi des thèmes tels que l’amour, l’hédonisme, le désir de connexion et, surtout, de liberté. Comment ta perception de ces thèmes a-t-elle évolué entre 2018 et 2026 ?
L. K. : Mon rapport à la liberté, je dirais que ça a toujours été assez important. J’ai de la chance de faire une œuvre de mon travail. C’est toujours un peu être à la quête de la liberté, de la manifester et de faire ce que je veux. J’imagine que je me libère aussi de certaines choses qui étaient lourdes pour moi. Quand j’ai commencé, j’étais un peu plus « vierge » des déceptions et des constatations sur l’industrie, sur son fonctionnement et sur les gens qui y travaillent. Je suis entrée dans ce milieu avec beaucoup d’optimisme. J’ai découvert des personnes qui sont là pour les mauvaises raisons, des choses qui se passaient et qui étaient graves. Dans ce cas-là, je me suis dit : « Comment est-ce qu’on peut essayer de se retrouver là-dedans et de continuer à offrir un discours qui parle de liberté ? » En même temps, oui, j’écris des chansons sur la liberté, mais j’écris beaucoup sur ce qui m’oppresse aussi. Donc, je ne sais pas si je dirais que la liberté, c’est nécessairement prépondérant. Je dirais que c’est plus une piste de réflexion.
Q. L. : Justement, sur les réseaux sociaux, tu parlais récemment de tes réticences envers l’industrie musicale. Quel est ton rapport avec ce milieu aujourd’hui ?
L. K. : J’essaie de ne pas trop overthinker, j’essaie de mettre mes limites. J’ai l’impression qu’il y a beaucoup plus de respect pour les femmes dans le milieu d’aujourd’hui par rapport à quand j’ai commencé. Il y a eu une grosse vague de dénonciations pendant la pandémie, plein de gens qui ont quitté le milieu, qui étaient un peu des pommes pourries. Sinon, je pense que ma solution principale, c’est de m’allier avec beaucoup plus de femmes dans l’industrie. Par exemple, j’ai signé avec Bravo musique en production de spectacle, un business qui appartient à Béatrice Martin [Cœur de pirate, NDLR]. Même parmi mes collaboratrices, j’ai fait très attention. Tout se passe tellement mieux quand tu fais affaire avec des femmes !
Q. L. : Ces derniers temps, une résurgence de la pop électronique s’effectue dans le monde de la musique [avec des albums comme BRAT de Charli XCX, U d’Underscores, etc., NDLR]. Qu’est-ce qui t’a attiré dans ce genre musical ? De quelle manière as-tu ajouté ta patte artistique à ce genre ?
L. K. : C’est intéressant, parce que j’avais commencé mes premières maquettes avant que BRAT sorte. J’étais dans un mood de musique électronique, parce que j’avais besoin de me primer. Des fois, juste avant de monter sur scène, quand je fais mon maquillage, je passe une heure seule dans mon coin et je mets de l’electronic dance music (EDM) sur mon iPhone sans basse. C’est vraiment la musique qui me motive le plus. Aussi, lors de ma dernière tournée, on avait des bouts de jam, qui, lentement mais sûrement, versaient vraiment dans l’EDM. Je baignais déjà dans cet univers, alors je me suis dit que j’allais faire ça, parce que c’est ce qui me procurait le plus de plaisir. J’avais envie d’avoir du fun.
Q. L. : Quelle est la piste qui, à ton avis, résume le mieux la thèse de ton nouvel album ? Et pourquoi ?
L. K. : C’est la chanson titre, C’est parti !, car c’est une chanson qui parle d’un moment où je n’allais pas bien, tout en réalisant mon rêve. J’étais dans une position extrêmement difficile à gérer, dans une humeur de surmenage à cause des décisions que j’avais prises. Je vivais ces émotions pendant des spectacles, pendant que je réalisais des rêves, des choses qui étaient des objectifs. Je faisais des spectacles complets à Montréal et à Québec, je partais en France pour une tournée, et tout ça, c’était censé être des vecteurs de plaisir. Tout le monde autour de moi me disait « T’es chanceuse ! », mais moi, à l’intérieur, je me sentais absolument détruite. Pour moi, je ne voyais rien de fun, tout était comme un poids. Cette dichotomie entre atteindre mon rêve personnel et être malheureuse durant cette période, ça m’a vraiment fuckée. On dirait que C’est parti !, ça parle exactement de ce moment-là.
