L’orthorexie, le trouble obsessionnel du « manger bien », en forte hausse depuis le confinement

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Par Romeo Mocafico
vendredi 12 février 2021
L’orthorexie, le trouble obsessionnel du « manger bien », en forte hausse depuis le confinement
D’après le sexologue et coordonnateur clinique de l’ANEB, cette pression s’est accentuée tout au long de la pause qu’a connue le Québec l’année dernière, notamment sur des plateformes telles que Facebook ou Instagram. Crédit : Katie Smith via Unsplash.
D’après le sexologue et coordonnateur clinique de l’ANEB, cette pression s’est accentuée tout au long de la pause qu’a connue le Québec l’année dernière, notamment sur des plateformes telles que Facebook ou Instagram. Crédit : Katie Smith via Unsplash.

Défini comme l’obsession de s’imposer un régime ultra-sain, ce trouble alimentaire a connu une forte résurgence, notamment à cause du premier confinement au printemps dernier.

Pour Jérôme Tremblay, sexologue et coordonnateur clinique à Anorexie et boulimie Québec (ANEB), un organisme venant en aide aux personnes souffrant de troubles alimentaires, l’orthorexie se définit comme « l’obsession de la qualité des aliments ». « Manger des aliments sains, étiquetés bons pour la santé, n’est pas problématique en soit », explique M. Tremblay. Le négatif réside, d’après lui, dans l’aspect obsessionnel de la recherche de qualité.

« C’est de s’empêcher d’aller au restaurant avec des amis ou même de ramener son propre plat, parce qu’on ne sait pas comment les autres ont préparé la nourriture ou comment elle a été faite, détaille-t-ilÇa peut vraiment arriver au point où je ne vais plus manger que des carottes, parce que dans mes idées irrationnelles, ça va devenir la seule chose qui est bonne pour la santé. »

D’après le spécialiste, ce trouble alimentaire, comme tous les autres troubles, part d’une bonne intention. Il se déclare et s’intensifie chez certaines personnes avant de dégénérer avec le temps.

La pression du confinement

M. Tremblay indique qu’évaluer l’amplitude et l’importance de ce trouble alimentaire est difficile. En effet, peu de données existent sur ce phénomène, car celui-ci ne fait pas l’objet d’un diagnostic officiel. Toutefois, les spécialistes s’accordent à dire que le premier confinement aurait été un terrain favorable à son développement.

« À la première vague, sur les réseaux sociaux, on voyait beaucoup de personnes commencer à faire de l’exercice, à faire leur pain, à cuisiner, poursuit M. Tremblay. Ce n’est pas une mauvaise idée, mais chez certaines personnes, ça a débloqué un caractère obsessionnel, parce que c’est venu jouer sur certains facteurs de culpabilité : Si tout le monde peut le faire, moi aussi, je vais le faire.” »

D’après le sexologue et coordonnateur clinique de l’ANEB, cette pression s’est accentuée tout au long de la pause qu’a connue le Québec l’année dernière, notamment sur des plateformes telles que Facebook ou Instagram. Le caractère obsessionnel autour de l’alimentation et de l’exercice physique y est pour lui très présent et davantage mis de l’avant depuis la pandémie.

« 30 jours sans sucre »

L’étudiante au baccalauréat en nutrition Audrey Nantel a également pu observer cette tendance prendre de l’ampleur sur les réseaux sociaux. Membre de l’Association des étudiants en nutrition de l’UdeM (AÉNUM) et familiarisée avec le phénomène d’orthorexie, l’étudiante révèle avoir vu les défis se multiplier lors des périodes de confinement.

« Les personnes sans horaires, qui n’avaient rien à faire de la journée, ont voulu prendre le contrôle de leur alimentation et de leurs activités sportives, car ce sont les seules choses qu’elles pouvaient contrôler, affirme-t-elle. Les challenges, les défis “30 jours sans sucre”, les défis workout, les défis d’alimentation comme se remettre en forme et tout ça. Ça, je l’ai vu, vraiment, sur les réseaux sociaux. » Pour elle, ces tendances populaires sur les réseaux pourraient avoir contribué au développement de l’orthorexie.

 Des facteurs prédisposant

Comme le rappelle M. Tremblay, toutes les personnes qui prennent soin de leur alimentation ne souffrent pas d’orthorexie. « Pour développer un trouble alimentaire, il faut avoir des facteurs prédisposants, souligne-t-il. Cela concerne des personnes qui ont certaines vulnérabilités par rapport à ces problématiques. On parle là de facteurs génétiques, familiaux, environnementaux, culturels, etc. »

Pour traiter les personnes souffrant spécifiquement d’orthorexie, aucune recette miracle n’existe, d’après l’expert. « Ce sont les mêmes choses, les mêmes traitements qui sont mis en place que pour les autres troubles alimentaires, précise-t-il. Il faut avant tout briser l’isolement. Si l’on sent que l’obsession est présente, que l’on ressent de la souffrance, que l’on s’éloigne des gens, il faut aller en parler avec quelqu’un. Ce sont les principaux indicateurs. »

L’organisme ANEB dispose de services en ligne et d’une ligne d’écoute ouverte tous les jours de la semaine de 8 h à 3 h du matin pour aider les personnes qui souffrent de troubles alimentaires.